Le château de Villers-Cotterêts ne restera pas sur le carreau

En ce mois de la Francophonie, il fallait « prendre la balle au bond » et vous parler du château de Villers-Cotterêts. D’abord parce que le monument vient de faire l’objet d’importantes fouilles archéologiques qui en renouvellent la connaissance. Mais aussi parce qu’il constitue aujourd’hui l’un des plus importants chantiers de restauration de France pour accueillir prochainement la Cité internationale de la langue française ; un projet qui renvoie à l'ordonnance que signa le roi François Ier en 1539 obligeant à la tenue de registres d’état civil rédigés en français.
Par Christiane Riboulleau
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Avant 1526, le château de Villers-Cotterêts, surnommé « Malemaison », est déjà une résidence royale, mais relativement modeste. Son principal intérêt réside dans sa proximité d’une des plus belles forêts de France. Mais à cette date, François Ier, qui sort d’une période de captivité après sa défaite de la bataille de Pavie, décide de séjourner davantage dans ses résidences de la région parisienne. Et Villers-Cotterêts en fait partie.

Une histoire accidentée

D’importants travaux vont donc être entrepris à partir de 1532 pour rénover la Malemaison. Les anciens corps de logis sont arasés pour laisser place à un véritable château Renaissance doté d’une vaste avant-cour régulière. En août 1539, alors que les travaux ne sont pas encore achevés, le château accueille une grande partie de la Cour, ainsi que le roi qui vient y assouvir sa passion pour la chasse. Mais c’est aussi durant ces quelques semaines, que le roi signe la fameuse ordonnance qui instaure le français comme langue officielle pour la rédaction de tous les documents de la vie publique du royaume de France.

À la mort du monarque, en 1547, les travaux du château de Villers-Cotterêts sont presque terminés.

Les premiers successeurs de François Ier apprécient d’y séjourner, mais peu à peu, la demeure est délaissée. Elle ne regagne l’intérêt des princes qu’à partir de 1661, date à laquelle Louis XIV ajoute le Valois à l’apanage de son frère, Philippe d’Orléans. C’est sous son impulsion que les jardins vont entièrement être remodelés par André Le Nôtre, l’éminent jardinier de Versailles.

Mais la résidence demeure peu utilisée. Elle va pourtant servir de cadre aux fêtes somptueuses qui célèbrent en 1722 le sacre du jeune Louis XV. Il faut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que le duc Louis-Philippe d’Orléans modernise l’ancien château royal en repensant complètement la distribution des lieux et leur cadre de verdure.

La Révolution française nationalise le domaine. Puis, deux décisions du pouvoir central au début du XIXe siècle convertissent le château en maison de réclusion pour les mendiants du département de la Seine. Un adoucissement de la situation permet en 1889 de substituer au dépôt de mendicité une maison de retraite, vouée à l’accueil des indigents âgés et infirmes. Le nombre des résidents, qui s’était élevé jusqu’à 1800, diminue fortement après la Seconde Guerre mondiale, entraînant l’inoccupation de plusieurs corps de bâtiments. Cet abandon s’est étendu à l’ensemble du château, après le départ de la maison de retraite en 2014.

La création de la Cité internationale de la langue française, voulue par le président Emmanuel Macron, arrive à point nommé pour stopper une dégradation galopante et restituer à ce château royal toute sa grandeur.

La langue française comme ciment d’unité

Le long séjour de François Ier à Villers-Cotterêts pendant l’été 1539, fut pour lui l’occasion de signer une ordonnance, préparée par son chancelier Guillaume Poyet. De ce document, on ne retient généralement que les deux articles qui se rapportent à l’obligation de tenir des registres d’État-Civil, rédigés exclusivement en français. En réalité, cette ordonnance, qui compte 192 articles, a pour véritable but d’éviter les ambiguïtés dans tous les actes administratifs, judiciaires et notariaux, en imposant l’usage du français à la place du latin et des dialectes locaux. Elle témoigne de la volonté royale de construire un Etat unifié par l’utilisation d’une seule langue commune. C’est ce qu’exprimait Poyet en soulignant devant le Parlement que le roi avait « de l’avenir dans l’esprit ».

En ce lieu emblématique, la Cité internationale de la langue française en formation, destinée à tous les publics, accueillera prochainement de nombreuses activités destinées à stimuler l’apprentissage et améliorer la pratique de cette langue. Elle aspire à devenir un centre de rencontres et d’échanges, où sera valorisée la diversité des cultures francophones.

Le jeu de paume : du jeu des rois au jeu des mots

Depuis le Moyen Âge, le jeu de paume est une distraction appréciée de tous. Cet ancêtre des sports de raquette suscite au XVIe siècle un vif engouement auprès des milieux urbains cultivés et de la classe la plus privilégiée. De nombreuses salles publiques sont alors bâties dans les villes, et bien rares sont les châteaux dépourvus d’un espace réservé à ce sport.

Le jeu aménagé pour François Ier à Villers-Cotterêts occupe un emplacement exceptionnel. Il s’étend au cœur de la demeure royale, accaparant la petite cour centrale à ciel ouvert qui est délimitée par les quatre corps de logis. Autour du sol ou « carreau », revêtu de carreaux de terre cuite, trois des murs étaient alors précédés d’une galerie, dont le toit en appentis servait de cible pour le rebond des balles. L’existence de ces différents éléments, connus par la documentation, a été confirmée par le résultat des fouilles archéologiques effectuées dans la cour en 2020, qui ont permis d’en retrouver les traces.

Après la destruction de ce jeu dans le courant du XVIIe siècle, où s’épanouissent le volant ou le billard, une vraie salle de paume, couverte et construite aux normes, a été rajoutée au château vers 1759. Ce bâtiment, qui a servi par la suite de chapelle, puis de dortoirs, accueillera un auditorium dans la future Cité de la langue française.

Oserez-vous amuser la galerie ?

Le jeu de paume est actuellement peu pratiqué en France, mais il a laissé dans notre langage un grand nombre d’expressions. Tomber à pic, rester sur le carreau, amuser la galerie, enfant de la balle, prendre la balle au bond, qui va à la chasse perd sa place, et bien d’autres encore, sont des locutions qui nous viennent de ce sport. Parmi elles, contrairement à ce qu’on pense souvent, le fameux «  jeu de main, jeu de vilain » n’évoque aucune forme de lutte. Ces mots rappellent que la paume – comme son nom l’indique – était à l’origine pratiquée avec la main nue ou gantée. Puis fut créée la raquette, qui permettait de ménager la main tout en améliorant l’envoi des balles. Mais c’était un objet onéreux et donc peu répandu dans la société rurale. Les paysans ou vilains ont donc continué à pratiquer le jeu avec la main.

Nous finirons sur un sourire. Chacun connaît le sens actuel du mot « peloter ». Mais sait-on qu’il provient sans doute de la paume ? L’acte consiste à s’entraîner et jouer seul avec la balle, pour s’échauffer avant une compétition. Il s’agit en quelque sorte d’un prélude avant de passer à une rencontre plus sérieuse. Est-il besoin d’expliquer plus ?

Texte : Christiane Riboulleau
Photos : Denis Gliksman – Inrap ; Thierry Galmiche – Département de l’Aisne ; Thierry Lefébure – Région Hauts-de-France / Inventaire du Patrimoine culturel Hauts-de-France
20 mars 2021
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