Judith Debruyn, « feu sacré » pour une grisaille

Avec sa touche reconnaissable entre mille, Judith Debruyn enchante la région de ses vitraux. Sans jamais quitter le pinceau, l’artiste donne à voir le merveilleux et redonne une âme aux lieux de mémoire et de recueillement.
Par Anne Ophélie Louis
Judith Debruyn

Là-haut, l’empreinte d’un peintre-verrier

En visitant quelques églises de la région, levez donc les yeux vers les sources de lumière naturelle… peut-être tomberez-vous sur l’une des œuvres de Judith Debruyn. Les créations de l’artiste sont en effet de plus en plus nombreuses sur le territoire. Le premier jour du confinement, Judith Debryn posait encore un oculus représentant un Arbre de vie dans l’église de Goeulzin. « Halls de mairie, salles des fêtes, belles demeures… j’aime m’adapter aux contraintes des lieux tout en respectant leur esprit », confie la passionnée. C’est dans son atelier d’Esquerchin qu’elle déploie son talent entre créations et restaurations. Là-bas transitent ces pièces uniques imaginées comme des puzzles, s’intégrant parfaitement dans l’architecture du Nord. Fait plutôt rare chez les maîtres-verriers, elle fabrique et peint elle-même ses verres. La créatrice est sur le point d’achever un an de labeur pour l’église Sainte-Thérèse de Douai. Le premier vitrail sera posé le jour de la Saint-François d’ici octobre. Sur un support de verre américain dit ‘Tiffany’, mêlant une technique ancienne de ‘Fusing’ avec du verre antique (soufflé à la bouche), elle promet de faire vibrer la matière à travers douze vitraux, dont les couleurs vives (bleue, turquoise, jaune) rehaussées d’aplats granuleux vont redonner de l’éclat à cette église un peu défraîchie.

L’appel de la transparence

Guidée par son instinct, elle a formé son œil lumineux à Lille en toquant à la porte de Claude Barre, Meilleur Ouvrier de France. « Tout ce que j’ai appris dans ma vie me sert encore », souligne la vitrailliste. Mais après quinze ans, prendre son envol devenait une évidence. Son moteur ? La transparence que l’on retrouve au cœur de son art : « j’aime les couleurs, l’opalescence, la transparence dans sa symbolique, cela me fait penser aux âmes. »

Sacraliser le féminin

A chaque passage, elle laisse une empreinte lyrique. Au cœur de la cité de Gayant, elle a plongé dans l’intime des correspondances de la poétesse Marceline Desbordes-Valmore. Dans sa trajectoire douaisienne, la poésie de Rimbaud n’a pas échappé à son œil sensible. Des croquis, 21 livres d’arts uniques et des cabinets de curiosités s’exposeront à la bibliothèque en novembre 2020. Ces muses percutent la sensualité d’un univers ultra féminin. Sa peinture attachée à la figuration baigne dans une ambiance onirique : des sphères lumineuses évoquent la douceur, le cycle, la maternité. Un certain mouvement dans l’immobilisme où l’iconographie laisse entrevoir quelques mythes de l’humanité, des corps de psychés ou de nymphes enveloppées, des visages qui se reflètent dans une féerie de couleurs et de textures nuancées. On pourrait presque parler de peinture « vitreuse ».

S’offrir une cure de mémoire

Mais au-delà de la symbolique, ses œuvres lumineuses offrent surtout une vraie lettre d’amour à la région. Dans l’église Saint-Amé de Liévin, les verrières de 7 m de haut rendent hommage à la catastrophe minière de 1974. Les 36 panneaux retracent l’épopée des mineurs en maintenant la tradition d’un art sacré. « J’ai voulu m’adresser aux morts et à ceux qui restent, faire cohabiter la vie et la mort, l’ombre et la lumière au travers des représentations populaires. Chaque vitrail est une histoire dans laquelle l’œil se balade », confesse la vitrailliste. Pour elle, il s’agit d’une œuvre puissante où elle a pu s’exprimer librement. Là-haut, elle immortalise une famille du cru dans une scène de marché et fait surgir son art symboliste en proie aux mystères du cosmos. La lumière du Nord, dit-on est une lumière fixe. Pourtant, lorsqu’elle traverse le verre, son halo laisse apparaître un va-et-vient infini. Il suffit de la regarder à travers ses panneaux colorés pour voir qu’elle n’est jamais la même.

Un zeste de hauteur avec « Les contes du Plat Pays » 

Raconter des histoires et donner naissance à des livres d’art. Avec Denise Jardy, Judith Debruyn a planché sur des légendes qui ont fait le Nord. Le Tome 1 des « Contes du Plat Pays » avait rencontré un vrai succèsau marché du livre de Liévin. Le Tome 2 sera présenté en tirage limité au Moulin d’Arleux. A noter que cette exposition et les lectures prévues en juin 2020 sont reportées en février 2021. Dans la même veine, des « contes en sol mineur », clin d’œil à la mine, seront mis en lumière à Liévin en 2021. 

Une saison en verre

L’experte vient d’acquérir une chapelle à Bergerac, classée monument historique. Après un temps de restauration, elle ouvrira ses portes pour des ateliers divers. Maître-verrier agréé, Judith propose des formations professionnelles autour du verre contemporain dans plusieurs villes, notamment à Carvin où elle restaure l’église Saint Druon : « cela fait dix ans que je travaille sur les vitraux. Aujourd’hui, avec d’autres types de financements participatifs, je continue le chantier. J’organise depuis deux ans des stages de créations de vitrail et les stagiaires pourront participer à la restauration d’une des baies de l’église ». C’est donc tout feu tout flamme qu’elle accepte aussi des visites (sur rendez-vous) dans son atelier à Esquerchin.

www.judith-debruyn-artiste-vitrail.com.

Texte : Anne Ophélie Louis
Photo : Laurent Desbois – Lwood
02 juillet 2020
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