Vincent Wimart, la rue est vers l’art

Les majestueuses façades d’Arras sont ses muses. Depuis vingt ans, il les peint dans un « rigoureux désordre » coloré. Rencontre avec Vincent Wimart ou l’art de mettre en musique l’architecture qui a pignon sur rue.
Par Joffrey Levalleux
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Il y a quelque chose qui tient du Pictureka ! dans le travail de Vincent Wimart. Tout comme dans le jeu de plateau un brin déjanté, les œuvres de ce peintre arrageois fourmillent d’éléments sens dessus-dessous. Lignes de pointillés, flèches, triangles, volutes, cicatrices, trous sans fond… Sans oublier tous ces visages rigolos. Mais contrairement au jeu de société dont le fouillis reste fouillis, plus on observe ses toiles, plus le maelström s’organise. « Au premier abord, les gens pensent que c’est abstrait. En fait, c’est tout le contraire, explique l’artiste. Regardez bien. » En se concentrant sur Collection automne/hiver, l’une de ses compositions inachevées accrochée dans son salon, on finit en effet par voir les choses d’un autre œil. Des têtes souriantes ? il s’agit en fait de pignons qui coiffent les façades. Ce qu’on a pris pour des balafres est en réalité des antennes télé. Les volutes ? des ailerons d’ornements. Les triangles ? des tympans de frontons. Les trous ? des œils-de-bœuf. Nous ne jouons pas à Pictureka ! mais au Monopoly… Car ces « morceaux » d’architecture existent bel et bien. Pour tout dire, depuis qu’il est arrivé à Arras et qu’il « a eu le coup de foudre pour la place des Héros » , Vincent Wimart en a fait la clé de voûte de ses toiles.

Peintre à plusieurs cordes

Sur les quelque cent-soixante-sept tableaux réalisés en vingt ans, Vincent Wimart avoue ne pas tous les avoir conservés « soit parce qu’ils n’étaient pas aboutis, soit parce que tout simplement j’ai fini par m’en lasser comme ce fut le cas pour Sous les pavés. » Sur le principe du palimpseste, afin d’éviter de mettre au rebus du matériel onéreux, le peintre efface alors la première version. Non pas en grattant la toile d’origine à l’aide d’une pierre ponce mais en appliquant une couche de gesso, un enduit à base de plâtre et de colle animale. Quand il n’est pas satisfait du résultat obtenu, le peintre peut aller jusqu’à refaire la même toile. « Si je prenais un stylet et que je m’amusais à entamer Ribambelle, le tableau coloré posé sur le piano, et bien je tomberais sur la première version », nous confie-t-il. Qu’en est-il justement du Wimart d’origine ? de celui qui se dissimule derrière le glacis de ses acryliques.

Fan de bandes dessinées depuis toujours – il cite en vrac Enki Bilal, Lewis Trondheim, Manu Larcenet, Brecht Evens… – musicien touche-à-tout (hautboïste, percussionniste, il suit aussi des cours de piano), compositeur de musique savante[1] et de contes musicaux, Vincent Wimart est l’archétype du talent désintéressé par la notoriété. La plupart de ses élèves et de ses collègues de travail – on avait oublié de dire qu’il était aussi professeur agrégé de musique au collège François Mitterrand d’Arras – ignorent sa vie d’artiste. « Pourtant mes tableaux sont signés », dit-il. Certes. Mais en tout petit. Et généralement, son nom est noyé dans la masse.

La peinture est un jeu   

Ce qui frappe avant tout chez Vincent Wimart, c’est son appétence pour la déduction, les énigmes. Amateur de « mathématiques et du sens caché des choses », le peintre nous embarque dans des mondes parallèles. Ainsi, sa récente série de douze petits formats (22 x 27 cm) intitulée Passent les heures est une horloge picturale. Ici, point de grande aiguille ni de trotteuse mais un dégradé de couleurs censées nous situer dans le temps. Bleuté pour le petit jour, jaune vif pour le midi, rouge-orangé pour l’après-midi etc. Réfléchir, deviner, calculer. Vincent Wimart le reconnaît, ses créations relèvent autant « de l’esthétique que du méthodique. »

En 2019, son Goraku a clairement été inspiré du sudoku, célèbre grille de chiffres qui aide à passer les longues soirées d’hiver. « On y trouve neuf dessins répartis dans quatre-vingt-une cases », confirme l’auteur. Comme pour la version chiffrée, chaque ligne ne doit comporter qu’un seul dessin identique. Un casse-tête ? « Moi, j’appelle ça mon carré magique. » Il y a une différence de taille quand-même. Contrairement au sudoku, la toile n’a pas été graticulée, c’est-à-dire divisée en carrés égaux. Elle résulte d’un complexe emboîtement de courbes façon pièces de puzzle. Un vrai gosse ce Vincent.         

Retrouvez les œuvres de Vincent Wimart en compagnie de celles de Gérard Viart du 3 au 28 février 2021 à la galerie l’Œil du Chas, 1, rue des Petits-Viéziers à Arras.
Du mercredi au vendredi de 14h à 17h, le samedi de 10h à 17h, le dimanche de 14h à 17h.
Renseignements sur https://fr-fr.facebook.com/loeilduchas
et sur www.art-en-nord.fr/artistes-hauts-de-france/vincent-wimart


[1] Vincent Wimart a composé une vingtaine d’œuvres allant de l’instrument solo à l’orchestre symphonique avec voix. En 1999, Piscis Aprilis, sonate pour piano à quatre mains et Cortège, pour cor et percussions, obtiennent une médaille d’or avec félicitations au Concours international de composition de l’Académie de Lutèce.

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Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Florent Burton
28 janvier 2021
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