Les escapes games entrent au Box Office

S’enfermer pour mieux s’évader. Dans les Hauts-de-France, les escape games ont le vent en poupe. Au point de devenir un produit touristique de premier plan. Qui aurait cru qu’Houdini, père de l’escapologie, allait devenir l’allié du patrimoine régional ?
Par Joffrey Levalleux
Carrière-Wellington-photo-1-min

Oui clos

Tout commence dans le noir. Muni d’une lampe dynamo, vous devez trouver une clé qui ouvre un coffre pour qu’enfin s’illumine une pièce de 16 m² sans fenêtre ni issue de secours. Vous voilà dans la chambre d’Ernest, votre grand-père mineur. La bonne nouvelle, c’est que son testament y mentionne la présence d’une pierre précieuse. La mauvaise, c’est que vous ne disposez que de 45 minutes pour mettre la main dessus avant que la maison ne s’effondre sur votre tête. Etrenné le 21 octobre 2019, le Trésor d’Ernest a attiré des centaines de curieux dans les sous-sols de Cœur d’Ostrevent tourisme (Pecquencourt) situés à un jet de pérat[1] du Centre historique minier de Lewarde. Ici, point de formule magique ni de tombeau égyptien. Ça n’aurait aucun sens. Avec Ernest, on reste concentré sur les gueules noires. Et ça marche car « c’est une offre touristique cohérente avec son territoire », note Karen Saint-Patrice, directrice de l’OT. Un escape game identitaire en somme salué par le public[2].

Découvrir un univers, c’est aussi en devenir acteur. Comme le souligne Christopher Haie, responsable Projets grand public chez Coqs en Pâte, agence de gamification parisienne qui compte le jeu nordiste parmi ses créations, « le propre de l’escape game, c’est de faire du joueur un enquêteur, un lecteur qui tourne les pages d’un livre car il accroche à l’histoire. » 

Scénario crédible et nouveau public

Qu’ont en commun Citizen Kane, le Limier et Usual Suspects sinon un scénario huilé comme un huit cylindres en ligne ? Lorsqu’on la contacte pour imaginer le canevas de l’escape game de la carrière Wellington d’Arras, Coralie Innocenti part d’une feuille blanche. Enfin presque blanche. Car « les lieux existent. Le récit doit donc respecter l’intégrité du site et ne pas trahir la véracité historique. » Pour corser le tout, le matériel doit être mobile car les visites classiques reprennent le lendemain matin. Mais qu’importe le degré de complexité. Car s’il y a bien une chose qu’elle aime, c’est de faire phosphorer les gens dans des endroits clos. En témoigne son étonnant Chemin de Traverse en lieu et place d’un ancien cabinet médical arrageois. Du côté de la carrière Wellington, on se frotte le casque Brodie. Même si pour Christian Berger qui dirige l’OT Arras Pays d’Artois, au-delà des chiffres, le succès du jeu prouve d’abord qu’« on est entré dans une nouvelle ère de consommation touristique. Avant on donnait à voir, désormais on donne à vivre. Et sans smartphone…» Fait marquant à Arras, le but n’est pas de s’extraire. D’ailleurs, on ne parle pas d’escape game mais de track game. « On cherche ensemble une carte d’Etat-Major en respectant la fragilité des lieux. C’est un modèle touristique respectueux des lieux et des personnes. »

Au château de Picquigny près d’Amiens, la création de trois escapes games in situ a surtout permis d’attirer un public qui fuit les vieilles pierres comme la peste. Pour Damien Maupin, responsable de l’ARCHE[3], « il n’y a en effet rien de pire qu’un guide qui vous noie sous une douche de savoir. Alors quand je vois des jeunes de 25-30 ans qui sortent d’un jeu en ayant retenu quelques faits des croisades ou de la guerre de Cent ans, je suis comblé. Une chose est sûre, il ne faut pas hésiter à donner un nouveau souffle à l’Histoire. »  

Boîtes magiques qui peuvent s’ouvrir…

A Lens, un vent nouveau s’est récemment engouffré sous la tribune Tranin du stade Bollaert. Depuis fin septembre, deux escape games aux noms énigmatiques – Panique au vestiaire et Où est le président ? –  y ont vu le jour. Pour Florence Houvenaghel, responsable communication au sein de l’OT Lens-Liévin, la force de ce nouveau ticket touristique tient à ce qu’il « s’adresse autant à des fans de foot qu’à un public lambda. » Pour beaucoup en effet, le chaudron des Sang et Or est aussi emblématique que le Mémorial de Vimy ou Notre-Dame-de-Lorette… où un énième escape game nous plonge au cœur du premier conflit mondial.

Dans les Hauts-de-France, l’engouement pour ce genre de divertissement permet aussi de faire revivre des lieux mis en veilleuse. C’est le cas à Saint-Omer où l’une des Enigmes de Vissery se déroule dans le Musée Henri Dupuis fermé depuis 2007 « mais ouvert depuis 1894 ! Je vois ces espaces clos comme des boîtes magiques qui font voyager dans le temps. » S’il occupe le poste de Directeur de l’OT du Pays de Saint-Omer, Julien Duquenne est surtout passionné par les mises en scène participatives qu’il a toujours considérées comme « des activités au service de la découverte patrimoniale. » Du temps où il dirigeait la Coupole, ce pionnier avait créé deux histoires – l’une sur la Résistance, l’autre sur la cathédrale – qui « dépoussiéraient » comme on dit l’approche touristique.

Il est d’ailleurs fréquent que la poussière retombe. A Amiens, XScape Game a été l’auteur de nombreuses expériences éphémères. Une soirée à l’Hôtel Bouctôt-Vagniez, quinze jours dans une résidence universitaire, un an dans la Cité souterraine de Naours. « Ce qui prime, c’est la qualité du concept, sa pertinence », précise Lorenzo Lavaux, gérant d’XScape Amiens. Et en matière d’anticipation, l’agence picarde a fait fort puisqu’elle propose depuis cinq ans une aventure immersive sur le thème de la… quarantaine ! Et si vous êtes claustrophobe, sachez qu’il existe des escape games extérieurs. Oui, oui, vous avez bien compris. Des jeux qui se déroulent à l’air libre. Les Enigmamiens en proposent deux « avec la ville comme terrain de jeu. C’est un grand puzzle qui nous fait passer par les sites emblématiques, comme le dévoile John Choppin, la tour Perret, la Cathédrale, la Maison Jules Verne. » Mais attention, vous risquez ensuite d’être tenté par un tour du monde.     

Amiens
www.xscape.fr/x-scape-amiens
www.enigmamiens.com

Arras – Le Chemin de Traverse
Track game de la Carrière Wellington
www.lechemindetraverse-escapegame.fr

Lens
Escape Bollaert : Panique au vestiaire et Où est le Président ?
www.escapebollaert.com

Pecquencourt, Le Trésor d’Ernest 
www.escapegame.fr/pecquencourt/coeur-ostrevent/tresor-ernest

Picquigny
Enigme au château
www.escapegame-chateau.com

Saint-Omer
Les Enigmes de Vissery
www.tourisme-saintomer.com/annuaire/escape-game

Souchez
Escape game au centre d’Histoire
https://memorial1418.com/evenement/escape-game-au-centre-dhistoire



[1] Gros bloc de charbon

[2] Dans le cadre de Com’en Or Trophy – concours régional qui récompense les initiatives innovantes en matière de communication – Le Trésor d’Ernest fait partie des trois projets finalistes catégorie Prix du public. https://comenorday.com/les-nommes-2020

[3] Association de Restauration du Château d’Eaucourt

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : L’Arche ; Xcape Amiens ; Karen Saint-Patrice ; Julien Duquenne ; Offices du Tourisme de Lens-Liévin, d’Arras Pays d’Artois ;
02 novembre 2020
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