Viktor Vincent : effet bluff

En trois coups, il devine nos pensées les plus profondes. Viktor Vincent, mentaliste à la lippe velue, agite nos synapses et fait remonter nos doutes à la surface. En faisant de l’irrationnel avec du rationnel, ce fan de logique et de calcul mental nous perce à jour, mais toujours avec une pointe d’affection.
Par Joffrey Levalleux
viktorvincent_10_19_029_Recadré

De cet oncle fantasque, on ne saura pas grand chose sinon qu’il aura réussi à stopper net les jets d’une fontaine. C’était à Annecy. Le jeune Viktor a sept ans et le goût du mystère coule déjà dans ses veines. « Il m’avait raconté que la pièce qu’il venait de jeter avait appartenu à Louis XVI ! Le mécanisme s’est arrêté au moment où je l’ai sortie de l’eau. » Comme par magie. Trois décennies plus tard, alors qu’il demande l’impossible à une innocente spectatrice – l’addition d’une série de nombres à six chiffres –, ô miracle, le résultat fébrilement ânonné est le bon. La salle est médusée tandis que l’heureuse élue rejoint son siège sous un tonnerre d’applaudissements qu’elle n’est pas prête d’oublier. « Le bonheur des gens, voilà ce qui me motive. Ça doit rester un moment de bienveillance. Si je lis dans les pensées, c’est toujours avec permission. Disons que je m’invite avec le consentement des hôtes. » Quel bel oxymore… D’ailleurs, les premiers mots de Mental Circus, son dernier spectacle qu’il rode en ce moment à Paris, ne sont pas rentre-dedans mais s’apparentent au contraire à une demande officielle faite au public : « Mesdames et messieurs, j’aimerais me connecter à vous. » Nous aussi. Ça tombe plutôt bien. 

La magie au père

Yeux bleus arctiques, moustache en guidon de vélo, toujours tiré à quatre épingles. Si Viktor Vincent est né à Saint-Saulve à l’aube des eighties, tout en lui renvoie au dandy des années 1930. Très doué en maths – il maîtrisait le programme du collège avant d’y entrer et fera des études d’ingénieur – mais élève très moyen selon ses propres aveux, à douze ans, Viktor Vincent entre par effraction dans la vie de Daniel Miraskill, son futur mentor. Un illusionniste attachant « avec qui j’ai eu une conversation qui a duré dix ans », dit-il encore ému à l’évocation de ce père spirituel disparu à l’automne 2014. A ses côtés, il apprend ses premiers trucs, trouve la force d’affronter ses vieux démons, lui l’éternel traqueux. « Je monte sur scène la peur au ventre. Puis, en quelques secondes, mes craintes disparaissent. » Sans l’aide d’un quelconque artéfact.

 je m’invite avec le consentement des hôtes

“ Nos gestes nous trahissent constamment. ”

Sur scène, Viktor est seul. Pas d’ustensile, pas de décor, pas d’assistante potiche. Juste son éternelle veste à carreaux. Comme si la logique des motifs pouvait l’aider à deviner le mot auquel on songe. Tout ça sans complice ni indice. « L’analyse corporelle donne de nombreuses réponses. Nos gestes nous trahissent constamment. Nous sommes reliés par ce que j’ai appelé des « liens invisibles [1] », dit-il avec un brin de malice. C’est maigre comme explication. Alors, dans un souci de partage, le mentaliste casse les codes, donne quelques « ficelles » aux magico-sceptiques en publiant

l’inimaginable : le Carnet du mentaliste, sorte de cicerone à destination des illusionnistes amateurs. A ses opposants, il répond avoir « toujours aimé transmettre comme on m’a transmis à moi. Mais pas tout. Juste ce qu’il faut pour sortir de l’obscurité », souligne celui qui ne croit pas en grand chose sinon à l’émerveillement.

Devant et derrière la caméra

Et ça marche… à merveille. Il n’y a qu’à aller dix minutes sur la toile pour mesurer l’impact médiatique de celui qu’on désigne aujourd’hui comme l’un sinon le plus grand mentaliste de France. Vous le verrez en train de bluffer en toute simplicité Jenifer, Pascal Legitimus, Fauve Hautot, Julien Lepers ou encore l’impassible François Berléand. Malgré cette soudaine mise en lumière, amplifiée par la notoriété d’un Michel Drucker, d’un Arthur ou d’un Thomas Thouroude, l’homme reste lucide. « Ce métier me permet d’approcher des gens que j’admire comme Muriel Robin ou Roman Polanski. Mais c’est sur scène que je prends le plus de plaisir. Tous les artistes vous le confirmeront : c’est là que surviennent les situations les plus cocasses. » Comme ce jour où il demande à une femme de fixer son attention sur un prénom masculin, « j’avais très vite compris qu’elle pensait au prénom de son amant alors que son mari était dans la salle. Je ne sais pas qui d’elle ou de moi était le plus mal à l’aise. » Il y a aussi cette soirée mémorable où Viktor fait monter sur scène un muet sans bien sûr connaître son handicap à l’avance. « C’était compliqué, mais on a continué. Mieux vaut casser le rythme d’un spectacle que de casser une personne. » Mises bout à bout, ces tranches de vie feraient un sacré scénario de film ou e série télé. Cela n’a pas échappé à celui qui n’a jamais caché son désir d’être non pas devant, mais derrière la caméra. « J’aime raconter des histoires, pourquoi ne pas les jouer ? » A force d’y croire, ça risque fort de se réaliser. C’est mathématique. 

Dates clés

1980 : naissance à Saint-Saulve
1992 : rencontre avec l’illusionniste Daniel Miraskill
1993 : première représentation dans un restaurant de Valenciennes
2002-2005 : Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle
2008 : premier spectacle de mentalisme au Théâtre Pixel (Paris)
2015 : Mandrake d’Or qui récompense les plus grands illusionnistes du monde
2017 : sortie du Carnet du mentaliste chez Larousse
2018 : invité vedette de l’émission « Mentaliste, dans la tête des stars »
2019 : spectacle « Mental Circus »

En savoir +
viktorvincent.fr


[1] Titre de son avant-dernier spectacle (2017-2019)

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Laurent Desbois -Lwood
01 décembre 2019
Partagez cet article !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Dans la même rubrique

Elodie Obert, pieds d’égalité
Sylvie Facon, dentelle de calée
Philippe Frutier, hauteur de vue
And the vinner is…Laurent Devos
Franck Thilliez, morts à l’hameçon

Vous aimez cet article

Inscrivez-vous à la newsletter iCéÔ magazine et retrouvez chaque semaine nos idées de sortie en région.

Votre magazine iCéÔ sur mesure avec une sélection d'articles en fonction de vos goûts et de votre localisation