Long, ville Lumière

Le village qui représente cette année les Hauts-de-France pour Le Village préféré des Français est celui de Long, sur les bords de la Somme. Parmi toutes les richesses du village, vous découvrirez peut-être un bâtiment qu’aucun autre ne possède : une des premières centrales hydroélectriques de France, édifiée en 1902.
Par Bertrand Fournier
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Imaginez la fierté du chef de gare de la station de Long, à l’arrivée d’un train de la ligne Paris-Boulogne, qui clamait aux voyageurs « Long – Le Catelet, arrêt ville Lumière ». Car, oui, en 1903, avant même les villes d’Amiens ou d’Abbeville, toutes les maisons du village possédaient l’eau courante et …une ampoule électrique, qui fonctionnait en 110 volts continus. L’expression de « ville lumière » était peut-être exagérée, mais quand, auparavant, il fallait aller puiser l’eau au puit et s’éclairer à la lampe à huile, il y avait de quoi s’enorgueillir. Pour réaliser une telle prouesse au début du XXe siècle, il fallait surtout avoir un équipement capable de produire cette énergie.

La tourbe : de l’or en barre

Grâce à la mise en exploitation des tourbières que possède la commune sur son territoire, Long jouit d’une prospérité qui lui a permis déjà, en 1851, de reconstruire sans difficulté son église, mais aussi, un peu plus tard, ses écoles, son hôtel de ville, ainsi que le presbytère. En 1900, le village se dote d’une gare, celle du Catelet. Et comme rien ne semble arrêter cette municipalité, elle lance la même année, une étude pour réaliser une « installation de distribution d’eau et d’éclairage électrique sur son territoire ». L’argument principal repose alors sur la puissance 250 chevaux générée par la chute créée par le barrage du bras de décharge de la Somme.

Octave de Rouvroy, le maire de l’époque, ne tarit pas d’éloges sur les avantages que pourrait procurer l’installation d’une centrale hydroélectrique dans sa commune qui compte alors un peu plus de 1 000 habitants. Le projet finit d’ailleurs par convaincre le préfet, qui le valide le 30 novembre 1901. La pose de la première pierre, le 21 juin 1902, le jour même de l’été, marque le début d’une construction quasi unique en France. Véritable symbole de modernité qui projette une commune rurale dans le XXe siècle, l’édifice est inauguré en grande pompe le 7 juin 1903. Au-delà de l’inauguration officielle, c’est une véritable fête qui est organisée autour de l’édifice et qui ne s’achève qu’à la nuit tombée avec l’illumination électrique de l’hôtel de ville et de la place du Château, suivie d’un feu d’artifice et d’un bal gratuit.

Et la lumière fut

Aujourd’hui encore, en poussant les portes du petit édifice de brique, le visiteur pénètre dans un autre univers. Sur un sol de carreaux de ciment aux motifs étoilés blanc et gris, de grands volants côtoient d’immenses engrenages en fonte. De larges courroies de transmission sont prêtes à entraîner les dynamos. Ça sent l’huile et le cuir. Au milieu de cette organisation mécanique, un petit escalier en colimaçon rappelle qu’à l’étage le mécanicien y avait son logement afin d’intervenir immédiatement en cas de souci.

Au fond du bâtiment, le tableau de marbre encadré de bois sculptés, comme dans un salon d’apparat, concentre les cadrans de contrôle de la puissance électrique, les commutateurs de laiton et la fameuse lampe témoin.

À l’image du mécanicien d’antan, Jérémie, notre guide du jour, empoigne la crémaillère à deux mains pour lever les vannes avec vivacité. Sous nos pieds, des mètres cubes d’eau sont libérés et viennent frapper les pales de trois turbines de la Compagnie générale de Creil. La force se transmet au grand rouet et tout se met en branle dans un vacarme assourdissant. Au bout de quelques minutes, le filament de la lampe témoin commence à rougir avant de devenir incandescent. Près de 120 ans après sa construction, la magie continue d’opérer. Et mieux qu’un interrupteur sur lequel on appuie pour éclairer son espace de vie, on mesure ici ce qu’implique la fabrication de l’énergie électrique pour une simple ampoule.

Pour autant, cette énergie électrique ne sert plus, désormais qu’à la démonstration. En 1968, après deux années de fortes crues de la Somme, qui empêchèrent le bon fonctionnement des turbines et face aux besoins croissants des foyers disposant de plus en plus d’équipements électriques, la production électrique de la centrale était devenue insuffisante et l’on dut se résoudre à raccorder le village au réseau électrique d’EDF.

Aujourd’hui, c’est pour la qualité d’un patrimoine exceptionnel préservé que la ville de Long brille de mille feux.

Orage, ô espoir !
Si les premiers textes qui soulignent l’exploitation de la tourbe dans la vallée de la Somme remontent au Moyen Âge, une légende raconte aussi qu’au cours d’un violent orage, la foudre aurait frappé le sol avec une telle intensité qu’elle aurait provoqué un incendie qui consuma les champs durant plusieurs jours. Et, finalement, c’est à partir de ce moment-là que l’on se serait aperçu que la tourbe avait des qualités combustibles.

Les métiers de la tourbe

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Cyrille Struy ; Office du Tourisme de Long
02 juillet 2021
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