Parole aux micro-brasseries

Chaque année, des brasseries artisanales éclosent en région. Si ces micro-brasseries cassent la barrique, c’est parce qu’elles défendent avant tout un savoir-faire local et une approche très humaine. Petit tour dans l’Amiénois à la découverte d’un métier aux multiples facettes.
Par Joffrey Levalleux
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Une fierté locale 

Ce soir, c’est branle-bas de combat chez Ambiani. « On inaugure notre taproom », annonce Hugo, solide gaillard plein d’enthousiasme. Pour nous mettre dans l’ambiance, il nous sert un demi de Tropical punch. Une New England aux subtiles notes d’agrumes inspirée « de ce qui se fait de mieux sur la côte est des USA, précise Julien Labesse, fondateur de la brasserie amiénoise. Cette IPA1 a été créée pour l’occasion. » Outre-Atlantique, la mode des taprooms – littéralement salles de robinets – est née voilà quinze ans dans des états comme le Vermont et le Massachusetts avant de gagner les quartiers branchés de New-York. Souhaitant valoriser un savoir-faire local, des brasseries artisanales de centre-ville, les fameuses craft breweries, eurent l’idée d’ouvrir leurs portes autrement.  

Au 14 rue Colbert à Amiens, ça se traduit par la création in situ d’un « espace de 100 m² ouvert sur l’outil de travail », précise Julien. Confortablement installé sur un canapé, on peut désormais siroter une Mon Jules ou une 1220. Et ce, à toute heure de la journée. Pour Damien Courcoux dont la Route du malt2 fait halte ici-même, cet exemple illustre « la volonté du consommateur à découvrir la région autrement en prônant des valeurs de partage et d’engagement. » 

  

Donner de sa personne  

A quelques coups de pédale, il en est un pour qui la passion ne connaît aucune limite. Arnaud Daumerie livre l’intégralité de sa production à bicyclette. « Je ne le fais pas pour la performance mais par conviction », insiste le jeune homme dont les virées à vélo dans les rues de la capitale samarienne ne sont que la partie émergée d’une bouteille de vingt-neuf mètres de long. C’est en effet dans une péniche Freycinet qu’il a installé sa Bear’s Tavern. Une brasserie flottante équipée de cuves, de fermenteurs et de tout l’attirail nécessaire à la réalisation de ses breuvages. Tenez-vous bien au zinc, Arnaud fabrique lui-même sa colle à étiquettes. Etiquettes qu’il appose lui-même sur chaque bouteille. Bouteille qu’il lave lui-même. Ce qui peut paraître du jusqu’au-boutisme est plutôt un acte d’amour envers la planète qui se traduit par « le moins de gaspillage possible. »  

Depuis sa micro-brasserie de Quiry-le-Sec au sud-est d’Amiens, Antoine Farcy applaudit des quatre mains son homologue avec qui il compte sortir un calendrier de l’après. « Déguster une bière du 24 au 31 décembre, c’est pas courant », admet le seul brasseur bio du secteur. Si boire sain lui tient à cœur, ce n’est pas ça qui l’a motivé à « construire un bar entre ce poteau et ce mur. Je l’ai fait parce que le client a soif de partage », assure l’ex-enseignant. Chaque vendredi, dans ce qui fut jadis la salle des fêtes du village, on sort les chaises et on savoure une gouleyante Avale Quiry intrigué par le glouglou de la fermentation qui rappelle « qu’une brasserie est un lieu qui vit en permanence. » 

Des échanges interminables  

A Domart-en-Ponthieu, entre Doullens et Abbeville, l’animation prend la forme de concerts sous la charpente d’une carterie où les paysans abritaient leurs charrettes. Reprise par Mathilde, Manu et Johann, la Brasserie de la Somme propose aussi des ateliers de fabrication de bières. « Tout ce qui nous permet d’échanger est important, souligne Johann. Ici, les enfants jouent dans le petit salon pendant que leurs parents dégustent. » Et il y en a pour tous les goûts. Une blonde rafraîchissante (la Fabulette), une Impérial Stout bonifiée en barrique de chêne (la Bête de Somme). On trouve même une cervoise spécial Samara. « Recette secrète, sans houblon mais avec sept plantes aromatiques », dévoile Johann tout en remplissant à ras bord une brouette de drèche.  

Une étape parmi tant d’autres d’un métier « où tu ne t’arrêtes jamais », assure Etienne Devantoy.Depuis sa petite brasserie amiénoise qui porte le nom de ses fistons Charles & Vianney, cet ex-responsable en formation continue comprend l’engouement pour les crafts « goûteuses, variées à mille lieues de la pils. » Au dernier recensement, les Hauts-de-France comptaient près de deux-cents brasseries. Ce qui fait un établissement pour 30 000 habitants. On a de quoi boire venir.                 

www.brasserie-ambiani.com

www.bears-tavern.com

www.brasseriealanoye.fr

www.brasseriedelasomme.fr

https://route-du-malt.fr 

SACRÉE BIÈRE À L’ÉDIFICE

Pour faire une bonne bière, rien de bien compliqué. Il faut « de l’eau et du bon grain. » Histoire de la rendre « digne d’entrer dans le corps humain. » C’est en tout cas ce que préconise l’Eswart des goudaliers. Un manuscrit médiéval déconfiné des archives municipales d’Arras par Thierry Dehay au printemps 2020. Soit, grosso modo, au moment où l’on trinque à la fameuse Bière de Mars. Ça tombe bien, la cité atrébate en revendique la paternité. Quoi qu’il en soit, cet « Examen de la bonne bière » est le point de départ, pour ne pas dire la première gorgée, de Voyage en terre de bière, dernier opus de Marie-Laure Fréchet. Bien que de 1394, ce règlement « nous met sur la voie de ce qu’est aujourd’hui une bonne bière. C’est-à-dire une bière artisanale à l’opposé des produits industriels », rappelle la journaliste. Preuve que le message a été reçu zinc sur zinc, elle concentre ses investigations sur l’Artois et se rend vite compte « qu’Arras et ses environs conservent les preuves d’une riche activité brassicole. » Epis d’orge qui fleurissent les façades, fermes ensommeillées par le roulis des brassins. « On a même retrouvé des céréales grillées sur le site de Nemetacum. » S’il revient sur le pourquoi du comment d’un breuvage « indissociable de notre culture régionale », Voyage en terre de bière est aux antipodes de l’ouvrage fermenté. Il donne la parole à la jeune génération, recense les adresses hype, revisite des recettes à base de bière. Une crème d’endive, un welsh, des moules ou encore une poire fondante. Et la Bière de Mars dans tout ça ? Elle est d’Arras ou pas ? Réponse à la fin du livre, comme le message au fond du bock. 

Voyage en terre de bière aux éditions Arras Pays d’Artois. Textes de Marie-Laure Fréchet, photos de Renaud Wailliez et Valérie Lhomme.
En vente à l’Office du Tourisme Arras Pays d’Artois à partir du 18 novembre 2022.
29,90 € TTC 

  

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Franck Bürjes
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