Taman-hutan, un voyage dans la nature

A Rang-du-Fliers, en bordure de la route de Berck, se cache un jardin qui, en à peine plus d’un hectare, va vous faire voyager aux quatre coins du globe et satisfaire toutes les envies d’évasion.
Par Bertrand Fournier
Jardin Tanam-Hutan_Bambous

Il parait que les belles histoires commencent toujours par « il était une fois ». Alors, respectons cette tradition. il était une fois …un père, passionné de bonzaïs qui, un jour, offrit une perruche calopsitte à son fiston de huit ans. Vingt ans plus tard, la passion commune de Jean-François et Clément est intacte. Elle s’est même enrichi de celle d’Andréa. Et en quelques années, sans baguette magique, mais avec beaucoup de passion et d’amour, le jardin situé à l’arrière du pavillon, bien délimité par une rangée de cyprès, planté de quelques cornus alba buissonnants et d’un bouleau, allait se transformer en un jardin luxuriant et exotique : un jardin forêt, un ‘taman-hutan’, comme on dit en malaisien. 

Mettre tous ses sens en éveil

Près de la paillotte où la famille aime se détendre, les masques primitifs n’ont pas qu’une vocation ornementale. Ils rappellent au visiteur que dans les tribus animistes, les plantes et les rochers ont une âme, et que la nature en général doit être respectée. A peine avons-nous fait quelques pas que tous nos sens sont sollicités. « Je veux qu’ici, on puisse regarder, mais aussi toucher les feuilles, sentir leur côté duveteux ou rêche, respirer leur odeur quand on les froisse entre les doigts, écouter le bruit du vent dans le feuilles ou celui de l’eau des bassins qui s’écoule », souligne Clément. Ici, d’emblée on se sent ailleurs. 

Le voyage commence par une petite bambouseraie, composée de phyllostachys, reconnaissable par ses longues cannes vertes, et de pseudosasa japonica au feuillage effilé et luisant, qui lui valut d’être primé par la Royal Horticulture Society il y a quelques années. Le chemin se fait plus étroit et laisse par endroits, des puits de lumière. Les mares dessinent d’autres univers, tantôt primitifs avec les fougères, les presles des marais ou les carex pendula, graciles et fragiles, tantôt exotiques, avec des papyrus, utilisés pour leurs qualités filtrantes, ou avec cette gunnera, originaire d’Amérique du sud et du Brésil. La plante est encore jeune, mais on a aucun mal à imaginer que ses feuilles, très graphiques, puissent atteindre deux mètres d’envergure. Mais ne vous y méprenez pas, celle qu’on appelle aussi la rhubarbe géante n’a rien de comestible. 

Paw-Paw, quel goût !

Si Clément et Andréa aiment associer dans un même espace les plantes d’ornements et les plantes comestibles, la palme du goût revient incontestablement à ce surprenant asiminier trilobé, que l’on appelle aussi le paw-paw. Il parait qu’après que les fleurs rouges de cet arbre aient été fécondées par une mouche, l’arbre donne des fruits au goût incroyable, qui mêle l’ananas, la mangue et la banane. Une véritable salade de fruits à lui tout seul. La légende raconte que c’est justement pour les saveurs exceptionnelles de ce fruit que l’empereur Napoléon aurait fait venir cette plante d’Amérique du Nord. Il parait même que c’était le dessert préféré du président George Washington.

Hêtres amis pour la vie

Au gré de la visite, on passe ainsi de l’Indonésie à l’Amérique du Nord, de l’Australie au Brésil, mais surtout de Rang-du-Fliers au Japon. La liaison s’est faite sans escale il y a 25 ans par une rencontre : celle de Jean-François et de Paulo, qui lui a transmis la passion indéfectibles des bonzaïs. Pour sceller cette amitié, les deux hommes ont planté ensemble une forêt de 17 hêtres, dont la cime est aujourd’hui taillés en boules chaque année. Cette ‘forêt’ fut la première étape de la transformation du jardin : un symbole, riche de sens, qu’entretiennent et prolongent à merveille Andréa et Clément.

Et comme il est impossible de décrire la richesse de ce lieu incroyable, on se contentera d’accrocher un ruban rouge vif à l’arbre à vœux du jardin, en faisant justement le vœu que vous adorerez voyager au jardin de Tanam-Hutan.

Le jardin de bonsaïs de Jean-François

Charme taillé en main de Bouddha, hêtre « battu par les vents », l’art du bonsaï, hérité de l’observation de la nature, est souvent plein de poésie. L’univers de Jean-François s’ouvre ainsi, entre deux azalées japonica qui encadrent un cyprès hinoki du Japon, vieux de quarante ans déjà. A partir d’ici, les pas japonais resserrés invitent à davantage de lenteur, pour mieux observer ce monde miniature.
Ici, tout est travaillé à l’extrême. Les branches sont taillées en plateau, parfois haubanées avec une cordelette ou un galet. Là, c’est le tronc tortueux d’un chèvrefeuille qui a été forcé pour passer au travers d’une pierre. Plus loin, le système racinaire de l’arbre, qu’on appelle aussi le nébari, est laissé apparent, bien entouré d’helxine ou de sagine subulée, des plantes couvre-sol qui conservent bien l’humidité. Dans leur bac, les bonsaïs ont souvent des fragilités et réclament une attention extrême, notamment en cas de froid ou de forte chaleur. Mais pour cela, Jean-François veille scrupuleusement sur ses petits joyaux.

La plante préférée de Clément

Finalement, je vais vous décevoir car j’aime toutes les plantes en général et en particulier celles qui se trouvent ici. Elles ont leur histoire, comme ce bosquet de hêtres dont je vous ai parlé tout à l’heure. Pour moi, toutes ont aussi leur intérêt. Certaines c’est pour leur parfum, d’autres c’est pour la couleur ou la forme de leur feuillage, parfois très graphique, d’autres encore c’est pour leur fleur, pour leur côté ornemental ou comestible et parfois même les deux. Andréa, elle, préfère les plantes sauvages qui se mangent ou qui se font en infusion, comme la verveine.

Les recettes de plantes d’Andréa

Il y a beaucoup de plantes que j’utilise ici. Par exemple, je fais des infusions avec des feuilles de groseillier à grappes ou du sirop avec de la menthe poivrée. Avec les fleurs de sureau, je fais aussi des beignets ou des gelées.
La verveine est une plante aromatique que l’on utilise souvent en infusion, notamment pour aider à se détendre le soir, mais savez-vous qu’on peut aussi en faire de la gelée ? Il suffit de laisser macérer cette infusion durant une à deux heures. On peut aussi la laisser toute une nuit. Cela dépend de votre goût. Ensuite, vous filtrez et vous ajoutez l’équivalent en sucre spécial gelée de votre poids d’eau infusée. C’est à dire 1 kg de sucre pour 1 litre d’eau.
Finalement, vous pouvez faire des gelées avec beaucoup de plantes aromatiques : avec du thym aussi, c’est excellent.

Pratique
Taman-Hutan, un jardin forêt écologique et pédagogique
2686 route de Berck
62180 Rang-du-Fliers
Facebook du Jardin Tamam-Hutan
Visite sur rendez-vous uniquement au 06 23 04 55 78
ouvert d’avril à octobre – accueil de groupes et scolaires
Tarif : 4 € / personne ; 2 € pour enfant -12 ans.

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Franck Bürjes – Photochrome
02 juillet 2020
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