Le clos des roses Keiji des Jardins de Séricourt

Parmi les multiples jardins expérimentaux créés à Séricourt depuis plus de trente ans par Yves Gosse de Gorre et son fils Guillaume, il en est un que le jeune paysagiste passionné aime à dévoiler. Peut-être parce qu’il s’agit du petit dernier, mais aussi parce qu’il est d’une richesse conceptuelle rare. Le Clos des roses Keiji s’ouvre avec délicatesse et contemplation.
Par Bertrand Fournier
P1120091-min

Le jardin d’une amitié

Ce jardin est d’abord le fruit d’une rencontre : celle du paysagiste français Guillaume Gosse de Gorre et du rosiériste japonais Ken Kunieda. Deux cultures différentes, deux histoires familiales qui se tracent en parallèle et qui, à l’image d’une ligne de fuite, finissent par se rejoindre. De cette rencontre naît une réelle amitié, tissée autour des points communs que les deux hommes se découvrent. De Séricourt à Kyoto, l’un et l’autre s’inspirent. De son voyage au Japon, Guillaume Gosse de Gorre retient surtout une ambiance générale, une atmosphère et découvre la ‘Rose Farm Keiji’, une ferme posée au bord du lac Biwa, près de Kyoto. Ici les roses à bouquets se cultivent par milliers. Elles se distinguent par leur délicatesse, mais aussi par leurs couleurs délavées, subtilement nuancées. Toutes ont été créées par Keiji Kunieda, le père de Ken. De retour du Japon, les projets collaboratifs fusent et Guillaume envisage de créer un nouveau jardin à Séricourt. « Je ne voulais pas partir sur un jardin japonais », se défend le paysagiste. « L’idée était plutôt de m’inspirer de ce que j’avais vu là-bas, de valoriser ces variétés de roses exceptionnelles, tout en gardant l’esprit de Séricourt, façonné autour des émotions et de l’expérimentation.

A l’abri des kakemonos de pierre

On entre dans le Clos des roses Keiji comme dans un temple, guidé par un érable de Montpellier et un hêtre pleureur dont les branches forment la voûte d’entrée. Les murs enduits d’ocre ferment l’espace comme des kakemonos de différentes hauteurs. Ils nous enveloppent et nous protègent.

A leur pied quelques ifs, des iris des marais, graphiques et graciles, et quelques graminées, à la fois dynamiques et légères. Les ifs, encore jeunes, commencent à former les topiaires et moutonnent d’une seule ligne. Guillaume nous le rappelle : « ce jardin n’a que deux ans et doit encore prendre de la patine. » Dans cette première partie du jardin, on se sent bien, partagé entre la beauté du vide et cette spirale en forme de coquille d’escargot dessinée subtilement. Elle nous invite naturellement à rejoindre le centre de la composition, marqué par une série de dalles plates posées au sol comme des tapis de yoga. Dans cet espace, on oscille entre l’esthétique du wabi-sabi qui prône la beauté des choses imparfaites ou incomplètes, modestes et humbles, et l’ikebana, cet art des bouquets japonais qui puise sa force dans la pureté des lignes.

Une évocation des rizières du Japon

Posés sur les dalles de pierre, on observe sans pouvoir accéder à une autre partie du jardin. Il est baigné de soleil, ouvert et tracé de lignes perspectives. Des massifs en négatif, décaissés sur 20 à 30 cm, sont plantés de fétuques ovines. La graminée rustique apporte ici une nuance plus jaune et permet d’évoquer ces paysages de rizières si présents au Japon. Mais c’est surtout un sentiment de frustration que le paysagiste a voulu donner ici : la frustration qu’il a lui-même perçue au Japon, face à ces jardins miniatures où tout est parfaitement à sa place, avec ces graviers extrêmement soignés. « Le corps est posé, mais l’esprit voyage avec le regard. » Ici on est à un point d’observation d’un paysage presque lointain. Mais le paysagiste français nous rassure. Quasi invisible, un passage aménagé entre deux panneaux muraux forme comme une porte dérobée qui nous permet de nous promener dans ce nouvel espace. Les lignes perspectives se transforment en chemins de traverse et un autre voyage commence. 

A la découverte des roses

A l’ombre de pommiers d’ornement, taillés de manière aérée, de marronniers et de magnolias, les rochers végétaux ponctués de touches colorées se découvrent en bosquets de buis et d’armoise, qui servent d’écrin aux fameuses roses japonaises.

Un camaïeu de rose observé au loin et rehaussé de bouquets floraux blancs, rouges ou jaunes, surprises chromatiques que l’on découvre au détour du chemin herbeux. Le jardin joue de ces contrastes. Des pétasites aux larges feuillages côtoient des verveines de Bueno Aires à la floraison aérienne. Le jeu est parfois plus nuancé, comme avec ces phalaris ou ruban de bergère, dont le feuillage panaché et effilé apporte une pointe sauvage et éclairante. En aiguisant votre regard, vous tomberez peut-être sur ces carex d’un vert franc et acidulé, dont les fruits font penser à des origamis. Entre nuances, contrastes et surprises délibérées, le Clos des roses Keiji se lit à différentes échelles et joue sur les focales et les points de vue. C’est ainsi que Guillaume Gosse de Gorre a conçu ce jardin et c’est ainsi que l’on en apprécie la richesse et la complexité.

Ma plante préférée
le viburnum mariesii 





Contrairement à la viorne boule de neige (viburnum opulus), cette viorne a un port plus étalé avec des fleurs blanches assez plates au parfum subtil que j’apprécie particulièrement. Mais au-delà de la période de floraison qui a lieu en mai-juin, j’aime aussi cette plante pour sa coloration très intéressante à l’automne. Par contre, les périodes de sécheresse peuvent leur être fatales. 


Mon conseil de jardinier 

“ De plus en plus, la tendance est d’associer les plantes entre elles. On parle de ‘plantes amies’ ou de phytosociologie. Au lieu d’avoir un jardin potager d’un côté, puis de l’autre des plantes ornementales ou aromatiques, je préfère aujourd’hui décloisonner tout cela et tenter le mariage de certaines plantes entre elles qui se protègent, comme je l’ai fait ici dans ce jardin avec l’armoise. Son parfum puissant protège le buis des parasites et permet la croissance de tous les autres végétaux. D’autres plantes aromatiques, comme la sarriette ou la sauge, vont plutôt faire fuir les pucerons. Elles seront donc appréciées au pied des rosiers, notamment. C’est sur ce principe que je suis en train de composer mon prochain jardin. Ce sera un jardin beau et bon… mais pour cela, il faudra encore attendre deux ou trois ans. ”

Informations pratiques
Les jardins de Séricourt
2, rue du Bois
62270 SERICOURT
Tel : 03 21 03 64 42
lgdeg@jardindesericourt.com
www.jardindesericourt.com

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Bertrand Fournier
02 juillet 2020
Partagez cet article !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Dans la même rubrique

Jardins d’Automne : les jardins guerriers de Séricourt
Floralpina Arras, l’herbier des montagnes
Taman-hutan, un voyage dans la nature
Douai : fleurir la ville
Garry Taffin : bouquet final

Vous aimez cet article

Inscrivez-vous à la newsletter iCéÔ magazine et retrouvez chaque semaine nos idées de sortie en région.

Votre magazine iCéÔ sur mesure avec une sélection d'articles en fonction de vos goûts et de votre localisation