La piscine paquebot de Bruay-La-Buissière

La piscine de plein-air de Bruay-la-Buissière, au cœur du stade-parc Roger Salengro, est l’une des plus belles expressions du style Art déco, tendance « paquebot ». Patrimoine remarquable, elle fait la fierté des habitants qui ont, encore aujourd’hui, la possibilité de plonger tête la première dans ce patrimoine.
Par Laurence Schlosser
Piscine-Bruay-la-Buissière_7 © Hubert Bouvet

Au sortir de la guerre, le nouveau maire socialiste Henri Cadot entreprend un vaste programme de reconstruction et de modernisation de la ville minière de Bruay-en-Artois, dévastée en 14-18. Souhaitant améliorer le cadre de vie de ses administrés, en grande majorité des familles ouvrières, il fait construire des logements et des équipements municipaux (hôtel de ville, salle des fêtes, écoles, etc.). « Enfant des mines » et fondateur en 1889 du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, Henri Cadot a aussi l’ambition de libérer les habitants de l’emprise paternaliste de la Compagnie des mines. Un des moyens d’y parvenir est de la concurrencer sur le plan sportif. En effet, la plupart des sociétés sportives ouvrières et infrastructures dédiées étaient alors supervisées et financées par les autorités minières. 

Le sport c’est la santé

C’est ainsi que naît le projet du « stade-parc », un grand parc arboré de cinq hectares, comprenant un stade avec piste d’athlétisme, un gymnase et une piscine, le tout situé idéalement à deux pas des cités-jardins du sud de la ville. L’ensemble, imaginé par l’architecte municipal Paul Hanote, correspond parfaitement aux prescriptions hygiénistes de l’époque, qui préconisent le sport et les activités de plein air comme solution aux problèmes de santé physique et morale de la population. 

Avec la crise économique qui touche durement la région, le chantier démarre finalement en 1932, grâce au programme des « chantiers communaux » instaurés par le département. Faute de financement suffisant, la piscine, appelée alors « école de natation », ne voit le jour qu’en août 1936. Cette même année, les bruaysiens découvrent les congés payés : si partir en vacances reste un luxe inaccessible, ils peuvent désormais profiter des joies de la baignade dans un cadre privilégié.

Une piscine « Paquebot »  

Paul Hanote est un architecte dont le style varie pour s’adapter à la commande. Ici, il s’agit de refléter la modernité de l’équipement.  Le plan s’organise autour d’un axe de symétrie au centre du bassin. Conçu béton armé, il comprend un grand bain aux dimensions homologuées de 25 sur 33,33 mètres destiné aux adultes, prolongé par un bassin en demi-cercle de 12,50 mètres de rayon pour les enfants. Le grand bassin est divisé en deux parties : une pour la baignade de détente et l’autre pour la natation sportive. A son extrémité s’élève un majestueux plongeoir à quatre hauteurs. De part et d’autre, s’alignent les gradins puis les rangées de cabines, au nombre de 246. Leur toit plat est astucieusement aménagé en solarium.   

L’architecte s’est inspiré des paquebots transatlantiques, parangons de la modernité dans les années 1930. L’horizontalité des lignes, la tour-réservoir d’eau évoquant une cheminée, les ouvertures circulaires semblables à des hublots, les garde-corps métalliques tubulaires rappelant les bastingages des navires, et l’ambiance nautique accentuée par le choix des couleurs, sont des marqueurs du style « paquebot », un des derniers développements de l’Art déco. Les éléments décoratifs superflus sont supprimés au profit de plus de rationalité. 

La piscine de Lens, sosie de celle de Bruay

Aujourd’hui tombée dans l’oubli, car détruite lors de la Seconde Guerre mondiale, l’ancienne piscine municipale de Lens était presque en tout point similaire à celle de Bruay. Construite en 1934 grâce à Alfred Maës, un maire ayant le même parcours qu’Henri Cadot, son architecte est inconnu. Serait-il Paul Hanote ? Ce n’est pas impossible, ce dernier ayant aussi travaillé pour les villes autour de Bruay.  

Le plaisir de nager dans un Monument Historique 

Lieu populaire, où l’on se retrouve en famille ou entre amis, la piscine de Bruay a marqué la mémoire des habitants. Emblème architectural et symbole d’une politique sociale engagée, elle est l’une des premières piscines inscrites au titre des Monuments historiques, en 1997, aux côtés d’autres très belles piscines Art Déco comme la piscine Molitor à Paris, celle de Bègles ou encore celle de Bordeaux. L’ensemble du stade-parc Roger Salengro a fait l’objet d’une importante restauration entre 2009-2011, ce qui a permis de redonner tout son lustre à la piscine. N’hésitez pas à y aller cet été : y nager est une expérience incontournable !

Pratique
Piscine Roger Salengro
716 rue Augustin Caron, Bruay-La-Buissière.
Bonnet de bain obligatoire. Horaires et tarifs sur www.bethunebruay.fr – www.bethunebruay.fr/fr/piscines-communautaires

Pour en savoir +

Lire l’article très complet de Marc Verdure, « La piscine municipale de Bruay-en-Artois et le socialisme municipal d’Henri Cadot », dans Livraisons de l’histoire de l’architecture [En ligne], n°14, 2007, mis en ligne le 10 décembre 2009.
http://journals.openedition.org/lha/432.

Gym tonic avec Honoré
Entre animation théâtrale et sportive, la Gym tonic d’Honoré ne réclame pas de savoir nager. Tout le monde peut y participer. Honoré est un personnage tout droit sorti des années 1930. Fils de mineur rejeté de la mine pour sa grande taille, Honoré et destiné à travailler à la piscine. Il vous fera plonger dans son univers tonique et décalé. qui vous permettra d’en apprendre plus sur l’histoire de la piscine et ses anecdotes.
Visites les 5 juillet , 2 août et 6 septembre.
Informations et inscription préalable obligatoire auprès de l’Office de Tourisme de Béthune Bruay. 3 rue Aristide Briand à Béthune – Tél : 03 21 52 50 00.

Texte : Laurence Schlosser
Photos : Hubert Bouvet
02 juillet 2020
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