Racines carrées ou l’architecture individuelle de Patrick Partouche

Au pays de la brique et de la pierre, certains imaginent d’autres manières de construire et d’habiter. L’architecte Patrick Partouche conçoit des maisons cubiques, loin des standards de la construction traditionnelle. Des maisons métalliques, ludiques, économiques, à la fois simples et audacieuses. A Arras et à Neuvireuil, nous avons découvert deux projets évolutifs, près de dix ans après leur construction.
Par Claire Decraene
01_01_Maison carrée Partouche

Nous voilà devant cette maison verte étonnante, abritée des regards, au fond d’une impasse. Surprenant, le bardage horizontal de tôle ondulée laquée en façade, percé de baies vitrées au rez-de-chaussée, et de fenêtres pincées à l’étage, offre un visage souriant et accueillant. Un parti pris anthropomorphique assumé ! Certains y voient le bonhomme d’un jeu vidéo japonais ‘Space Invaders’. Patrick Partouche est contacté en 2005 par un couple qui souhaite faire construire une maison métallique à Arras. A une époque où l’acier connaissait une hausse de 70 %, l’architecte a d’emblée été contraint de faire le choix d’une structure en parpaing et de limiter le métal au bardage extérieur, à la toiture et à l’ossature du plancher. C’est un parti-pris économique assumé, mais qui n’affecte en rien la qualité des matériaux. Le métal utilisé ici est un acier inoxydable, d’excellente qualité, utilisé pour la construction automobile et que l’architecte a ici détourné.

la simplicité est de règle 

Devant ce parallélépipède presque parfaitement cubique (9m x 10m), on ne peut s’empêcher de penser à ces grands architectes qui ont souhaité rationnaliser la construction en développant des méthodes industrielles : Le Corbusier, Walter Gropius ou encore Jean Prouvé. Des références qui parlent à Patrick Partouche : « construire autrement, c’est en effet bâtir des maisons moins coûteuses mais qualitatives, libérées des carcans des traditions artisanales du bâtiment. Ce sont des maisons ‘modernes’, dans le sens de la modernité d’après-guerre. On utiliserait plutôt le mot ‘contemporaines’ aujourd’hui. Tout dépend de l’idée que l’on se fait de la conception d’une maison ! Pourquoi ne serait-ce pas une maison où la simplicité est de règle ? Le rêve des architectes a toujours été de construire des maisons comme des voitures. C’est ça l’avenir de la construction : ces maisons résument parfaitement les enjeux et problématiques de notre époque. Construire une maison aujourd’hui, c’est toujours d’une complexité folle. Proposer d’autres manières de construire, c’est se réapproprier l’acte d’habiter. Je travaille en ce moment sur un projet de maison en auto-construction », sourit-il. Le coût de la construction de cette maison de 130 mhabitables, édifiée en sept mois, en 2006 ? 107 000 € HT. Hors honoraires, frais annexes et achat du terrain bien sûr. 

Lumineuse et fonctionnelle

Pour Delphine et Laurent, les nouveaux propriétaires de cette maison, « ce n’était pas un coup de cœur à l’extérieur mais dès que nous sommes entrés, nous avons été charmés immédiatement par la luminosité et l’espace offerts par cette pièce de vie et ses six mètres de hauteur. L’esprit industriel nous a tout de suite plu.

Le bac acier galvanisé brut apparent qui sert de plafond, les poutres métalliques qui portent la structure, c’est l’ADN de notre maison ! » Comme l’impressionnant escalier en caillebotis, une colonne vertébrale conçue sur mesure par un serrurier. Il dessert une mezzanine et deux chambres. Delphine et Laurent ont fait énormément de travaux : porte d’entrée, cuisine équipée, peintures, pose d’un parquet sur le sol de béton brut, percement de fenêtres dans les salles de bains et réfection des carrelages, pose de volets électriques, remplacement du lanterneau central par un Velux©. Ce dernier est un vrai puits de lumière : « l’éclairage zénithal vaut deux fois et demi l’éclairage facial », confirme Patrick Partouche. Les plantes de Delphine, lierre et papyrus, s’épanouissent et forment un magnifique jardin suspendu. « Ils ont vraiment conservé l’âme de la maison, tout en l’améliorant », se réjouit Patrick Partouche. « Ce sont des maisons évolutives et c’est très agréable de pouvoir les revoir ainsi plus de dix ans après leur conception. » 

Efficacité thermique

Au-delà de leur esthétique industrielle, ces deux maisons construites en 2006 et en 2008, ont été conçues en anticipant les normes réglementaires de l’époque en matière de performance énergétique : isolant en laine de roche de 200 mm, plancher chauffant électrique, fenêtres aluminium à rupture de pont thermique,

panneaux solaires pour l’eau chaude sanitaire à Arras, répondaient à l’époque aux exigences de la règlementation thermique. « Evidemment, les normes évoluent sans cesse et avec la RT 2020, de nouveaux standards s’imposeraient en matière de construction », explique Patrick Partouche.

La maison lanterne

« A Neuvireuil, la maison toute crépie de rouge est modestement inspirée de la chapelle de Ronchamp de Le Corbusier », explique Patrick Partouche. « Je l’appelle la maison lanterne parce que j’y ai intégré une centaine de pavés de verre dans l’isolation des murs extérieurs.  Ils apportent des touches de lumière magiques quand le soleil donne dans la maison. Cela correspond bien à ma philosophie de la maison ludique et évolutive. Les propriétaires sont libres de les révéler ou pas. Ils sont ouvrants dans les salles de bains. » Pour Céline et Georges, l’approche de Patrick Partouche qu’il ont d’abord découvert dans un ouvrage consacré aux ‘Maisons d’aujourd’hui à 100 000 €’ correspondait à ce qu’il souhaitaient : une maison simple mais originale, qui soit aussi fonctionnelle et lumineuse, le tout dans le respect d’un budget contraint.

Evolutive et familiale 


Malgré quelques différences – façades en crépi, espaces plus cloisonnés à l’intérieur, pas de poteaux métalliques pour soutenir la structure – le parti-pris architectural brut et industriel est identique : plafond en acier galvanisé, tuyaux d’aération visibles, grands espaces cubiques.

Une maison de 147 m2 habitables, construite en cinq mois seulement en 2008, pour un coût de 124 000 € HT. « Nous adorons notre maison, elle est unique. Nous allons donc construire une extension en bois de 20 m2 pour créer une troisième chambre, car nous sommes un peu à l’étroit », explique Céline. Côté décoration, les propriétaires ont misé sur du mobilier en bois brut et recyclé, et sur des pièces contemporaines : chaises Kartell Master noires et transparentes Stark, poêle Bulljeran viennent harmonieusement contraster avec cette enveloppe architecturale métallique. A voir le sourire des propriétaires, ici comme à Arras, on se dit que ces machines à habiter, conçues intelligemment, sont vraiment des maisons du bonheur.

Un architecte fondu de métal 

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Patrick Partouche a toujours voulu être architecte. Fasciné par le métal, il a beaucoup travaillé sur les techniques de l’industrie adaptées au bâtiment. Pionnier de l’utilisation du container pour l’habitat, il s’est fait connaître par des projets d’habitats individuels audacieux. Sa propre maison, qui abrite son agence en Métropole lilloise, est une sorte de loft neuf, un grand « thermos métallique », entouré de serres horticoles, auxquelles il a intégré des containers maritimes, comme autant des satellites habitables. Epatant ! 

Pour en savoir +

Texte : Claire Decraene
Laurent Desbois – Lwood
02 mai 2019
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