Le donjon de Bours, les atours de la tour

Au cœur de la campagne du Ternois, le petit village de Bours abrite une tour médiévale qui recèle bien des surprises. Restauré et ouvert au public depuis l’an dernier, le donjon de Bours, comme on l’appelle, invite d’emblée à un voyage dans le temps, à l’époque des chevaliers et de la Guerre de Cent Ans.
Par Bertrand Fournier
Donjon-Bours © Photochrome

A quelques kilomètres de l’endroit où se déroula la célèbre bataille d’Azincourt en 1415, le donjon de Bours semble avoir résisté à tous les assauts. Mais les apparences sont parfois trompeuses, car celui que l’on appelle communément le ‘donjon de Bours’ n’en est peut-être pas un. Bâtie vers 1375 pour Mathieu de Bours, cette tour de 9 m de côté et haute d’une vingtaine de mètre est construite en grès issus des carrières de Béthune et de Floringhem. Elle possède également une série de tourelles en encorbellement, posées sur des contreforts qui lui donnent une certaine allure et un sentiment de robustesse à l’épreuve du temps. Pourtant, plusieurs indices contredisent celle appellation de donjon. 

Un donjon sans château

Car qui dit donjon, dit château. Or, ni les recherches historiques menées dans les archives, ni les fouilles archéologiques n’ont permis d’attester de la présence d’un véritable château, dont le donjon ne serait qu’un des éléments. Ici, la tour constitue le seul élément bâti d’un espace quadrangulaire plus large, aménagé simplement en jardins et séparé de la basse-cour par un fossé en eau.

Par ailleurs, bien qu’Adam de Bours soit désigné seigneur du lieu à la fin du XIIe siècle, son nom n’est associé à aucun château ou motte castrale datant de cette époque. Ainsi, les recherches les plus récentes confirment que la tour aurait été construite ex nihilo, au moment où Mathieu de Bours aurait succédé à son père Hugues de Bours, écuyer et châtelain de Béthune. L’épaisseur des murs, qui par endroit ne dépasse pas 60 cm, le nombre important d’ouvertures, souvent mal orientées pour la surveillance et le tir de défense, ainsi que la présence d’un pont dormant en lieu et place d’un pont-levis, ne laissent aucun doute sur la nature de l’édifice.

Elle est forte celle-là !

Le donjon de Bours est en fait une maison forte, c’est-à-dire un lieu de résidence pour le seigneur, qui a utilisé ici les éléments de défense pour jouer sur l’apparence de puissance et de pouvoir. Si les vestiges du château d’Anvin tout proche peuvent présenter quelques similitudes avec celui de Bours, il semble bien que la résidence de Mathieu de Bours n’ait pas de réel équivalent aujourd’hui dans la région. La filiation se trouve plutôt en Ecosse et en Wallonie. Le château de Crupet, dans la province de Namur, ou celui du Loir à Sarcey-Rosière dans le Nord présente les points de comparaison les plus évidents avec l’édifice de Bours. 

Une observation du passé 

En traversant le pont dormant, le visiteur remonte le temps et devient l’observateur de la vie quotidienne d’un seigneur de la fin du Moyen Âge. Dans la grande salle d’apparat, il vient d’ailleurs tout juste de quitter son trône. La cheminée crépite encore. Dans les parties hautes, des silhouettes découpées par un jeu de lumière évoquent la présence de personnages en tribunes qu’on imagine pouvoir rejoindre par les escaliers de pierre. Logés dans l’épaisseur des murs, ils sont quasiment des passages secrets vers l’histoire.

Chacune des tourelles accessibles évoque tour à tour la manière dont on s’habillait ou ce que l’on mangeait lors d’un banquet. Vous y découvrirez qu’à l’époque le repas commençait généralement par un fruit, histoire de se mettre en appétit des sept autres services que le festin comprenait ! On y évoque aussi l’art du blason, véritable carte d’identité et de personnalité du seigneur, mais également l’art du combat ou de la chasse. Après cela, petits ou grands, la vie médiévale n’aura quasiment plus de secrets pour vous. Avant de repartir par la belle allée de tilleuls, n’oubliez pas de passer par le cellier. Sous la magnifique voûte d’ogives reconstituée, vous y découvrirez une partie du matériel archéologique mis au jour lors des fouilles menées entre 2012 et 2017. Grace à ce travail minutieux, les archéologues ont commencé à percer les mystères de ce château.

Petit meutre entre ennemis

Au XIVe siècle, Jeanne de Mailly, alors veuve de Mathieu de Bours décédé en 1373, aurait demandé à son fils Jean d’éliminer un prétendant trop insistant avec qui elle était déjà en procès. L’écuyer aurait ainsi eu la tête tranchée et l’instigatrice aurait été confondue avant d’être arrêtée, escortée jusqu’à Arras par 22 gardes armés et brulée vive cinq jours plus tard. De cette histoire, relatée dans les textes conservés aux Archives départementales du Pas-de-Calais, serait née une légende, que les médiateurs ne manqueront pas d’évoquer : en observant les murs extérieurs de l’édifice, votre œil sera sans doute attiré par un visage sculpté grossièrement. Ce serait celui de l’écuyer décapité, pétrifié dans les murs même du château.

La rando du donjon

Après ce voyage dans le temps, quoi de mieux qu’une petite randonnée dans la campagne alentour. Et ça tombe bien, il y en a une qui passe juste au pied du donjon et qui s’appelle… la Randonnée du donjon, évidemment ! Durant cette boucle de 15 km, vous n’aurez aucun mal à comprendre l’origine du nom de Bours, qui évoque les sources d’eau, nombreuses dans la commune. Vous aurez l’occasion d’en longer deux. Mais vous prendrez également de la hauteur sur la colline calcaire des Eguerguettes et vous découvrirez un autre château en jolie pierre calcaire blanche, plus récent, et aujourd’hui transformé en gite plein de charme.
www.pas-de-calais-tourisme.com/rando-donjon.pdf

Informations pratiques

Donjon de Bours
29 rue de l’Eglise 62550 BOURS
http://www.donjondebours.fr
03 66 32 24 03
En semaine, le donjon de Bours est ouvert du mardi au vendredi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h. Le week-end, de 14h à 18h. 
Visites guidées sur réservation en ligne : https://reservation.ternoiscom.fr au départ de la maison du donjon.

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Franck Bürjes – Photochrome ; Illustration : Charles Dubus
02 juillet 2020
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