Sandra Moubarak, l’humanité au bout des doigts

A 43 ans, l'Amiénoise Sandra Moubarak n'a pas fini d'apprendre son art, ses arts. Le piano, le chant, le don de soi... Elle ajoute une corde à son arc avec le métier d'’audioprothésiste pour lequel elle a voué deux années de formation intense. L'’intensité est bien ce qui caractérise tout ce que l'’artiste fait.
Par Kaltoume Dourouri
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«  La crise sanitaire a laissé les artistes sur le carreau ! Je ne pouvais plus jouer ou chanter. Je n’en dormais plus. Je cherchais ce que je pouvais faire d’utile. J’ai toujours rêvé, comme ma maman médecin, d’aider les autres. Le métier d’audioprothésiste me permet d’aider de jeunes enfants à retrouver l’émotion du son et pourquoi pas les encourager à pratiquer un instrument, » confie Sandra Moubarak qui reçoit son diplôme ce mois-ci.

Un autre dans la longue liste de ceux obtenus par celle qui débute la musique à 8 ans. Petite, Sandra écoutait et chantait toutes sortes de musique, de Brel à la Fairuz, divades d’origine libanaises. « Je suis 100% libanaise et 100% française. Mes parents pouvaient aller en Suisse, au Canada. Ils ont élu domicile ici, à Amiens. Je réalise chaque jour que, si mes parents avaient fait le choix de rentrer au pays, je pourrais être de cette population libanaise sacrifiée qui souffre en ce moment de ce drame humain, social et économique. Avec mes cousins qui sont également ici, nous restons très attachés à nos familles, à nos origines culturelles comme la musique, la nourriture et la manière de vivre. » 

Sur le chemin musical de Sandra 

A Amiens durant son enfance, c’est priorité aux études et grande ouverture sur la musique et le sport. Ce fut tennis et gymnastique. « Chaque soir à la maison, nous écoutions plein d’instruments différents afin que je puisse faire mon choix. J’ai choisi le piano pour son côté harmonique, même s’il peut nous enfermer dans une forme de solitude. Mais grâce à mes rencontres et notamment celle avec Anthony, mon époux violoncelliste, également un enfant d’Amiens avec lequel j’ai trouvé le partenaire idéal pour écrire nos chemins musicaux. »

Le Conservatoire d’Amiens, puis départ à Berlin à 18 ans avant d’y intégrer la grande école supérieure de musique. Elle en sort à 23 ans, après quinze années d’études au total, très intenses. Le cursus au conservatoire s’arrête naturellement. « Pourtant, c’est là qu’on est prêt finalement à bénéficier de plus de conseils. C’est à ce stade que l’on a le plus de cartes en main. C’est ce que j’ai fait en me nourrissant de masterclass jusqu’à mes 35 ans. Et j’estime encore être en train d’étudier. Toujours. » Sandra Moubarak s’est donc mise au chant. « C’est comme une thérapie, cela fait du bien de se faire vibrer toutes les cellules du corps. J’enseigne aussi au Conservatoire avec Anthony la Musique de chambre, alors cela m’aide à mieux comprendre nos élèves chanteurs. Leur matériau c’est leur corps, c’est très intime, il ne faut pas se tromper, bien les guider. » 

Coups de foudre musicaux 

Les enfants tiennent en effet une grande place dans la vie de Sandra Moubarak. Il y a d’abord ses quatre enfants pour qui la musique est une évidence. « Une forme d’héritage qui fait du bien au cerveau, au monde. Quels que soient les événements futurs, la musique sera leur sœur. C’est un peu le tissu familial comme certains donneraient des terres agricoles qu’ils ont nourries toutes leurs vies. Sandra voyagera pour se produire dans le monde entier avec Anthony, entre 18 et 35 ans : Colombie, Japon, Afrique, Europe, Etats-Unis…Ils partent vivre dans le Marais à Paris, reçoivent trophées sur trophées, sont invités aux premières de films, aux cérémonies, sur des plateaux télé, composent même des musiques de films…Un moment suspendu restera d’avoir pu jouer salle Gaveau à Paris un mouvement d’une sonate de Mendelssohn pour l’anniversaire de Mstislav Rostropovitch, le grand violoncelliste et chef d’orchestre russe. L’année Covid a stoppé net le spectacle Tout un monde lointain créé avec Anthony Leroy et dont des tournées en Chine, en Corée et en Allemagne étaient programmées. « Le violoncelle a une belle amplitude, une belle tessiture. Il va dans les graves et le très aigu. On dit que c’est la voix humaine. J’aime beaucoup jouer Brahms, Beethoven, Bach, Schuman, Ravel. » Sandra Moubarak a hâte de reprendre les concerts en 2022 et de prendre soin des autres. Le bonheur au bout des doigts ! 

« Je suis 100% libanaise et 100% française et j’adore cela. » 

« La musique fait du bien au cerveau et au monde »

Sandra Moubarak

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Texte : Kaltoume Dourouri
Photos : Franck Bürjes – Photochrome
05 avril 2022
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