Se balader de haut en large des terrils

Le premier est le plus long d’Europe, le second le plus haut. Au-delà du palmarès, les terrils du Pinchonvalles (Avion) et du 11/19 (Loos-en-Gohelle), classés au titre des sites, constituent deux pistes noires taillées pour la randonnée.
Par Jeoffrey Levalleux
Terril de Loos-En-Gohelle.

« Croyez-moi, c’est à cinq heures du matin que la faune est la plus active. A Pinchonvalles, on peut croiser des chevreuils, des renards et d’inoffensives couleuvres à collier. » Chargé de missions au sein d’Eden 62, Vincent Repillet apprécie ces instants où la nature s’exprime dans « l’une des zones les plus peuplées de la région. » A cette heure précoce, mésange charbonnière, pipit des arbres et traquet moteux bavardent comme des secrétaires. Un vrai concert.

On respire à Pinchonvalles

Situé à plus de 95 % sur la commune d’Avion[1], le plus long terril d’Europe – 1,750 kilomètre – est un lieu préservé, classé au titre des sites et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Les jours d’affluence, une centaine de visiteurs empruntent ses chemins répartis sur 72 hectares. La plupart ignore qu’une végétation exceptionnelle a colonisé cette montagne de schiste. « Plus on grimpe, plus Pinchonvalles se couvre d’un tapis floral composé de millepertuis, de vipérines et d’achillées millefeuilles », énumère V. Repillet.

Généralement le joggeur ne prête pas attention à ce bouquet jaune-bleu-blanc. Le randonneur ? « Tout dépend s’il est féru de nature. » On reconnaît généralement le passionné à sa paire de jumelles, sa loupe et son calepin. Parmi ses fervents supporters, le terril du Pinchonvalles compte l’Association des Naturalistes de la Gohelle. Laquelle a rendu possible sa sanctuarisation[2] au début des années 90. Interdisant de facto toute pratique du deux-roues et obligeant les chiens à y être tenus en laisse. Gare aussi à celui qui oserait jeter des détritus. Seul l’écureuil a le droit d’abandonner son stock de graines. « Comme il n’a pas de mémoire, généralement il oublie où il les a stockées. C’est pour ça qu’on a des chênes qui poussent un peu partout. Y compris sur le 3e plateau où nous nous rendons. »

 Après trente minutes de marche, le panorama à couper le souffle provoque un petit « pinçon » au cœur. Rappelant qu’on est bien à Pinchonvalles, au cœur-même de la vallée des pinçons.

Travaux en ordre de marche
A partir de fin 2020, le terril du Pinchonvalles va connaître une succession d’aménagements pour le plus grand plaisir des randonneurs. Un belvédère va être créé au premier plateau (jusqu’à 35 mètres). Depuis celui-ci, on aura une vue sur la cité des Petits Bois (Liévin). Le cahier des charges prévoit aussi de refaire intégralement les emmarchements qui mènent au 2e (jusqu’à 80 mètres) et 3e plateau (119 mètres). Ce dernier sera en outre doté d’une nouvelle table de lecture paysagère ainsi que de nouveaux sentiers.  

Iconique 11/19

En avril 2019, le maire de Loos-en-Gohelle Jean-François Caron rappelait qu’« avec 150 000 visiteurs par an, les terrils du 11/19 étaient victimes de leur succès. » Un an plus tard, le flux de visiteurs est constant mais un projet Interreg (voir ci-dessous) devrait améliorer les choses même si dans le cœur des promeneurs, les fameux terrils jumeaux occupent une place à part. Ne serait-ce que parce qu’au sein de la chaine des terril, ils sont associés à l’un des cinq sites majeurs[3] qui ont permis l’inscription du Bassin minier au rang de Patrimoine de l’Humanité, et qu’ils restent les plus hauts d’Europe[4].

Malgré le monde, les terrils de Loos-en-Gohelle demeurent une incroyable réserve naturelle que vous pourrez défendre en devenant guide nature bénévole[5]. Ici, on ne compte pas moins de 160 espèces animales (sauterelles, papillons, libellules, batraciens…) et un peu moins de 200 espèces végétales dont le pourpier et l’oseille à feuille d’écusson. Plus insolite est la rencontre avec des essences volcaniques. C’est le cas du Diplotaxis (fausse roquette) à fleurs jaunes très répandu en Espagne et en Italie ou encore du Séneçon du Cap. Mais de là à apercevoir l’Afrique du Sud depuis le sommet du 11/19… 

L’arc minier franco-wallon vise un tourisme raisonné

Où se garer ? comment y accéder ? peut-on y pique-niquer ? y faire du vélo ? pratiquer la marche nordique ? D’un terril à l’autre, les réponses varient. Qui plus est quand on se trouve d’un côté ou de l’autre de la frontière franco-belge. Depuis octobre 2017, un projet Interreg entend mettre un peu d’ordre pour aider les promeneurs à s’y retrouver. L’opération « Destination terrils » concerne à ce jour une soixantaine de terrils répartis le long de l’arc franco-wallon. L’objectif étant de développer le tourisme, l’économie locale et de préserver le patrimoine en adoptant une signalétique claire et des clés de lecture pour chaque terril. Et au final, de répartir les flux de visiteurs en bonne intelligence.

Pratique
Pour le terril du Pinchonvalles, accès par le parking situé rue Henri Martel à Avion. Renseignements sur www.eden62.fr
Pour le Terrils du 11/19, accès par le parking situé rue Léon Blum à Loos-en-Gohelle. Renseignements sur www.chainedesterrils.eu


[1] Liévin et Givenchy-en-Gohelle se partagent le reste.

[2] Depuis 1992, un arrêté préfectoral classe le terril du Pinchonvalles « zone de protection biotope »

[3] Avec le 9-9 bis (Oignies), la Cité des Electriciens (Bruay-la-Buissière), les fosses d’Arenberg (Wallers) et Delloye (Lewarde). 

[4] Les jumeaux de Loos-en-Gohelle culminent à 186 m au-dessus du niveau de la mer.

[5] Le CPIE de Loos-en-Gohelle organise régulièrement des formations pour devenir Guide Nature Patrimoine Volontaire (GNPV). La prochaine réunion se tiendra le 5 septembre prochain à Leforest. Gratuite et ouverte à tous, la formation s’échelonne sur 11 séances entre octobre 2020 et juillet 2021. Renseignements et inscriptions au 03 21 28 17 28.


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Texte : Jeoffrey Levalleux
Photos : Jean-Michel André (avec l’aimable autorisation de la DREAL Hauts-de-France) – Eden 62
14 août 2020
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