L’église Saint-Antoine de Conty

Monument emblématique du gothique flamboyant du XVIe siècle en Picardie, l’église de Conty fait actuellement l’objet de travaux de restauration colossaux qui touchent aussi bien les couvertures que les charpentes, les maçonneries ou les vitraux. Au-delà du chantier, iCéÔ vous emmène au cœur de l’histoire de sa construction.
Par Aurélien André
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Un grand chantier flamboyant

La première fois que l’église de Conty est citée, c’est en 1141. Elle porte alors le vocable de Saint-Maurice et constitue le siège d’un prieuré qui dépend de l’abbaye Saint-Quentin de Beauvais. Mais à la fin du XVe siècle, alors que la région est engagée dans les guerres de Succession de Bourgogne qui opposent Louis XI au duc de Bourgogne, l’église du prieuré de Conty est visiblement fortement endommagée, au point qu’on décide de sa reconstruction dans les années 1520. On ne conserve de l’ancienne église que la base du clocher percé d’un petit portail. Les travaux commencent par le chœur qui s’étend sur trois travées bordé de bas-côtés, dont celui du côté sud se termine par le clocher. 

Comme à l’église Saint-Etienne de Beauvais, qui a certainement servi de modèle architectural, l’élévation comprend deux niveaux (grandes arcades et fenêtres hautes) et comporte un chevet plat percé d’une immense verrière flamboyante, d’une rare originalité dans le diocèse d’Amiens. Le transept, élevé en même temps que le chœur, coupe l’église en deux : il est éclairé par une rose dans son bras nord et une grande fenêtre du côté sud (actuellement bouchée, elle pourrait être rouverte). Curieusement la nef est fort courte, comme si cette partie n’avait pas pu être achevée. Elle ne comporte en effet que deux travées bordées d’un bas-côté. A bien y regarder, seules les grandes arcades datent du xvie siècle, et il faut alors imaginer l’église de Conty avec une nef à la fois courte et basse par rapport à son transept, et ce, jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ce n’est qu’entre 1868 et 1873 que l’architecte amiénois Victor Delefortrie (1810-1889) construisit les fenêtres hautes de la nef, les voûtes du vaisseau principal ainsi que la façade occidentale dans le style flamboyant. Les voûtes des bas-côtés de la nef avaient auparavant été achevées en plâtre sur un lattis de bacula.

Un décor flamboyant

A l’instar d’autres églises picardes (Poix, Auxi-le-Château, Rue), l’église Saint-Antoine de Conty offre sur ses voûtes un magnifique décor de clefs pendantes à la jonction des ogives, des liernes et des tiercerons : on y reconnaît saint Maurice à cheval, le Christ en croix, la Vierge, dite Vierge noire, et la sainte Trinité. Le vocabulaire flamboyant se déploie sur les contreforts extérieurs décorés de panneaux d’arcatures procurant une impression d’élancement. Le portail du bras sud du transept conserve plusieurs statues anciennes dont celle de saint Sébastien couvert de son armure et portant des flèches. Sur cette même façade on ne manquera pas d’admirer les gargouilles aux allures chimériques qui contribuent grandement au caractère de l’église. Le clocher, élevé vers le centre du bourg, porte encore les stigmates des balles tirées par les envahisseurs espagnols de 1636.

Un mobilier exceptionnel

Parmi le riche mobilier de cette église, la pièce la plus curieuse est certainement le gisant en pierre noire du Hainaut, fragmentaire, aujourd’hui disposé debout à l’entrée du bas-côté sud de la nef. Datant probablement de la fin du XIIe siècle, il fut découvert en creusant les fondations de la nouvelle façade. Aucune inscription ne permet malheureusement d’identifier ce personnage.

Mais les richesses artistiques de cette église ne s’arrêtent pas là. Le sanctuaire conserve en effet un des fleurons de la sculpture picarde du XVIIIe siècle : le maître-autel, les boiseries et les quatre statues de saints, qui proviennent de l’ancienne église des Carmes déchaussés d’Amiens ; ils ont été sculptés en 1720 par le sculpteur amiénois Louis Dupuis (1654-1739). Les quatre statues représentent la Vierge et l’Enfant, saint Joseph, saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila. Elles furent vendues comme bien nationaux en 1791 avec l’autel et les boiseries à la paroisse de Conty. En bois blanchi, de grandeur naturelle, ces statues sont caractéristiques du style de la Régence : bouillonnement des drapés, contrapposto des figures.

La fontaine Saint-Antoine : source de pèlerinage

L’église de Conty a la particularité d’être bâtie sur une source. Probablement christianisée très tôt, cette source est dédiée à saint Antoine le Grand, moine égyptien des IIIe et IVe siècles, traditionnellement représenté avec un cochon pour compagnon. Il était invoqué pour protéger des maladies contagieuses, du mal des ardents et de la peste. Son pouvoir guérisseur passait pour toucher aussi les animaux, notamment les porcs et les chevaux. La source est située sous le transept, près de l’autel Saint-Antoine : une pompe permet d’y puiser directement. Son eau, suivant la croyance populaire, offrait un puissant secours pour combattre les maladies des animaux. Le ruisseau s’écoule sous l’église avant de rejoindre la fontaine creusée devant la façade et de longer toute la façade sud pour finalement alimenter la rivière des Évoissons. Le lundi de Pentecôte, un important pèlerinage voyait jadis converger vers Conty des milliers de fidèles venant des contrées environnantes. A cette fontaine se rattache la légende de la truite Toinette qui y fraya longtemps sous l’Ancien Régime avant de finir dévorée par des soldats.

Pratique
l’Association de Sauvegarde des églises de Conty et de Wailly organisera des visites de l’église Saint-Antoine lors des Journées Européennes du Patrimoine, les 17 et 18 septembre 2022.
Tout le programme sur : journeesdupatrimoine.culture.gouv.fr

Texte : Aurélien André
Photos : Franck Bürjes
16 septembre 2022
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