Lycée Le Paraclet-Amiens : une mosaïque d’architecture nichée dans un parc lumineux

Le lycée agricole du Paraclet est construit au milieu d’un vaste zone de tourbières, sur laquelle ses bâtiments offrent une mosaïque architecturale, qui reflète une histoire exceptionnelle ainsi que l'évolution de ses activités.
Par Appoline Mahé
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Au coeur des tourbières de la vallée de la Somme, le domaine du Paraclet, compte une centaine d’étangs alimentés par la Noye. Ils abritent une exceptionnelle diversité d’habitats aquatiques, amphibiens et hydrophiles. Faune et flore sont abondantes : on y compte pas moins de 108 espèces d’oiseaux et 28 espèces de poissons. C’est pourtant ici que l’histoire du lycée agricole du Paraclet commence, avec évidemment une histoire de grenouilles.

Les grenouilles et le Saint-Esprit

Nichée à l’entrée du lycée, une toute petite chapelle du XVIIIe siècle commémore la légende de Sainte Ulphe, une sainte du VIIIe siècle. On raconte que la jeune fille avait fuit le domicile de ses parents et s’était installée près d’une source, à quelques pas de la Noye. Chaque matin, elle se rendait à Amiens pour assister à l’office, avec Domice, un ancien diacre d’Amiens, lui-même ermite à Fouencamps, sur les bords de Avre. On dit que les céréales semées le long du chemin qu’ils empruntaient étaient plus belles qu’ailleurs ! Une nuit, les grenouilles des marais empêchèrent Ulphe de s’endormir, elle tomba donc fort tard dans un profond sommeil, et n’entendit pas l’appel matinal de Domice… Dépités, les ermites imposèrent aux « mauvaises raines perpétuels silence et taciturnité » ainsi qu’à « toutes aultres qui viendront en ce lieu icy doresnavant » (le texte est du XVIe siècle). Depuis, les grenouilles du Paraclet sont silencieuses, paraît-il. Mais peut-être faudra-il vérifier auprès des élèves du lycée …

Un peu plus tard, c’est le seigneur de Boves qui souhaita marquer l’emplacement où vécut la jeune Ulphe. Au début du XIIIe siècle, il décida d’y bâtir une abbaye et lui donna le nom de Notre-Dame du Paraclet (Paraclet, dont l’étymologie signifie celui qui soutient, qui guide et qui fait ici référence à l’Esprit Saint). En moins d’un siècle, le monastère cistercien devient l’un des plus importants et des plus riches de la région, poussant même les religieuses à prêter des fonds au seigneur de Boves et aux chanoines d’Amiens.

Mais au XVIIe siècle, à l’époque des invasions espagnoles, les religieuses préfèrent quitter les lieux et s’installer à l’abri des remparts de la ville d’Amiens. Notre-Dame du Paraclet devient alors Notre-Dame-des-Champs. Peu à peu l’abbaye abandonnée tombe en ruine. Ses matériaux sont vendus. Ses plus belles pierres sont même acheminées à Amiens par voie d’eau.

Aujourd’hui, que reste-il de ce patrimoine exceptionnel ? Un nom, un mur, le pignon de la grange, quelques grosses pierres disposées ça et là, et trois pièces d’orfèvrerie dans le trésor de la cathédrale, dont une couronne votive et la fameuse Croix reliquaire du Paraclet, considérée comme un chef d’oeuvre d’orfèvrerie médiévale. Mais il reste surtout un domaine de 130 hectares de bois et de terres agricoles.

Au XVIIIe siècle, le fermier qui exploita le site se fit construire une vaste demeure, qu’on appelle aujourd’hui ‘le château’, et édifia une chapelle en l’honneur de sainte Ulphe. Située à l’origine dans le parc, cette chapelle fut déplacée au début du XXe siècle après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, pour ne point demeurer en territoire impie.

La longue marche vers l’enseignement agricole public

Dans la société de l’Ancien Régime, où, comme le souligne Jean-Jacques Rousseau, « il est inutile d’instruire les enfants de laboureurs, car il ne le méritent pas », le métier d’agriculteur est considéré avec le plus grand mépris. Et malgré la loi de 1848 qui met en place l’enseignement agricole public et gratuit, il faut attendre la défaite de 1870 pour que soit considéré l’importance de cet enseignement, indispensable pour relever le pays vaincu.
La naissance de l’école du Paraclet s’inscrit dans ce contexte. Elle est créée le 12 mai 1886 et accueille à l’époque 22 élèves. Le ‘château’ est complété de plusieurs bâtiments en brique destinés à l’exploitation agricole. Production laitière, élevages ovin et porcin, volailles côtoient boeufs et chevaux, qui par leur force, assurent les travaux des champs : blé, betteraves, lin, haricots, navets ou topinambours.

Au début du XXe siècle, la vie des élèves y est pour le moins spartiate : lever à 5h30, températures des locaux qui peuvent chuter à 2°C comme durant l’hiver 1913, peu de loisirs, sinon un kiosque aujourd’hui disparu. L’école accueillera aussi quelques élèves étrangers : un Malgache en 1901, qui s’adaptera parfaitement, et deux péruviens en 1911, qui eux, ne supporteront pas la rudesse du climat. 

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, malgré la plantation d’une nouvelle peupleraie et d’un verger, le site ne fait pas l’objet de grandes transformations. C’est à peine si les bâtiments sont réparés après un incendie.

De l’école agricole au lycée, de réformes en travaux

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’école ferme et rouvre au gré des événements. Les animaux de la ferme sont dispersés et il faut attendre octobre 1945 pour que l’école ne reprenne vie, avec un maître mot : s’adapter. L’établissement devient école d’agriculture en 1948, puis lycée dépendant du ministère de l’Agriculture en 1961. Au début, l’établissement ne compte que 70 élèves. La décentralisation donne à la Région la responsabilité des bâtiments puis du personnel non enseignant. 

En 1965, sous l’impulsion de l’Etat, un nouvel ensemble de bâtiments capable d’accueillir 500 élèves sort de terre : du béton un peu gris, des lignes strictes, un peu austères d’une architecture typique des années soixante, forme le cadre de nouvelles salles de cours, d’un internat, d’un amphithéâtre et de laboratoires.

Depuis, de nombreux aménagements ont été réalisés pour s’adapter là encore : espace de restauration, hall d’entrée, transformation des chambres-dortoirs en chambres plus petites, plus confortables et propices au travail, aménagement de la halle hydraulique. L’espace amphithéâtre et foyer des élèves est aujourd’hui en cours de rénovation. Pour briser le rythme de la stricte façade, des éléments de métal brillant ont été apposés et reflètent les tonalités changeantes du ciel picard : la moitié du bâtiment est rénovée, la seconde partie est encore en travaux.

Avis aux amateurs de produits bio
L’exploitation a été également modernisée. Elle abrite un troupeau de Prim’Holstein, excellentes laitières, et quelques vaches et veaux Nantais, espèce rare. La préservation du patrimoine naturel, outre les Nantaises, c’est également le verger de pommes et de poires ! Annexé à l’exploitation, un magasin pédagogique propose au grand public des produits de la ferme du Paraclet et de producteurs locaux. Avis aux Samariens, ils sont ‘bio’, ils sont frais et délicieux.
www.magasin-produits-fermiers-amiens.com

Si la rentrée 2020 s’est faite dans des salles de classe et locaux administratifs préfabriqués, en avril 2021, les 500 élèves et étudiants, qui vont de la seconde au Bac + 3, devraient réinvestir leurs locaux historiques avec plaisir.

En savoir +

Depuis ces dernières années, la formation générale, technologique et professionnelle dans les domaines de l’agriculture, de l’environnement, de la durabilité s’est enrichi de trois BTS exigeants, dédiés à la gestion et maîtrise de l’eau, aux techniques de vente dans le domaine de l’agro-alimentaire et aux analyses bio-technologiques. Enfin, une classe préparatoire a pour objectif le concours d’entrée aux écoles d’ingénieur et vétérinaires.

Le Paraclet – Etablissement Public Local d’enseignement agricole
Lieudit Le Paraclet
80440 COTTENCHY
Tel : 03 22 35 30 00
https://www.leparacletamiens.com

Texte : Appoline Mahé
Photos : Laurent Desbois – Lwood ; Noémie Laval ; Bertrand Fournier ; Bibliothèque municipale d’Abbeville
12 septembre 2020
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