Le bois coule dans leurs veines

A quelques jours de son ouverture, le 6e Salon International des Métiers d'Art de lens a été annulé. Nous sommes cependant allé à la rencontre de quatre artisans d'art. Chacun à leur manière, il subliment l'un des matériaux les plus nobles qui soit : le bois.
Par Joffrey Levalleux
Denys-Losfeld-photo-1-3

Sauver les meubles

Son travail l’amène à côtoyer d’illustres personnages dont le nom seul impose un style. Bonaparte, Louis XVI… Même son métier – la restauration – incarne l’Histoire. Patrice Bricout regarde le patrimoine mobilier avec un profond respect. Comme cette commode Mazarine dont il a ravivé le complexe placage. Mais pour l’ébéniste, les fleurs reviennent toujours au propriétaire car « c’est lui qui fait la démarche de sauver l’objet. » Installé depuis 34 ans à Marcq-en-Barœul, le maître artisan croise des essences somptueuses. Citronnier, acajou de Cuba « un bois cassant rouge qui blondit avec le temps » ou encore le bois de violette. Un palissandre aux cernes si prononcés qu’on hésite à le caresser. « En marqueterie, on recherche le relief, les veines, la texture. »  Parfois, il restaure un meuble d’un grand ébéniste (Latz), d’un décorateur fabuleux (Ruhlmann) ou d’un designer de renom (Eames). Nul doute qu’ils ont des choses à se raconter.

Atelier Patrice Bricout
1 bis, rue Adolphe Torgue – 59700 Marcq-en-Baroeul
Tél. : 03 20 06 44 31 – 06 07 49 20 28
www.atelierpatricebricout.fr

Tourner la tête

La plupart des adultes consignent leur enfance dans une malle. Denys Losfeld n’a pas de malle mais une trousse d’écolier avec deux toupies en buis qui ne le quittent jamais depuis qu’il a dix ans. Quarante ans plus tard, le grand Denys est devenu tourneur sur bois. Il a même fait de ce bulbe dansant son emblème qu’il décline avec talent. Comme ces minuscules modèles réalisés avec le lilas de son jardin ou cette version insolite qui se pose sur l’index à la manière d’un parapluie. « Vous savez qu’au Mexique ou en Thaïlande on enseigne le lancer de toupie à l’école ? » Denys Losfeld est joueur. Le bois, son terrain favori. Tout part du carrelet, un cousin du tasseau. Dans son atelier au musée du Plein Air de Villeneuve-d’Ascq, où il reçoit ses stagiaires, on trouve des sections de poirier, de padouk, de tilleul, de genévrier que notre tourneur transformera en balustre, en coquetier ou en porte-chapeau. On n’a encore rien trouvé de mieux pour le fameux lancer de Borsalino !      

Denys Losfeld
30 rue Jean Gravelaine – 59133 Camphin-en-Carembault.
Tél. : 06 64 23 65 28
www.letouretjouets.fr

S’accorder du temps

Savez-vous qu’une guitare s’ « ouvre » avec le temps ? Et que, pour que les sons s’expriment intensément, mieux vaut la laisser dans une pièce de vie plutôt qu’enfermée dans son étui ? Avec Richard Baudry, on ne fait pas que parler musique : on cause. L’instrument vous répond avec délicatesse, ferveur ou vous rembarre. La guitare est le miroir de notre humeur. D’ailleurs, l’une des dernières étapes consiste à la vernir comme on glace une pâtisserie. Mais ce n’est que la partie émergée de la pièce-montée. « Créer une guitare est un processus lent », souligne l’artisan-luthier qui a signé plus de 160 modèles « uniques », tient-il à préciser. Car bien que la table d’harmonie soit toujours réalisée en épicéa ou en cèdre, et qu’éclisses et fond exigent un bois dur, le reste est une accumulation de singularités. Epaisseur du manche, finesse du talon, galbes plus ou moins creusés… Pour peu que le dos soit en Bubinga pommelé, un bois qui ondoie comme une chevelure irlandaise, et vous voilà amoureux.

Richard Baudry, luthier en guitare
1038, rue Delmort – 59940 Estaires
Tél. : 03 28 44 38 76 – 06 63 50 25 67
www.richardbaudry.fr  

Eclairer notre lanterne

Lorsqu’on la contemple en contre-plongée, on a l’impression d’une sorte de tourbillon. Maxime Seurin, l’auteur de ce somptueux luminaire, l’a logiquement appelée Wisk, « fouet » en Anglais. Une lampe « poétique qui conserve un confort visuel. Le bois restitue une lumière apaisée », dit-il. Depuis quatre ans, l’architecte lillois imagine des abat-jours en se servant quasi-exclusivement de champs, ces bandes qui recouvrent d’ordinaire les flancs des plans de travail. Résistant à la torsion, ce matériau lui permet toutes les fantaisies. Sa Shell qui s’inspire de la spirale de Fibonacci, donne vraiment le tournis ! Et sa Vortex fait disparaître les lamelles « dans un trou noir formé par la lumière elle-même. » Les créations de Maxime flottent dans l’air. L’enchevêtrement des courbes, la recherche constante de dissymétrie et les jeux de répétitions créent des objets immobiles en mouvement permanent. Comme l’esprit de leur créateur.

Maxime SeurinTectoluce
70, rue des Postes – 59000 Lille
Tél. : 06 60 81 07 42
www.tectoluce.com

Texte : Joffrey Levalleux
02 novembre 2020
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