Lens, éclaire de génie

Restaurateurs de luminaires, Patrick Vandenhelsken et Jeremy Laczewny seront présents au prochain SIMA de Lens. L’occasion de faire toute la lumière sur un métier fascinant.
Par Joffrey Levalleux
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On s’applique

Pour répondre au vœu du client, l’intégralité du lustre en bronze a été nettoyée à l’acide doux puis « resalie aux brunisseurs. Oui, resalie », maintient Patrick Vandenhelsken. Pour lever définitivement nos doutes, il confirme que « l’authenticité d’un objet se mesure à son teint d’origine. » Le dôme qu’il nous montre à présent a suivi la même logique. Passant de noir crasse à doré scintillant selon un procédé tout aussi surprenant. Pour faire ressortir la patine virginale des ornements, l’excédent de vernis a été retiré des anfractuosités à l’aide de micro-paille de fer.

Mises bout à bout, ces opérations méticuleuses prennent un temps considérable. Dans le métier de la restauration de luminaires, patience est mère de toutes les vertus. Jérôme Laczewny n’ira pas dire le contraire. Ce matin d’octobre, le trentenaire aux pognes impressionnantes a pour mission de faire passer des liens de laiton étamé dans de mini-cavités. L’objectif étant de réaliser une chaînette de pampilles en cristal. « Sinon, je confectionne aussi des grappes de raisins comme celle-là. C’est la période des vendanges… », dit-il sur un ton badin. Dans l’atelier Lumi Pat de Patrick à Moncheaux (sud de Lille), les deux confrères s’activent calmement devant les suspensions – plaquettes, poires, chaînettes – qui ont retrouvé l’éclat des premiers jours. « On nous demande souvent quel est le pire ennemi du lustre, soulève Patrick. Et bien, ce sont les vapeurs de nourriture. » Lesquelles attirent les moucherons qui se chargent de faire le reste. Beaucoup l’ignorent mais pour éviter ça, un simple nettoyage régulier à l’eau savonneuse suffit. Alors, quand on en arrive à trouver des nids de pigeons comme ce fut le cas pour la suspente de la salle Sthrau à Maubeuge, c’est une autre histoire.

Redorer le passé

Dans la famille artisans d’art, les restaurateurs de luminaires ne sont pas légion. Comme cent-cinquante confrères issus d’horizons différents, Patrick Vandenhelsken et Jeremy Laczewny seront présents à l’occasion du prochain SIMA de Lens qui a vu le jour grâce à lumineuse initiative de leur pair (cf encadré).

A cette occasion, les deux passionnés vous parleront techniques et savoir-faire. Mais si vous titillez votre curiosité comme on gratte la patine, vous tomberez sur l’essentiel : l’humain. « Chaque luminaire est le témoin d’une histoire », assure Patrick. Comment peut-on rester insensible à ce lien invisible « quand on nous amène un luminaire ayant appartenu au domaine de La Boisserie[1] ou quand on restaure les lustres du Clos-Lucé[2] ? », soulève Patrick. Parfois, l’objet joue les marqueurs historiques. « Sur celui-là, on a des bobèches verticales dans lesquelles viennent s’enchâsser autant de bougies et des douilles à baïonnettes horizontales qui montrent qu’on est au début de l’électrification », reprend Jérémy. Dans ce cas précis, leur travail consiste aussi à percer les coupelles pour faire passer discrètement les nouveaux fils électriques. Et c’est reparti pour 150 ans. Watt else ?

Mettre en lumière l’artisanat d’art
C’est en exposant trois ans au Salon International du Patrimoine Culturel de Paris que Jean-Jacques Labaëre mesure à quel point « la région regorge de talents. » Sous les voûtes du Carrousel du Louvre, le restaurateur de luminaires se dit « qu’on pourrait faire la même chose chez nous. En plus modeste, bien sûr, mais à domicile. » La première mouture du Salon des Métiers d’Art se tient l’année suivante salle Nohain à Lens sous la houlette de la Chambre de Commerce. Il en sera ainsi durant quelques années. Jusqu’à ce que la Chambre de Métiers et de l’Artisanat des HDF reprenne le flambeau en 2015 avec l’ambition d’en faire un rendez-vous d’exception. L’événement se structure. Désormais un jury de professionnels, présidé par Marie Lavandier (directrice du Louvre-Lens), sélectionne des candidats venus de la France entière, mais aussi de l’étranger. Le Salon International des Métiers d’Arts est né. Il attire 20 000 visiteurs et fait surtout naître des vocations. Convaincue qu’il faut à tout prix soutenir ces savoir-faire uniques, la CMA phosphore à la création d’une formation diplômante [3] . Laquelle vient de voir le jour après des années de travail. Preuve que soutenir une filière est aussi tout un art.

Pratique
SIMA de Lens, les 12, 13 et 14 novembre 2021, stade Félix Bollaert de Lens. https://sima.metiersdart-hdf.fr
Entrée gratuite.

En savoir +
Patrick Vandenhelsken – Lumi Pat. Tél. : 06 43 57 46 86 – contact@lumipat.fr
Jeremy Laczewny – L’Atelier du luminaire. Tél. :  06 71 23 06 70 – latelierduluminaire@outlook.fr


[1] Ancienne résidence du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises

[2] Le château du Clos-Lucé à Amboise -Indre-et-Loire) fut la dernière demeure de Léonard de Vinci.

[3] https://www.cma-hautsdefrance.fr/blog/actualites/formation-metiers-art/

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Florent Burton
03 novembre 2021
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