Spiruline de Marc, secrets de vie de l’algue bleue

Au cœur de la Somme, entre les champs de betterave et de lin, se cache une culture quelque peu inhabituelle. Agriculteur passionné, Marc Hossart est devenu depuis quelques années spirulinier. Une production exigeante et de qualité qui requiert une attention particulière.
Par Claire Devilliers
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Ce jour-là à Saint-Léger-lès-Authie, le thermomètre affiche 35°. Une température estivale encore rare pour les nordistes que nous sommes, mais qui fait le bonheur de la petite protégée de Marc. « Pour une croissance optimale, la spiruline a besoin d’une eau à 37°, explique le spirulinier. En ce moment, la production est à son maximum. » Effectivement, la récolte du matin avoisine les 11 kilos ! « La production de spiruline est passionnante, car atypique. Elle demande une adaptation constante, précise Marc, fasciné par cette algue bleue cultivée ici dans deux grands bassins installés sous serres. Ces bassins sont vivants. Je jongle constamment pour maintenir l’équilibre fragile entre trois leviers indispensables au développement de la spiruline : la lumière, la chaleur et la nourriture. » Et tout part plutôt de la lumière, que Marc ne peut gérer qu’avec quelques ombrages. La nourriture, c’est 80% de carbone, complété d’autres minéraux et oligo-éléments. La chaleur quant à elle est générée naturellement par la lumière du soleil ou par un four à pailles. Des ballots qui n’ont d’ailleurs pas eu beaucoup de kilomètres à parcourir… 

Virage de vie 

Car Marc est aussi cultivateur. C’est donc la paille produite sur son exploitation qui alimente la chaudière, et les cendres sont ensuite épandues pour fertiliser ses champs. Un cercle vertueux. Mais comment cette algue unicellulaire aux filaments spiralés comme des tire-bouchons a-t-elle bien pu ainsi entrer dans la vie de cet agriculteur picard ? Un peu par hasard. Ou plutôt par miracle. Car les bienfaits de cette algue bleue, Marc ne les a pas appris dans les livres. Il les a vécus. A l’époque, il est éleveur laitier et des douleurs de dos dues à des hernies discales ne lui laissent plus aucun répit, malgré une médicamentation lourde. Sur les conseils d’un ostéopathe, et d’abord sans conviction, il commence une cure de spiruline. « En un mois, les douleurs avaient disparu et j’étais sevré de mon traitement antalgique », raconte Marc. Stupéfait de son action anti-inflammatoire, il se plonge dans la découverte de cette algue et décide tout simplement de changer de vie. Il cultive désormais pomme de terre, betterave et céréales, et clôture bientôt sa 4e saison de production de spiruline, avec une moyenne de 400 kilos par an.  

« En un mois, les douleurs avaient disparu et j’étais sevré de mon traitement antalgique »

Du bassin à l’assiette 

Pour rien au monde, Marc ne reviendrait en arrière. Et pas question de lui enlever sa portion de spiruline au petit déjeuner. « Si j’arrête une semaine, les douleurs reviennent », observe le spirulinier désormais rodé à son quotidien… qui démarre à 4h du matin. Mise en route de la récolte grâce à une pompe qui amène la spiruline du bassin à une salle pour la filtrer à travers une toile et récupérer une « biomasse ». Cette grosse pâte de spiruline est ensuite pressée de façon douce pour extraire un maximum d’eau. Vient enfin la transformation en longs filaments que Marc dépose sur des claies de séchage. « En quelques heures, la spiruline est séchée à basse température et pourra être consommée dans les deux ans », poursuit Marc. Et pour ce faire, chacun ses préférences. Saupoudrée en brindilles dans une salade, diluée en poudre dans un smoothie ou avalée tout simplement en comprimé avec un verre d’eau avant le footing, la spiruline est disponible sous différentes formes, pour convenir au plus grand nombre. Avec une production 100% picarde, plusieurs de ses produits sont labellisés Terroir Hauts-de-France et l’entrepreneur a développé deux partenariats avec des entreprises du coin : un savon à la spiruline, particulièrement efficace pour soulager eczéma ou psoriasis, et une barre énergétique à base de spiruline, légumes et oléagineux.  

Petite mais tonique 

« Dans tous les cas, je conseille de la consommer plutôt le matin ou le midi car la spiruline a un effet tonifiant par tous les éléments nutritifs qu’elle contient », précise-t-il. Car malgré sa petite taille – à peine 10μm de large – la spiruline est une véritable bombe nutritionnelle, qui compense à elle seule les courantes carences de notre alimentation moderne. Un cocktail de vitamines, minéraux et oligo-éléments, mais aussi de précieux pigments qui confèrent à la spiruline des propriétés thérapeutiques avérées. La phycocyanine notamment, puissant antioxydant à l’action anti-inflammatoire et détoxifiante, qui stimule également l’immunité et favorise l’oxygénation du sang. « Les raisons de prendre de la spiruline sont très nombreuses, estime Marc, état de fatigue, période de surmenage, activité sportive ou état inflammatoire. » D’étonnantes vertus pour la première cellule végétale apparue sur terre il y a près de 3,5 milliards d’années… et qui n’a pas fini d’écrire son histoire. L’Organisation Mondiale de la Santé la considère comme le « meilleur aliment pour l’humanité au 21e siècle ».  

Infos pratiques

www.laspirulinedemarc.fr 

Texte : Claire Devilliers
Photos : Teddy Hénin
16 septembre 2022
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