Pierrefonds, retour aux sources

Il n'y a qu'à ouvrir les yeux en arrivant à Pierrefonds pour être surpris. Le charmant petit bourg est dominé par la silhouette imposante du célèbre château reconstruit par Viollet-le-Duc pour Napoléon III. Ce village pittoresque est aussi agrémenté d’un étang et fréquenté dans les années 1825 par un cercle d’artistes et d’écrivains, dont Alexandre Dumas. Mais que viennent-ils y chercher ? Le thermalisme, le plaisir. Oui, celui qu'offrait déjà à l'époque cette ancienne cité balnéaire, véritable destination bien-être.
Par Kaltoume Dourouri
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Tout commence par un homme. Le peintre et photographe Louis-Joseph Deflubé fait aménager à Pierrefonds une propriété dans laquelle il découvre en 1845 une source d’eau sulfureuse. La découverte de cette source d’eau aux qualités thérapeutiques est ici à l’origine du développement de Pierrefonds, de son activité thermale ainsi que de la reconstruction du château un peu plus tard. De quoi forger le Pierrefonds d’aujourd’hui avec ces très beaux vestiges du passé.

Déambuler dans cette ancienne ville d’eau nichée au cœur de la forêt de Compiègne c’est s’offrir une parenthèse enchantée dans un environnement privilégié entre tour de pédalo sur le lac, découverte d’un patrimoine riche et plaisirs culinaires comme aiment le faire les 150 000 visiteurs annuels venus admirer le château. Le site offre en effet un grand intérêt paysager, avec une grande proximité à l’eau, des promenades, des restaurants et des terrasses. Depuis le lac, on ne peut qu’admirer le panorama où dominent les tours du château, l’église et sa tour lanterne.

« Certes il y a le château qui est des plus majestueux et qui est l’âme du village, mais flâner dans les rues de Pierrefonds reste très plaisant. Il y a par exemple de nombreuses villas à observer et qui sont liées à cet essor du thermalisme. On associe souvent Pierrefonds à un village médiéval mais au final c’est plus un village XIXe siècle, composé d’un ensemble de demeures dans lesquelles on venait en villégiatures. Les trains des plaisirs et les ‘Séries’ de l’Empereur, ces invitations annuelles du Tout Paris et du gotha européen, en sont des illustrations grandioses, » souligne Jérémy Maison, directeur de l’Office de tourisme.

Des eaux aussi réputées que celles d’Enghien-les-Bains, Uriage ou Chamonix

L’utilisation des eaux de Pierrefonds est en effet très ancienne. En 1846, Louis-Joseph Deflubé découvre en fait deux sources riches en minéraux. Il aménage les lieux pour les curistes. L’une offre de l’eau sulfureuse calcique à 12°C. Cette eau s’utilisait alors en boisson, gargarismes, bains, douches et pulvérisations pour guérir les maladies respiratoires, les douleurs articulaires, les affections de l’estomac, les dermatoses, la syphilis aussi,…L’autre source, à 9°C, contient du crénate et du bicarbonate de fer. Cette eau ferrugineuse était employée en boisson chez les anémiques et a aussi été mise en bouteille et même commercialisée.

Il était également proposé à la clientèle des pastilles à dissoudre dans le bain pour continuer à profiter de « l’eau de Pierrefonds » après la période de cure. Les équipements étaient composés de 24 baignoires, 7 salles de douche, une salle de bains de pieds, une salle de respiration et une buvette proposant exclusivement un choix d’eau sulfureuse ou ferrugineuse.

De grandes personnalités fréquentaient le Domaine des Thermes, comme le roi Léopold II de Belgique ou le gouverneur d’Indochine. De riches industriels et artistes se succèdent pour prendre soin de leur corps et de leur esprit. Un séjour de trois semaines à la station thermale de Pierrefonds coûtait 300 francs de l’époque ! Cette nouvelle station thermale était d’ailleurs comparée aux meilleures stations et notamment pyrénéennes de Barrèges, Cauterets ou Eaux bonnes.

Promenades des plaisirs et douceur de vivre

Les Thermes ferment leurs portes à la fin de la Première Guerre mondiale et le bâtiment sera démoli dans les années 1920. Aujourd’hui, seul subsiste la partie centrale de l’Hôtel des bains.

Au XIXe siècle, les curistes qui venaient séjourner au Domaine des Thermes, arrivaient à Pierrefonds en train depuis Paris et débarquaient dans la très belle gare de Pierrefonds-lès-Bains. Cette gare, aux allures de chalet, fut érigée en 1883, quasiment à l’orée de la forêt omniprésente autour du village. Sur la ligne qui reliait Paris à Compiègne, quarante trains et plus de mille visiteurs y transitaient chaque jour.

Aujourd’hui, la gare existe encore. Transformée en logements, ses occupants ont la chance de profiter de son cachet extérieur d’antan. L’étang, lui, est aménagé en véritable lac pour accueillir des divertissements comme le canotage, la pêche. Station thermale reconnue dès le milieu du XIXe siècle, un casino complète les équipements en 1858. Elevé dans l’enceinte de l’hôtel des Bains, il apportait une distraction supplémentaire aux curistes. Son architecture reprend le style néoclassique de l’hôtel, sous la forme d’un pavillon de deux niveaux et trois travées en pierre de taille sous un toit terrasse.

Un château à la fois palais impérial, musée et témoin de l’architecture médiévale

L’entrée du Domaine des Thermes, aujourd’hui transformé en superbe lieu de réception, offrait déjà à l’époque un superbe point de vue sur le château. La renommée de Pierrefonds est telle que l’impératrice Eugénie, très attirée par ces soins thermaux, vient aussi en profiter. Celle qui inspirait les modes de son temps, influencera également dans ce domaine. Elle se présentait sous le pseudonyme de « Comtesse de Pierrefonds ».

L’intérêt de l’impératrice pour la ville serait même à l’origine de la décision de reconstruire le château. Le responsable des Monuments historiques de l’époque n’est autre que Prosper Mérimée, son propre précepteur. Les habitués de la cour impériale, lors des ‘Séries’, accompagnaient donc leurs hôtes jusqu’à Pierrefonds. L’empereur, séduit par le lieu, et sur les conseils de Prosper Mérimée, en confia la reconstruction à l’architecte Viollet-le-Duc qui en fit un chef-d’œuvre de pierre, géniale interprétation du Moyen Age et de la Renaissance. « Pierrefonds était bel et bien sous Napoléon III, une destination en tant que telle, avec les excursions qu’organisait le couple impérial depuis Compiègne vers ce palais qui devient vite l’écrin de sa fabuleuse collection d’armes et d’armures constituée au fur et à mesure de son règne. La salle des Preuses devenant le point d’orgue de cette présentation. Le musée ouvre d’ailleurs ses portes en 1867 au sein même de la résidence impériale  », raconte Xavier Bailly, administrateur du château.

C’est le château qui fait rêver par excellence. Celui de mon enfance. C’est le rêve éveillé.

Il ajoute : « Sa singularité est évidente. Il n’a pas d’équivalent. C’est le château des enfants et des réalisateurs qui adorent ce décor de cinéma grandeur nature qu’il offre avec ses tours, son donjon, son pont-levis, sa salle de garde et sa chapelle. » Pas étonnant que Pierrefonds soit encore aujourd’hui et pour longtemps une curiosité, une attraction. Le village a cette aura là, ce côté hype et dandy de la bonne société parisienne qui grâce au train se déplaçait ici. Désormais, c’est en voiture, à vélo, à pied, en barque que l’on découvre l’un des plus beaux villages de l’Oise dans un cadre romantique. Une balade à coup sûr bien hydratée et aux allures impériales !

Pierrefonds parmi les villages préférés des Français !

Pierrefonds concourt pour le titre de Village préféré des Français 2020. Le bourg de 1 819 habitants a été sélectionné aux côtés de quatorze autres communes et va représenter la région Hauts-de-France dans ce programme télé animé par Stéphane Bern et diffusé sur France 3 mercredi 1er juillet à 21h05, en partenariat avec France Bleu. « Cette émission montre la beauté de la France. La vraie richesse de ces territoires ce sont aussi les gens qui y vivent et qui y travaillent. On valorise les territoires en montrant le patrimoine matériel, avec les bâtisses, et immatériel comme les spécialités locales, » souligne l’animateur. Chaque été suivant la diffusion de l’émission, la hausse de fréquentation est nette pour chaque village, même pour ceux qui se retrouvent en fin de classement. Les votes sont clos depuis le 19 mars, alors rendez-vous lors de l’émission pour découvrir le résultat !

Texte : Kaltoume Dourouri
Photos : Laurent Desbois – Lwood
11 juin 2020
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