Rétro C Trop, l’inédite de Philippe Tassart, debout et en live

Alors que la plupart des grands festivals de l'été ont été reportés à cause de la crise sanitaire, Rétro C Trop, qui depuis 2016 investit le cadre magnifique du château de Tilloloy, a livré une édition inédite mais toujours aussi rock. Derrière ce festival, Philippe Tassart, plus déterminé que jamais, pour que les 3000 festivaliers de cette édition, profitent des conditions optimales d'un festival tel qu'il se doit : debout et en live. Il nous livre ses premières impressions.
Par Bertrand Fournier
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J’imagine que ce soir, vous êtes un producteur soulagé et peut-être même heureux ?

Philippe Tassart : on est en effet contents, fiers, fatigués aussi, car on a dû régler de nombreux problèmes, parce que la météo n’était décidément pas avec nous non plus ce week-end, mais dans l’ensemble tout s’est bien passé et c’est le principal.

A deux reprises, vous avez du abandonner l’édition initiale qui prévoyait, entre autres guests, Iggy Pop, pourtant vous ne lâchez jamais, qu’est ce qui vous à motivé à monter cette édition inédite ?

P.T. : L’envie de faire quelque chose, de répondre à la demande du public. On a profité d’une petite fenêtre d’espoir qui nous a été donné par la ministre de la Culture qui, à un moment a pu autoriser les concerts debout. On a monté une programmation franco-française, mis à part Asaf Avidan qui, en tant que ressortissant israélien, disposait déjà d’un pass vaccinal à jour depuis des mois et qui, cet été, était engagé dans une grosse tournée européenne. C’était donc une chance de l’avoir chez nous aussi. Ensuite, il a fallu être très réactif car nous avons eu peu de temps pour communiquer et pour tout organiser.

Pourquoi inédite d’ailleurs ?

P. T. : On cherchait un nom plus sympa que « Plan B ». L’inédite s’est imposée car d’abord c’est un un joli mot, un peu désuet, un peu retro qui collait bien avec l’esprit du festival. Et en même temps, ce mot affirme l’idée du pas de côté que les circonstances nous imposaient. On ne voulait pas donner l’impression d’un Rétro C Trop au rabais. L’inédite ne remplace pas l’édition initiale qui, elle, est reportée en 2022. D’ailleurs, le public ne s’y trompe pas, les places pour l’édition de 2022 continuent de se vendre. Pour l’inédite, les dates sont différentes, la programmation l’est également avec des groupes plus frenchy, mis à part Asaf Avidan.

A quel moment, avez-vous senti que l’organisation d’une nouvelle édition du festival était possible ?

P.T. : On a senti que c’était possible en mai. On s’est lancé rapidement avec le défi de monter un festival en deux mois et demi.

Pourtant nous avez du déjouer de nombreux obstacles ? Y a t’il eu des moments où vous avez eu envie de baisser les bras ?

P.T. : On ne baisse jamais les bras dans nos métiers. Quoi qu’il arrive, The show must go on comme on dit. Après, il faut reconnaître qu’on a longuement hésité et que, sans le soutien de tous nos partenaires, on n’y serait pas allé. Mais une fois que ces conditions étaient assurées, on avait à cœur de les remercier, de remercier notre public qui nous demandait de faire quelque chose et c’est ce qu’on a fait. Quels que soient les problèmes rencontrés, ils n’étaient pas de nature à empêcher le déroulement du festival. C’est aussi ça notre métier.

Entre Catherine Ringer qui attrape le Covid la semaine dernière et les groupes électrogènes qui vous lâchent à quelques heures, quelle est la qualité première qu’il faut avoir pour faire face à ces imprévus ?

P.T. : L’imprévu fait partie de notre métier. Là, il faut reconnaitre que cette composante de notre métier a été bien éprouvée. Mais, on sort aussi d’une latence de pratiquement deux ans où toutes les entreprises ont dû retrouver des automatismes, des manières de travailler ensemble. Il n’y avait rien d’évident, parfois ça a tenu à un fil , mais ça a tenu. C’est l’essentiel.

Comment on monte une programmation de qualité en si peu de temps ?

P.T. : J’ai monté la programmation en dix jours à peine. J’ai regardé les groupes qui étaient en tournée. J’ai sélectionné ceux que j’aimais bien et qui me permettaient d’avoir une cohérence artistique. je me suis senti libre de faire mes propres choix. C’est comme ça que j’ai souhaité proposer Hervé, qui fait partie de ces artistes très prometteurs, et que j’adore. Structure aussi. Ils sont taillés pour la scène et ils l’on prouvé de manière magistrale ce soir. Ravens Crew, un des groupes vainqueurs du Tremplin Aesio, a fait également un show exceptionnel avec un set de compositions fraichement créées. Ils sont désormais à la hauteur pour s’attaquer à de grosses salles et je suis ravi de les avoir programmés ici.

Pour Catherine Ringer, c’est moins une surprise. Je l’avais fait venir au cirque d’Amiens il y a deux ans et je savais ce qu’elle pouvait envoyer sur scène. Mais de voir une artiste qui, il y a trois jours sortait tout juste des symptômes du Covid, être en mesure de transmettre autant d’énergie et de générosité sur scène est juste exceptionnel.

Après, la disponibilité des artistes nous a amené à programmer ces dates des 30 et 31 juillet, des dates de chassés-croisés de vacances et qui, clairement, n’étaient pas les meilleures pour l’organisation d’un festival. Mais après, c’est comme pour tout, on s’est adapté.

Vous avez évidemment échangé avec les artistes après leur concert. Certains remontaient sur scène après plus d’un an d’inactivité, ils découvraient aussi le lieu pour la première fois, quelle a été leur réaction ?

Je viens de croiser Feu! Chatterton, ils sont aux anges d’une telle organisation. Hier, Catherine Ringer, a tenu a aller visiter la chapelle. C’est un lieu magnifique qui l’a visiblement inspirée : elle y a poussé la chansonnette. Cela fait partie des moments off d’un festival, privilégiés, qu’on garde en mémoire. Mais tous sont unanimes pour dire que l’accueil dans ce lieu est unique. Je relisais hier le commentaire du saxophoniste de Dire Straits laissé dans notre livre d’or : il écrivait « c’est l’un des plus beaux endroits au monde où j’ai joué » et de rajouter « je vois Paul McCartney prochainement, je vais lui dire de venir jouer ici, c’est exceptionnel ». Alors, oui, pourquoi pas un jour Paul McCartney à Tilloloy. J’en rêve et ce n’est pas infaisable.

C’était important que, contrairement à d’autres festivals qui ont fait le choix d’une retransmission en streaming et sans public, vous puissiez proposer un festival où le public était présent, debout, et la plupart sans masque ?

Oui, c’était une demande du public de ne pas assister à un festival assis. Et pour nous aussi c’était inconcevable.

Vous avez évidemment pris toutes les dispositions pour que le public se sente en sécurité, et tous nous ont manifesté leur plaisir de retrouver l’ambiance des festivals, de danser, de chanter avec les artistes sur scène, le plaisir de s’assoir dans l’herbe avec les amis, de boire une bière, bref de retrouver cette insouciance de la vie d’avant, pour autant, ne craignez vous pas d’être mis à l’index si plusieurs cas se déclaraient à la suite du festival ?

On est à l’abri de rien, mais en tout cas, on a suivi un protocole très strict. On a travaillé avec le régisseur qui avait géré avec l’ARS (Agence Régionale de Santé, ndlr) le protocole sanitaire du concert d’Indochine à Paris. Tous les artistes étaient testés, le public aussi. Chacun devait présenter un test PCR de moins de 48 h ou un passe sanitaire. Au château, où se trouvent les loges des artistes, et dans les espaces communs, comme dans l’espace VIP ou au catering, des bornes de gel hydroalcoolique étaient disposées un peu partout et le port du masque était obligatoire.
A l’extérieur, c’était recommandé mais pas obligatoire. En tout cas, pour moi, c’était à la fois important que les gens se sentent en sécurité mais aussi qu’on garde l’esprit d’un festival, c’est à dire qu’on n’impose pas aux gens de rester assis. On a aussi fait des tests PCR sur place. Il fallait que les spectateurs se sentent vraiment en confiance.

Quel bilan tirez-vous de cette édition inédite ?

Même si l’accouchement de cette édition s’est faite dans la douleur, car il a fallu gérer de nombreux problèmes. On est ravi, et visiblement les spectateurs aussi. Donc le bilan est évidemment positif !
Positif d’abord parce que cela nous a permis de remettre le pied à l’étrier. Pendant deux mois on a enfin pu refaire notre métier.
Positif parce que malgré le changement de date, malgré une programmation différente que celle attendue, et une météo plus que capricieuse, plus de 3000 personnes ont répondu présents. Cela nous place dans la fourchette haute des fréquentations des festivals nationaux.
Positif enfin parce qu’on a fait retravailler toute la chaîne du spectacle : des artistes aux techniciens en passant par de nombreuses entreprises locales.

Bref vous êtes déjà lancé pour l’édition 2022. Vous avez encore des surprises à nous annoncer ?

C’est pas impossible. Certes, les grandes têtes d’affiche sont annoncées avec Tryo, Alice Cooper, Status Quo, Simple Minds et Madness, mais on n’exclut pas de vous apporter quelques autres surprises avant Noël. En tout cas on y travaille. Pour l’instant c’est trop tôt, car l’évolution de la crise sanitaire nous incite à faire preuve de beaucoup de prudence. En tout cas, si on en n’est pas empêchés, soyez certains que l’édition 2022 sera une grosse édition. Je tiens vraiment à marquer le coup.

Site internet de Retro C Trop 2022 : https://retroctrop.fr/billetterie-retro/

Le Programme de l’édition Retro C Trop l’inédite

Catherine Ringer chante les
Rita Mitsouko
Asaf Avidan
Last Train
Attic Birds

Feu! Chatterton
Hervé
Structure
Ravens Crew



Texte : Bertrand Fournier
Photos : Laurent Desbois – Lwood
31 juillet 2021
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