Renault Douai : la précision en 6e vitesse

Comment un morceau de tôle se transforme-t-il en une voiture en moins de 18 heures ? A l’occasion des 50 ans de l’usine Georges Besse de Douai, l'Office de tourisme du Douaisis organise des visites guidées des lignes de montage. Embarquement à bord d’un bus électrique pour faire le tour d’un site de production hors normes.
Par Gaëtane Deljurie
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A Douai, les visites commencent à l’heure. Chez Renault, on ne plaisante pas avec le temps. Ici, chaque seconde compte car une voiture sort toutes les minutes de l’usine. Un véritable exploit, surtout quand on sait que le site assemble cinq voitures différentes (Espace 5, Talisman, Talisman Estate, Scénic 4, Scénic 4 Long) sur une seule et même ligne de production ! Cette prouesse quotidienne nécessite un ballet d’interventions d’une précision inouïe. D’autant plus incroyable si l’on prend la mesure du site industriel : 17 kilomètres de routes, 500 fournisseurs livrant majoritairement en juste-à-temps, une centrale électrique produisant l’équivalent de ce que consomme une ville comme Senlis (15 000 habitants). « Avec nos 270 hectares, nous avons la prétention d’être plus grand que la principauté de Monaco », s’amuse le guide du jour, David Thiessard, opérateur chez Renault et qui en connaît donc tous les rouages.

“Une voiture sort toutes les minutes de l’usine” 

Petit et gros emboutissage

Première étape de la fabrication d’un véhicule, c’est l’emboutissage. Réparti entre le gros emboutissage, pour les grosses pièces de carrosserie en aluminium ou en acier galvanisé et le petit emboutissage, pour les plus petites pièces en plastique. Il en faut près de 600 par voiture ! Dans la zone du gros emboutissage, des robots prélèvent une à une des tôles d’acier galvanisé ou d’aluminium avant de les emboutir et de les découper. Pour obtenir la bonne forme, près de 1000 ‘matrices’, pesant de 10 à 70 tonnes et coûtant entre 100 000 et 500 000 euros, équipent d’énormes presses, capables de frapper avec une force allant jusqu’à 5400 tonnes (en trois fois 1800 tonnes). Le « petit » emboutissage compte encore des presses datant du plan Marshall, qui avait permis de reconstruire l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ici, la matière maîtresse est le plastique : de petites billes de plastique noir sont injectées dans différents moules, qui les fondent pour en sortir des intérieurs de portes ou des doublures de coffre.

Assemblage progressif

Toutes les pièces sorties du petit comme du gros emboutissage vont ensuite faire l’objet de vérifications en rafale (une fois toutes les cent pièces par exemple) : près de 2000 points de contrôle vont ainsi permettre de s’assurer de leur parfaite géométrie avant de partir en peinture. Car la suite va se révéler être un immense jeu de Tétris… Au cours de la deuxième étape, le squelette des voitures commence à prendre forme au cœur du service Tôlerie. Une armée de près de 1200 robots s’emparent des pièces de carrosserie, les ajustent et les soudent avec près de 4000 points par voiture… Le défi est toujours la particularité de s’adapter automatiquement à l’un des cinq modèles construits à Douai. « Le démarrage a été très difficile », concède notre guide. « Mais maintenant le service tourne parfaitement. » 

Cette robotisation a également fait disparaître de la main d’œuvre, Renault Douai ayant compté jusqu’à 8000 salariés dans les années 1990, contre 3200 collaborateurs aujourd’hui (incluant apprentis, stagiaires et prestataires). A la sortie de la Tôlerie, place à la troisième étape, celle de la peinture, que la visite ne permet pas de visiter pour des questions pratiques : une vidéo retrace le parcours des pièces, traitées dans différents bains anti-corrosions avant d’être peintes et préparées avec le mastic, le vernis, la cire, etc. Cette étape dure de 9 à 11 heures, les nouveaux modèles bi-tons avec deux couleurs nécessitant deux heures de traitement supplémentaires.

Quatre heures de montage

Dernière ligne droite (enfin plutôt dernière ligne de montage embarquée) où environ 3500 pièces vont venir habiller la voiture, pendant près de quatre heures. Près de 1000 opérateurs ont chacun une étape précise à effectuer, généralement en moins d’une minute : les carcasses de voiture avancent sur une sorte de tapis roulant pour se présenter aux différents postes, en s’élevant ou en s’abaissant en fonction des postes à équiper. Au fil des étapes, sont ainsi montés les airbags, les pédaliers, le tableau de bord, le poste de conduite, l’habillage intérieure, les ceintures de sécurité, les tapis d’insonorisation sur la partie haute. Qui sera alors assemblée avec la partie basse, avec le réservoir, les roues de secours, l’échappement, le moteur, les amortisseurs… « D’où l’importance d’avoir une géométrie parfaite dès le départ pour que tout puisse s’emboîter parfaitement », insiste le guide. 

Sur les abords de la ligne d’assemblage, des AGV (Automated Guided Vehicule), sortes de petits chariots guidés par des circuits magnétiques viennent approvisionner, depuis le magasin logistique, en pièces nécessaires. Au bout de la chaine, un ‘check man’ alerte par radio les éventuelles non-conformités. A chaque étape, la qualité de l’automobile sera contrôlée, jusqu’au passage sous une douche pour vérifier l’étanchéité et un test sur un mini-circuit.

Bientôt l’électrique

La miroiterie est posée en bout de ligne, toujours avec des robots qui posent et encollent le pare-brise et la lunette arrière. « Nos fournisseurs sont synchrones, comme Saint-Gobain pour le verre ou Faurecia pour les équipements intérieurs : ils livrent à intervalles réguliers, toutes les vingt minutes par exemple, par camion directement depuis les chaines de production. » C’est le principe du juste-à-temps. Chez Renault, cette performance minutée a un coût : 420 millions d’euros ont été investis pour produire le Nouvel Espace et le Talisman et la dernière génération de Scénic. Reste que le marché de l’automobile accuse une baisse : l’usine de Douai a produit l’année dernière un peu moins de 100 000 unités contre 400 000 dans les années 2000. En 2018, le siège de Renault a annoncé avoir choisi Douai pour en faire sa deuxième usine de production de voitures non thermiques. La nouvelle a fait l’effet d’une bouffée d’oxygène car l’usine a encore dû mettre récemment en place un mois de chômage technique. Le premier véhicule électrique made in Douai devrait sortir à l’été 2021.

Dates clés

  • 1970 : construction de l’usine.
  • 1974 : sortie de la première Renault 5.
  • 1976 : lancement de la Renault 14.
  • 1996 : recentrage sur le Scénic, succès commercial.
  • 2018 : Renault annonce l’arrivée d’une ligne de véhicules électriques, avec la plate-forme électrique de l’Alliance Renault Nissan et Mitsubishi.
  • 2020 : L’usine de Renault Douai a fabriqué 10 millions de véhicules, dont 5 millions de Scénic.
  • 2021 : production des futurs modèles électriques 

Texte : Gaëtane Deljurie
Photos : Service communication Renault
03 février 2020
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