Le Parc des îles de Drocourt, voyage au coeur des îles inventées

Il y a quelques années encore, le site accueillait la plus importante cokerie de France. Aujourd’hui ce vaste parc paysager est considéré comme un « poumon vert » de la chaîne des Parcs, cher au paysagiste Michel Desvigne. On y vient désormais pour se promener en famille, faire du sport ou se détendre sur les vastes pelouses. Mais on peut aussi y découvrir un imaginaire végétal dans chacune des îles qui jalonnent ce parcours botanique.
Par Bertrand Fournier
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Lorsqu’elle découvrit le site de l’ancienne cokerie de Drocourt, Nadia Herbretau, paysagiste de l’agence Ilex, se souvient très bien du contraste saisissant qui existait entre « ce gros caillou noir » et ce terrain, tout juste démantelé, recouvert d’une épaisse couche de craie blanche, censée confiner les sols encore pollués de l’exploitation charbonnière. C’est pourtant là qu’un nouveau parc devait être aménagé. La réponse fut radicale car il n’était pas question de proposer une réinterprétation nostalgique de l’ancienne cokerie. Au contraire !

 Être paysagiste, c’est composer avec les échelles : du grand paysage au petit jardin travaillé ; et c’est ce qu’on a fait ici ! 

Pour que ce site devienne un nouveau centre d’animations pour les trois communes de Rouvroy, Drocourt et Hénin-Beaumont, il fallait tourner la page, renverser le regard et les usages en proposant un nouvel imaginaire. Et dans cette quête, la présence de l’eau s’est tout de suite imposée. Elle permettait d’être ailleurs et de jouer avec les masses du grand paysage. Le terril devenait ainsi une véritable montagne se reflétant dans le miroir d’eau d’un lac improbable. Il noyait au passage le symbole patrimonial qu’il représentait au profit d’une image, sinon plus naturelle, du moins plus géographique.

Des îles comme des joyaux

Mais quitte à forcer le trait du paysage imaginaire, il fallait créer des îles, toutes différentes, avec chacune leur univers végétal. Et là encore, inutile de faire semblant et de vouloir créer un espace naturel qui n’existe pas. Ici, les îles sont comme des joyaux posés au milieu de leur écrin aquatique. Elles présentent des formes très graphiques et épurées que l’on devine à peine depuis le niveau des bassins.

Pour en admirer toute la subtilité géométrique, inutile de gravir le sommet du terril 205, dont l’accès est d’ailleurs interdit. Il suffit de plonger la tête la première dans « le voyeur », sorte de tour de guet inversée, qui permet d’appréhender le paysage comme si vous étiez un oiseau.

Au-delà du jeu de miroirs qui multiplie encore les façons de regarder le paysage, au-delà de ces formes ovales improbables à l’état naturel, l’implantation, l’orientation ou l’étendue même de ces îles, ne doit rien au hasard. Tout cela est en fait guidé par les vestiges de la cokerie qui n’avaient pas pu être démantelés. De même à l’est, l’île Lagon, qu’on a aussi appelé l’île Creuse, a une vocation technique de réservoir qui régule le niveau d’eau des bassins. C’est d’ailleurs l’une des rares îles qui ne soit pas accessibles par le platelage principal qui relie les autres îles entre elles.

Le parc des îles en chiffres

1892 : début de l’activité de cokerie à Drocourt.

1930 : après la destruction du site en 1917, la cokerie est remise en service.

1959 : la cokerie de Drocourt atteint une production de 3400 tonnes par jour et devient la plus importante cokerie de France. 

1988 : arrêt du lavoir à charbon.


2002 : le 25 mars, la cokerie cesse son activité. 

2002-2004 : Charbonnage de France entreprend le démantèlement complet et la dépollution partielle du site. L’agence Ilex est lauréate de ce concours.

2006 : la Communauté d’Agglomération d’Hénin-Carvin lance un concours pour transformer l’ancienne cokerie en parc paysager.

2013 : inauguration du Parc des îles.

Passer d’île en île

C’est par ce fil d’Ariane que le visiteur passe d’un univers à l’autre. Là, une houblonnière caractéristique des paysages du Nord, avec ses mats et ses fils tendus. Le houblon s’y enroule et danse avec les frêles clématites violettes pour former ensemble un jardin suspendu. Un peu plus loin, le visiteur débarque au milieu de l’île au Vent, signalée par une manche à air. A son pied pousse un imposant miscanthus, qu’on appelle aussi herbe à éléphant. Cette plante, qui semble satisfaire l’appétit des pachydermes, a surtout des qualités écologiques incroyables. On l’utilise aussi bien comme isolant que comme paillis dans le jardin ou biomasse de chauffage. Autour d’elle, d’autres graminées ondulent avec souplesse au gré du vent.

Pour rejoindre l’île suivante, le ponton de bois trace sa droite ligne au milieu d’une roselière. Les joncs et les roseaux aux massettes farineuses suivent le mouvement. Là encore, ils composent un paysage improbable avec le terril en toile de fond. Plus bas, dans la pente des bassins, la prêle, le plantain, l’iris d’eau ou la véronique aquatique qui en ce début d’été a fait éclore ses fines fleurs bleues et mauves, soulignent les rives du bassin.

Renaissance et exotisme

De l’île Jardin à l’île Oubliée, on embrasse progressivement des univers colorés et exotiques. A chaque débarquement, on embarque vers un ailleurs plus luxuriant. Comme un pied de nez à cette terre autrefois stérile de décennies d’exploitation industrielle, qui retrouverait ici une fertilité propice, l’île accueille des cardes géantes, des Tison de Satan (kniphofia uvaria), dont les fleurs flamboyantes attirent le regard, ou des angéliques aux ombelles majestueuses. Les digitales géantes, les asphodélines aux fleurs jaunes étoilées complètent la palette de cet univers. Les espèces les plus anciennes, comme le gingko biloba ou l’acanthe sont aussi convoquées pour un voyage temporel qui remonte aux origines de la terre avant que l’homme n’existe.

Finalement, quel que soit l’endroit, on se laisse happer par chacun des univers recréés ici. Être ici et ailleurs en même temps, c’est parfois tout ce qui compte, tout simplement.

Aquaterra la maison par l’exemple
Avec son ossature bois, son toit végétalisé, ses panneaux solaires et son système de récupération d’eau de pluie, Aquaterra montre l’exemple. Cet équipement conçu autour du développement durable est installé au milieu du parc. Il propose des visites et ateliers pédagogiques pour découvrir la botanique, le paysage et la biodiversité. 
Infos pratiques : ouvert du mardi au dimanche de 14h à 17h45. Tél. : 03.21.79.74.94. Retrouvez le programme des animations d’été sur www.aquaterra-henincarvin.fr

Pour en savoir +

Télécharger sur votre smartphone l’application Echapée en pays minier et suivez les explications de Wladek dans le parcours De la Cockerie au parc des îles.

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Laurent Desbois – Lwood ; CAHC, Service communication ; Aquaterra
05 juillet 2019
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