San Fairy Ann, l’album de l’hiver pop signé Sly

Fan des Beatles et chanteur des Rabeats, Sly s'apprêtait en 2020 à entamer une grande tournée hommage aux quatre de Liverpool. Avec la crise sanitaire, c'est finalement à la réalisation de "San Fairy Ann", qu'il s'est consacré : un album très personnel, teinté de brit-pop.
Par Bertrand Fournier
sly_09_20_026HD-@-Lwood-min

ICéÔ : Sly, on vous connait surtout comme le chanteur des Rabeats, un tribute band des Beattles, vous sortez aujourd’hui un album très personnel, comment on se sent à l’approche de cet événement ?

Sly : L’album San Fairy Ann sort en effet le 5 février, et évidemment je suis impatient, même dans ce contexte particulier. J’ai surtout hâte de voir comment le public va l’accueillir. Après, on pourra l’aimer ou pas, il sera là. Tant que les critiques sont constructives, bonnes ou mauvaises, elles me feront avancer. En tout cas, je suis très content du choix qu’on a fait des 12 chansons qui le composent. On est arrivé à un résultat cohérent et harmonieux.

I : Cet album s’appelle San Fairy Ann, qu’est-ce que ça veut dire ? D’où ça vient ? 

S : San Fairy Ann, c’est en fait une expression française qui a été anglicisée. Ca veut dire “ça ne fait rien”. L’expression est un peu désuète aujourd’hui. Elle remonte à la Première Guerre mondiale, à l’époque où les soldats anglais étaient en France, sur le front de la bataille de la Somme. C’est mon ami anglais Paul Howell que je connais depuis très longtemps qui m’a parlé de cette expression. Paul était mon prof de tennis quand je vivais en Angleterre. C’est devenu un véritable ami. Vous savez, ce genre de personnes rares que l’on rencontre parfois dans une vie. C’est à la fois un ermite, un philosophe et mélomane. C’est un sage…

Un jour où nous discutions autour de ces expressions anglaises issues du français, il m’a parlé de San Fairy Ann. Au début je ne comprenais pas cette expression. C’est quand il m’a dit “It doesn’t matter” que j’ai compris. Et à partir de là, on a brodé autour d’une histoire. Il m’a écrit le texte de cette chanson qui raconte l’amour impossible d’une infirmière de La Croix rouge éprise d’un soldat anglais qui reçoit une lettre lui annonçant la mort au combat de son amour. C’est le premier single de l’album.

I : Il y a beaucoup d’expressions anglaises comme ça qui sont tirées du Français ?

S : Ah oui, il y en a plein : je-ne-sais-quoi, carte-blanche, bric-à-brac, amour-fou, femme fatale, sont des expressions françaises que les Anglais utilisent quotidiennement. Et San Fairy Ann, même anglicisé, en fait partie également. C’est un très bel hommage à la langue française, à la culture et à l’histoire qui nous a uni parfois.

I : Il y a un autre titre qui m’interpelle : When you father me.

S : Oui, là, je joue avec les mots, comme l’a fait Arthur H dans un morceau qui s’appelle Prendre corps, où les noms communs sont utilisés comme des verbes. Ca donne une puissance incroyable au texte. Là, je le fais en anglais.
Cette chanson a été écrite quand ma femme était enceinte de notre fille et j’ai voulu m’adresser à elle, à ma fille qui n’était pas encore née, en lui disant « quand tu me feras père »… I will rock you (clin d’œil à Queen), je te bercerais. C’est aussi une autre façon de s’adresser à son père. Et pour moi qui ai perdu mon père alors que j’étais gamin, c’est une manière de dire des choses que je n’ai pas pu lui dire.

I : Dans cet album, il n’y a pas que San Fairy Ann qui est écrit en anglais

S : Oui, c’est vrai. En 2009, j’avais écrit Pensées magiques qui était en français. Cette fois, j’avais envie de me laisser aller à ce que j’aime plus que tout musicalement : la Brit pop.
Lorsque l’on chante, la sonorité des mots a une importance que je trouve primordiale. Il se trouve que les sons anglophones me semblent naturels et fluides. Évidemment, ma passion pour les Beatles et mon rôle au sein des Rabeats depuis 20 ans ne sont pas étrangers à l’affaire. J’ai en effet une affection particulière pour John Lennon. Tout me touche chez lui. Son histoire, sa musique, ses textes, sa voix, sa façon de chanter etc…

I : Vous vous sentez plus à l’aise dans cette langue ?

S : Oui, complètement. La sonorité de la langue me plaît. Pour moi, parler anglais c’est comme aller faire un tennis ou un squash (ses autres passions). C’est comme une sorte de hobby.
Lorsque je suis parti vivre en Angleterre, mon but était de parler « Beatles ». Avec les Rabeats, je chante « Beatles ». Et à mon tour, je crois que, toute proportion gardée, j’avais envie de m’exprimer dans cette langue.

I : En dehors des Beatles, il y a d’autres groupes qui vous inspirent ? 

S : Généralement, ce sont tous les groupes qui ont émergé des Beatles, comme Oasis. Il y a une sorte de filiation naturelle, presque qu’évidente, entre ces deux groupes, je trouve. Les mélodies efficaces, qui balance bien, la voix un peu « lennonienne », et les grosses guitares, qui sont la marque de fabrique d’Oasis, m’inspirent assez, oui. Pour autant, j’arrive à me détacher de tout cela pour exprimer quelque chose de plus personnel, de moins « noisy ». Dans mon album, il y a moins de grosses guitares par exemple. Après il y a d’autres groupes que j’adore, comme Led Zeppelin ou AC/DC, et pour autant, eux, n’influencent pas la musique que je compose.

I : Comment vous qualifiez votre musique ?

S : De Brit-pop, tout simplement.

I : Le confinement a été un élément déclencheur dans la réalisation de cet album ?

S : Le confinement n’a pas été moteur de l’écriture de mon album. Je l’ai plutôt conçu en tournée avec les Rabeats. La dynamique appelle la dynamique. Mais pour ma part, toutes les chansons avaient été écrites bien avant, parfois depuis des années. Il fallait en fait avoir le temps de les enregistrer vraiment et que Philippe Tassart, mon producteur, prenne vraiment les choses en main et m’aide à structurer les choses.

I : Généralement, comment se passe l’écriture de vos textes, de vos mélodies ?

Il faut d’abord dire que Paul Howell a écrit deux textes sur cet album. Sann Fairy Ann, dont on a parlé, et A rock of mine. Ensuite, j’ai sollicité une amie irlandaise (Fiona Cox) et qui a écrit Time, et puis, il y a Kevin Price, un chanteur que j’ai rencontré lors d’une croisière lors de laquelle nous jouions avec les Rabeats, qui m’a également écrit une chanson.
Les autres textes, sont venus comme ça, à partir de bouts de phrases que j’avais noté. Souvent ça se passe comme ça. Les mots me viennent et je les note sur des bouts de papier que je scotche dans mon studio d’enregistrement pour ne pas les perdre. Et parfois, en passant devant, une phrase m’interpelle et en appelle une autre. Mais je n’ai pas de rituel d’écriture, comme certains peuvent avoir. C’est aussi pour cela que certaines chansons ont été finalement écrites il y a des années.

I : Vous avez aussi écrit des textes pour d’autres chanteurs, je crois ?

S : Oui, ça m’est arrivé parfois. J’ai surtout collaboré aux arrangements des deux derniers albums du regretté Hubert Mounier, de l’Affaire Louis’ Trio. Mais c’est vrai, j’ai aussi écrit une chanson pour Antoine qui s’appelle Non, non, non, et qui se trouve sur son album Demain Loin sorti en 2011. C’était une chanson en clin d’œil à son tempérament rebelle dans les sixties. Ça collait bien au personnage et il a adoré. La vie est faite de rencontres et de hasard parfois.

I : Quels sont les thèmes qui vous inspirent ?

S : La ligne générale qui revient dans cet album c’est qu’il faut surtout être soit même pour être heureux. C’est le sujet de Put on the light ou de Time par exemple. Il y a de la nostalgie aussi, de l’insouciance, comme dans le titre When I was Superman. Une époque où tout était possible. C’est vrai qu’au final, ça ne m’a pas trop mal réussi, mais c’est surtout le chemin qui est beau, plus que le but.

I : Pour l’enregistrement, avec qui avez vous travaillé ?
S : Vous allez rire, mais à l’exception de la batterie où j’ai fait appel évidemment à Flamm, avec qui je joue dans les Rabeats, mais aussi à Christophe Deschamps, un des meilleurs batteurs français, j’ai enregistré tous les instruments. Il n’y a que pour le morceau A rock of mine où d’autres musiciens m’ont rejoint. Je dirais même d’autres amis. On retrouve évidemment Flamm, mais aussi Jul Laurenson, Chicke’N, et mon frère Nico Rougé pour les cuivres. Et ce sont eux qu’on retrouvera dans la tournée, sur scène.

I : Vous évoquez une tournée, des concerts, il y a déjà des dates de prévues ?
S : J’espère de tout cœur pouvoir aller jouer cet album sur scène dès que possible car rien ne remplace la rencontre avec le public. Mais pour l’instant, il y a encore trop d’incertitude pour s’avancer sur des dates ou des lieux. Mais on jouera partout où c’est possible dans la région, ça c’est sûr. Et j’ai hâte.


Des clips qui valorisent la Picardie et le Santerre

Même s’il est originaire de Normandie, Sly est un Picard dans l’âme qui cherche aussi à mettre en avant les coins de la région qu’il affectionne. Il avait déjà tourné un premier clip avec les Rabeats dans le magnifique cadre Art nouveau de l’hôtel Bouctot-Vagnier d’Amiens.
Récemment, dans la pure tradition anglosaxonne des chansons de Noël, il a repris Fairytale of New York des Pogues avec la cathédrale d’Amiens pour cadre. « Chanter cette chanson qui pour moi est l’une des plus belles chansons de Noël, à l’emplacement même du labyrinthe de la cathédrale, avait une vraie valeur symbolique. Il y avait beaucoup d’émotions et je pense qu’on avait rarement vu la cathédrale avec ces éclairages », souligne le chanteur.

Amiens est une ville qu’il affectionne tout particulièrement. Et, depuis des années qu’il sillonne la France avec les Rabeats, il observe les changements dans la perception que les gens ont de la capitale picarde.

Sly – Fairytale of New York (The Pogues : Jem Finer / Shane Patrick Lysaght Macgowan). Captation et montage : Bastien Pradeau / Dezdo Production – © Ginger, 2020.

Pour le tournage de San Fairy Ann, avec Didier Derouin / D. Daarwin[1], le réalisateur, et Philippe Tassart, le producteur, ils ont choisis le château de Tilloloy, et les paysages du Santerre. Il y avait du sens à tourner sur les terres même de la Bataille de la Somme, là où Blaise Cendras a écrit son récit La Main coupée.


Sly. San Fairy Ann, sortie de l’album le 5 février 2021.
Chez votre disquaire, ou en téléchargement sur les plateformes d’écoute : Deezer, Spotify

[1] D. Darwin le réalisateur de tous les clips du groupe IAM, d’Akénathon ou de Soprano, mais aussi des publicités comme celles du jeu video pour Nintendo.


Texte : Bertrand Fournier
Photos : Laurent Desbois – Lwood
23 janvier 2020
Partagez cet article !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Dans la même rubrique

Tome 7 et 7e art : la Guerre des Lulus au sommet
Les mines de Germinal
Vincent Wimart, la rue est vers l’art
Soleils noirs : les œuvres des musées régionaux – le transi de Guillaume Lefranchois
Le bois coule dans leurs veines

Vous aimez cet article

Inscrivez-vous à la newsletter iCéÔ magazine et retrouvez chaque semaine nos idées de sortie en région.

Votre magazine iCéÔ sur mesure avec une sélection d'articles en fonction de vos goûts et de votre localisation