Meccano à Calais, pas toujours un jeu d’enfant

Calais abrite l’une des nombreuses usines du Père Noël : Meccano qui y fabrique des jouets depuis 1959. Le site fabrique même les deux tiers des produits de la marque, distribués ensuite dans une soixantaine de pays à travers le monde. Visite guidée.
Par Gaëtane Deljurie
Toy car assembled with metal pieces

Une odeur d’acier mêlée à celle du plastique. Au sein du site calaisien de Meccano, une vingtaine de machines s’activent. Et toutes ne se ressemblent pas. Tout au fond du hall de fabrication, deux machines avalent un interminable ruban d’acier pour le trouer, le découper et le former et en régurgiter, au rythme de 5000 par heure, les emblématiques pièces en métal troué qui ont fait le succès de Meccano. En face, des étagères alignent un nombre impressionnant de presses différentes, car depuis plus de 120 ans que Meccano existe, les jeux combinent près de 300 références. 

A l’avant de l’entrepôt, on entre dans l’univers du plastique. Là, des machines permettent de fondre des petites billes de plastique, pour les mouler, les refroidir et sortir 5 à 6 pièces à la minute. D’autres machines permettent de mettre en sachet en vérifiant systématiquement le poids pour s’assurer du bon nombre de pièces. Ou de pré-plier le carton des boites de jeux. Très impressionnant, un robot dernière génération permet de sélectionner des pièces sur un tapis roulant avec son bras articulé.

Deux mois d’avance

L’usine turbine 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 toute l’année, avec près de 60 lutins en CDI (et quasiment autant en intérimaires durant la haute saison) principalement dédiés au conditionnement. L’activité connaît un pic entre mai et fin novembre, afin de préparer la période de Noël : non seulement, il faut lancer les nouveautés dans les rayons des magasins mais aussi assurer le réassort quand un jeu est victime de son succès. « Nous essayons en général d’avoir deux mois d’avance sur la mise en boîte : une personne travaille à plein temps pour séquencer la production et organiser l’approvisionnement », souligne Bernard Fleuet, en charge de la qualité au sein de l’usine.

L’aventure Meccano est partie d’une passion pour le bricolage. Au début du XXe siècle, Frank Hornby, qui travaille chez un grossiste en viandes à Liverpool en Grande-Bretagne, fabrique une grue pour son fils, avec des bandes de cuivre perforées et avec un assemblage de vis. C’est au démontage de l’objet que Frank Hornby se rend compte que les pièces pouvaient s’assembler de façon différente… pour faire naître de nouvelles formes. En 1901, il dépose un brevet sous le nom de « Mechanics Made Easy » (La mécanique rendue facile). La première boîte vendue contenait 9 pièces différentes.

La force de Meccano

Aujourd’hui, Meccano est devenu un jeu connu, distribué dans une soixantaine de pays. Qui se décline en de multiples gammes, dont des modèles de voitures, de camions, de motos et même de tracteurs et d’engins de chantier, voire même des robots. Car c’est toute la force de Meccano : pouvoir créer plusieurs constructions avec une seule et même boîte. Les derniers nés ? Des kits d’invention qui permettent d’inventer ses propres modèles avec des extensions en carton ou en plastique, grâce à un « maker tool », une perforatrice qui reproduit le fameux écartement de trou standard de Meccano.

Meccano n’est d’ailleurs pas toujours un jeu d’enfant : « C’est un vrai casse-tête pour trouver le bon prix, proposer un jouet sécurisé répondant à toutes les normes, pouvant être monté par l’âge correspondant sur la boîte », explique Bernard Fleuet qui a travaillé 25 ans dans le département recherche et innovation avant que ce dernier ne soit transféré à San Francisco aux Etats-Unis, peu après que Meccano a été racheté par le canadien Spin Master en 2013.

“Meccano, c’est l’école de la vie

Ventes stables

Le groupe canadien spécialiste du jouet a été séduit par cette marque légendaire aux ventes stables d’une année sur l’autre, même si Meccano en 2013 accumulait près de 8 millions de dettes. Aujourd’hui, un tiers des pièces commercialisées par Meccano est toujours produit à Calais, ce qui représente 1,8 million de pièces en métal sortant de l’usine chaque année. 

Depuis son rachat, l’usine Meccano de Calais produit également des jeux de société, comme le Kinetic Sand, sorte de sable à modeler, vendu avec des accessoires comme des pelles ou des moules. Cette diversification, voulue par le nouvel actionnaire, permet de ne pas dépendre entièrement de la période des fêtes de fin d’année. Même si les machines fonctionnent quand même toute l’année.

Meccano Lab, une vitrine en centre-ville de Calais 

Des reproductions grandeur nature du London Bridge ou de la fusée de Tintin, des pièces Meccano en libre service pour construire une infinité de modèles, des ateliers encadrés pour mieux s’initier et même la possibilité de repartir avec un petit modèle plastique pendant les vacances scolaires : le Meccano Lab, imaginé par le service R & D de l’usine et la municipalité de Calais permet à tous les enfants de découvrir le célèbre jeu de construction… et aux parents de se replonger dans leurs souvenirs ! 

Meccano en quelques dates

1901 : Frank Hornby dépose un premier brevet avec 5 livres sterling prêtés par son employeur.
1907 : création de la marque Meccano et construction de première usine à Liverpool.
1914 : Construction d’une nouvelle usine plus grande dans le port de Liverpool.
1915 : Frank Hornby devient millionnaire.
1925 : ouverture du magasin Meccano à Paris (bd des Capucines).
1931 : lancement du Meccano constructeur d’avion.
1936 : mort de Frank Hornby.
1959 : construction de l’usine de Calais.


1965 : le zinguage remplace le nickelage des pièces.
1971 : lancement du Meccano de poche pour le voyage.
1979 : la filiale française récupère la fabrication de Meccano.
1981 : General Mills rachète Meccano, la production de Liverpool est transférée à Calais.
2000 : Meccano est racheté par le japonais Nikko (spécialiste voiture radiocommandée).
2005 : plan social à Calais avec 70 départs.
2007 : présentation d’un robot communicant en WIFI, contrôlé par internet.
2013 : rachat de Meccano par le canadien Spin Master.

Texte : Gaëtane Deljurie
Photos : Stephane Dubromel
01 décembre 2019
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