Le CRITT M2A : un centre d’essais de l’électromobilité unique en France

Le Pas-de-Calais abrite un centre d’essais pour les batteries électriques. Jusqu’ici spécialiste du moteur thermique, il est lui aussi entré dans la « giga-ère ». Son ambition est de devenir un leader européen en matière de recherche sur l’électromobilité.
Par Gaëtane Deljurie
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Tous les constructeurs, équipementiers automobiles et même les écuries de Formule 1, ont un point commun : ils connaissent Bruay-la-Buissière ! Tous sont déjà venus au CRITT M2A, le Centre de recherche, d’innovation technique et technologique en moteurs et acoustique automobile. Si toute la filière connaît bien ce centre technique, c’est que son expertise est unique en France, voire même en Europe. Simplement par la puissance de ses équipements.  

Ces dernières années, 17 M€ ont été investis pour tester des batteries électriques. Ici, sur les sept nouveaux bancs d’essai, on maltraite tous les composants des batteries en leur infligeant des courts-circuits, des surcharges, des décharges dans des conditions thermiques extrêmes allant de -40° à +90° !  

Moyen d’essai test abusif batterie : les tests abusifs permettent de créer par exemple des conditions de surcharge, de sur-décharge, de court-circuit interne et externe.

L’objectif est bien évidemment de décrocher les sésames de l’administration pour leur commercialisation. A commencer par les homologations, en aval du lancement de la fabrication à l’échelle industrielle. Le banc multi-machines permet, lui, de mettre à l’épreuve un véhicule entier ainsi que la chaîne de traction globale de la future voiture, en reproduisant toutes les situations de roulage, en étudiant au passage la consommation énergétique, qu’elle soit thermique, hybride ou électrique. Avec une puissance de 500kW pour chaque roue, le banc peut même tester les Formula E, l’équivalent de la Formule 1 en électrique ! 

Du vélo à l’aérospatial 

« Ce banc d’essai pour batteries n’a pas d’équivalent en France aujourd’hui », souligne Jérôme Bodelle, le PDG du CRITT M2A. « Nous recherchons, pour chaque projet d’électromobilité, la recherche la plus appliquée possible. Nous nous diversifions ainsi en couvrant le champ du vélo comme du drone, en allant jusque l’aérospatial qui représente aujourd’hui 5% de notre chiffre d’affaires. » Le centre réalise par exemple des essais de tenue acoustique des sous-ensembles spatiaux, comme des satellites par exemple. Un autre nouveau pan d’activité, toujours lié à l’électromobilité, concerne le test des convertisseurs de puissance, organes se situant entre la borne de recharge et la batterie. Cette fois avec un bac d’essai ultra-innovant d’onduleurs, générant différentes formes de courants. Ce sont là 4,6 M€, mobilisés cette fois dans le cadre du Plan de relance, le projet OECTE (Optimisation énergétique des chaînes de traction électrifiées). Objectifs : réduction des coûts de production, des délais de fabrication, fiabilité et augmentation de leur durée de vie.

Les élus sur les starting-blocks  

Ultra-spécialiste dans un domaine porteur, CRITT M2A n’est pas arrivé à Bruay-la-Buissière par hasard : ce centre est d’abord né de la volonté des élus de dynamiser l’économie du territoire. Fin des années 60, les mines ferment. Un premier centre de services aux entreprises, baptisé Centre Tertia, évoluera quelques années plus tard en un Centre de recherche sur l’ignifugation des matériaux (CREPIM), devenu aujourd’hui une référence mondiale. Sur l’idée d’un constructeur de la région lensoise, les élus ont ensuite sondé les besoins de toute la filière automobile. 

Le CRITT M2A est alors né, d’abord sous la forme d’un Groupement d’intérêt public (GIP), financé par le Fonds européen du développement régional (FEDER), du Fonds national d’aménagement et de développement du territoire (FNADT), de l’Etat et de l’ancêtre de l’actuelle agglomération Artois-Lys-Romane. En 2007, la structure est devenue une entreprise, soutenue cette fois par OSEO, alors filiale de la Banque Publique d’Investissement (BPI), le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (devenu des Hauts-de-France depuis), et l’Association Régionale de l’Industrie Automobile (ARIA), qui ont permis d’investir les 40 M€ nécessaires au démarrage de l’activité.

Vers le ré-emploi des batteries
Quinze ans plus tard, CRITT M2A s’est non seulement repositionné sur les batteries électriques et les convertisseurs de puissance mais le centre veut désormais compter comme un acteur incontournable dans les tests du ré-emploi des batteries d’automobiles. Pour continuer à les utiliser de façon moins intensive, comme par exemple dans des conteneurs à batterie pour les applications industrielles ou plus généralement pour le stockage « stationnaire » (qui ne bouge pas, par opposition aux batteries pour les véhicules, téléphones, ordinateurs). CRITT M2A entend également devenir d’ici 2023 un centre de référence pour la formation des équipes de production, de maintenance et métrologie des deux futures gigafactories qui vont s’implanter à Douai (Envision) et à Douvrin (ACC Stellantis-Total-Mercedes). Un projet qui s’inscrirait pleinement dans la future « Vallée de la batterie électrique ». Le point de départ de tout un écosystème… qui connaîtra également Bruay-la-Buissière. 

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Texte : Gaëtane Deljurie
Photos : CRITT M2A
08 avril 2022
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