La Renaissance du château

Les grandes grilles noires s’ouvrent lentement sur un océan de verdure, d’où émerge un château brique et pierre. Les propriétaires ont fait renaître cette immense propriété avec un goût exquis, en respectant l’histoire des lieux. La décoration est le reflet de leur passion pour le beau, entre élégance chic du style Art déco et choix contemporains audacieux.
Par Claire Decraene
Clos Barthélemy Vestibule

Il était une fois un grand manoir élégant reconstruit dans les années 1920, qui n’attendait que deux amoureux des grands défis, aguerris aux travaux, metteurs en scène visionnaires, pour se transformer en haut lieu de décoration. « Ce château, c’est un véritable coup de cœur » expliquent Arnauld et Christophe en nous accueillant dans un hall immense, aux allures de petit théâtre. « C’est la sixième maison que nous restaurons », poursuivent-ils en souriant, presque gênés de se qualifier de « passionnés de décoration ». Ils préfèrent expliquer simplement qu’après 25 ans passés dans les travaux, à chiner, collecter, ajuster, imaginer, rêver et créer, ils ont aujourd’hui atteint leur objectif : s’approprier cette grande demeure historique, pour y composer une atmosphère chaleureuse aux ambiances feutrées et originales qui leur ressemble, et où ils se sentent bien. Après, tout de même, 18 mois de travaux intenses… 

D’entrée de jeu

Le hall donne le ton. L’effet « waouh ! » est immédiat. Le sol en mosaïque aux douces tonalités crème, gris et orangé a été conservé bien sûr, car « il daterait, sans certitude cependant, du château d’avant-guerre, construit un peu avant la Révolution. Dynamité par les Allemands en 1917, ce château fut reconstruit vers 1920, par l’architecte Maurice Boutterein, à qui l’on doit aussi l’impressionnante église d’Hénin-Beaumont. Ici, la commande privée s’inspire des Voyages en Italie de son propriétaire de l’époque, le baron d’Herlincourt. » 

En levant les yeux, on découvre l’héritage de cet homme de goût : une étonnante mezzanine, et un plafond en béton d’une blancheur éclatante , illuminant le gris clair choisi pour redonner de l’éclat aux boiseries d’époque en chêne. « Toutes les peintures et papiers peints viennent de La Seigneurerie® », précise notre hôte actuel, dont les parents tenaient un magasin de papiers peints à Saint-Omer. « La décoration est une façon de m’exprimer. J’ai toujours les doigts qui me brûlent et le cerveau en ébullition ! » témoigne ce grand travailleur à la créativité quasi boulimique. « Nous avons défini pour chaque pièce du château un code déco, basé sur une harmonie de couleurs. Tout s’est ensuite construit autour de ces palettes chromatiques et du mobilier, ainsi que des objets qui nous étaient chers. » Les pièces choisies pour le hall nous emmènent comme dans une valse à trois temps dans un univers singulier. Un superbe Indiscret noir contemporain répond à une grande sculpture de cheval, signée MOOI. Elle a été choisie en référence à l’histoire de leur village, qui comptait l’un des plus grands haras de chevaux boulonnais au début du XXe siècle. Un grand piano à queue  termine cette trilogie à l’éclat noir et nous conduit dans le salon bibliothèque, où cette couleur sert également de fil conducteur. 

Créativité et audace 

« C’était un pari osé, » raconte Arnauld. « Quand nous avons acheté le château, cette pièce était toute blanche. Après un essai hasardeux en bleu, nous avons opté pour ce noir mat, que nous avons illuminé avec ces canapés couleur bleu ciel achetés en Hollande, aux rideaux assortis. » Cette black attitude est une véritable réussite ici.

Le noir réveille l’espace d’une manière un peu déjantée et rock n’roll ! Il fait des merveilles avec le parquet en chêne et attire l’œil sur la décoration. Le regard passe d’une curiosité à l’autre : une Vespa transformée en lampe, un tableau aux touches de couleurs pepsy déniché en Belgique , ou encore une curieuse sculpture « made in Arnauld » ! D’un mannequin, il a fait une œuvre étonnante, un peu iconoclaste, et c’est tout ce que l’on aime ici : ce style unique, cette originalité aboutie, qui sort des sentiers conventionnels de l’art et de la déco.

“J’ai toujours mixé les styles, en mariant des pièces artistiques d’un certain prix et des objets sans aucune valeur, dénichés dans des brocantes, mais dont l’esthétique me séduisait. ”

Après avoir emprunté l’escalier monumental, voilà l’étage desservant quatre chambres du château. Chacune a son style, son caractère, son histoire, son esprit. On suit avec émerveillement notre hôte à travers les différentes pièces de la bâtisse, foulant le parquet huilé aux doux craquements d’autrefois. L’une des chambres, respire l’esprit « Mistinguett » et cinéma avec ses tonalités noires et pied de poule ; une autre invite à plonger dans un esprit British, mâtiné de la griffe Ralph Lauren. Toutes sont imaginées comme une belle histoire. 

Esprit Art déco

Une troisième chambre aux tonalités dorées et blanches avec quelques touches de noir, exprime toute l’élégance du style Art déco. Mobilier au mélange de verre et de laison, cheminée en marbre, objets dorés et élégants, on a l’impression que tout a toujours été là ! « J’ai recréé toutes les moulures des chambres », s’amuse Arnauld. « Je trouvais que les murs nus manquaient de ce ‘petit quelque chose’ soigné et abouti que l’on peut retrouver dans les immeubles haussmanniens. » Perfectionniste et patient, il a découpé, scié, collé, peint : l’illusion est parfaite ! En particulier dans les salles de bains aux touches vintage tirées de l’esprit Art Déco. Le noir et blanc sobre et élégant domine dans l’une, rehaussé par une frise Versace Greco coloris or et de miroirs du même ton. Pour une autre c’est un bordeaux chic qui a été choisi, décliné en papier peint écossais au mur ou sur le corps d’une authentique baignoire à pattes de lions. La robinetterie aux modèles dignes de ceux d’antan a été « dénichée en Angleterre, comme les lavabos rétros sur colonne. » 

On pourrait vous parler du grand parc, qui est un univers à part entière, le petit paradis de Christophe. Il en a redessiné les allées et planté des centaines de buis, d’hydrangeas et de rhododendrons… On pourrait aussi vous parler du pigeonnier voisin, datant du XVIIIe siècle et restauré cette fois dans un esprit campagne-chic… On pourrait passer des heures ici, à observer moult détails, discuter, s’inspirer, s’émouvoir… Une chose est sûre : cette belle demeure bientôt centenaire ouvre une nouvelle page très stylée de son histoire… 


Texte : Claire Decraene
Photos : Laurent Desbois – Lwood
09 juillet 2019
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