Jacky Clément : parcours du combattant

Passionné par la Grande Guerre qui a marqué son village à jamais, pendant douze ans, entre 2006 et 2018, Jacky Clément a supervisé un trail dédié aux Poilus. Cette année, il revient à la charge avec une course d’épuisement. Au programme : de la boue, des ornières et des dénivelés. Bienvenue en enfer.
Par Joffrey Levalleux
FormatFactoryA_Jacky-Clement-20
L’Enfer d’Artois… Ça fait froid dans le dos. Il y a des clients pour ce genre de défi ? 

Plus qu’on ne le pense. Le trail, que l’on pourrait traduire par course nature semée d’embuches, compte de plus en plus d’adeptes. Bien sûr, les mollets, les articulations et les pulsations sont soumis à rude épreuve. Mais sondez un participant. A votre avis, que garde-t-il en mémoire après une telle épreuve ? Il vous parlera d’amitié et de partage. Car en trail, l’assistance nous fait passer de solitaire à solidaire. 

Vous dites que chaque trail est épique. 

Les exemples ne manquent pas ! Pour la seconde et la dernière édition du Trail des Poilus en 2008 et 2018, on a été pris au dépourvu par de très fortes précipitations qui ont inondé le Bois de Mont. Par endroits, il y avait un mètre d’eau ! Mais courir en bottes est peu pratique. Oui, c’était épique. Entre nage et course. Plus généralement, la boue, les branches d’arbre et les troncs à enjamber s’invitent à la fête. Mais un trail sans rocher à contourner, sans chemin caillouteux et sans pâture inclinée a très peu d’intérêt. On reste sympas quand même. On met des cordes pour aider les coureurs quand le raidillon est vraiment ardu. Et puis cette année, chaque candidat a une bière en cadeau avant le départ. Libre à lui de la boire avant pour se donner des forces. 

Il y a des règles pour s’inscrire ? Un tel challenge n’est pas à la portée de tous. 

On préconise notamment une réserve d’eau, un sifflet et une couverture de survie. Il faut aussi un certificat médical. Mais les trailers se connaissent bien. Les infos circulent vite. 

Comment avez-vous procédé pour délimiter le tracé ? 

Je travaille un an en amont avec une équipe de baliseurs. Comme le circuit traverse aussi des domaines privés, nous avons besoin de l’accord de tous les propriétaires concernés. Il ne faudrait pas que des bêtes pâturent. De notre côté, on doit garantir un total respect des lieux. Parfois on a de belles surprises. En 2010, les propriétaires du château d’Olhain nous ont autorisés à donner le départ à même la cour de leur propriété. Je vous laisse imaginer mille coureurs démarrer sur le Carmina Burana de Carl Orff. Pour l’Enfer d’Artois, on part du haut de la colline de Lorette, juste à côté de l’Estaminet. Pour le coup, on s’est rapproché de l’Office national des anciens combattants. D’ailleurs, les gardes d’honneur seront aux premières loges pour l’événement. 

A quoi va ressembler l’Enfer d’Artois ? 

A un parcours de 9 kilomètres et de 400 mètres de dénivelé. Les 500 inscrits vont courir pendant six heures en boucle. On aura entre 7 et 10 % d’abandon, c’est la moyenne. Les acharnés devraient signer un chrono de 50 minutes pour leur premier tour. Après, ça commence à tirer. Et puis nous serons mi-décembre. Vers 17 heures, la nuit tombe. On sort les lampes frontales, le froid commence à mordre, on perd en vigilance. Mais rassurez-vous, tous les coureurs sont géolocalisables grâce à l’application Trouve ton trail. Et la tour lanterne les guidera dans le noir. Même l’Anneau de la Mémoire sera éclairé. Et puis franchement, d’autres ont fait bien pire avant eux. 

Vous parlez des Poilus, ces soldats français tombés ici-même au cours de la Première Guerre mondiale ? 

Des Français et tous les autres. Quand vous êtes natif de cette région comme moi, vous ne pouvez pas ignorer l’atrocité des combats qui se sont déroulés à Lorette, la tristement célèbre Colline aux 100 000 morts. Tous les belligérants ont vécu le véritable enfer entre 1914 et 1915. Il a fallu pas moins de trois offensives alliées pour libérer les éperons alentour. D’ailleurs, l’Enfer d’Artois passe par cinq d’entre eux. Alors six heures de trail ne pèsent pas bien lourd. 

Pourquoi le sportif que vous êtes est-il sensible au devoir de mémoire ?  

Il y a un monument aux morts à l’entrée du village. Le premier nom est Maurice Clément, le frère de mon grand-père. Je suis imprégné par cette histoire. Quand nous organisions le Trail des Poilus, la moitié des coureurs acceptait d’inscrire sur leur dossard leur nom mais aussi le nom d’un soldat tombé ici. Ils étaient émus et en même temps fiers.

DATES-CLES

25 mai 1965 : naissance à Ablain-Saint-Nazaire 
1984 : moniteur d’escalade durant son service militaire à Givet (Ardennes) 
1990 : dans le cadre de l’Euromarathon Bruxelles-Barcelone, parcourt 42,195 km/jour pendant 15 jours. 
2006 : premier Trail des Poilus. La biennale aura lieu jusqu’en 2018. 
2013 : participe au Tor des Géants dans la vallée d’Aoste en Italie du nord. Un ultra-trail de 330 km et de 25 000 mètres de dénivelé avalés en 6 jours.   
2016 : le champion d’Europe Sébastien Spehler remporte la sixième édition du Trail des Poilus.  
2022 : première édition de l’Enfer d’Artois 

Infos pratiques  

L’Enfer d’Artois, samedi 10 décembre 2022.

Retrait des dossards de 10 h à 13 h 30 au centre d’Histoire du Mémorial’ 14-18 Notre-Dame-de-Lorette, 102, rue Pasteur à Souchez.

Départ à 14 h en haut de la colline de Lorette.

Renseignements et réservations sur http://artoistrailchallenge.fr 

 

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Florent Burton
20 septembre 2022
Partagez cet article !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Dans la même rubrique

Marie Lavandier, le cœur au nord
Jean-François Caron, l’enfant terril
Alain Jacques, quand on cherche, on le trouve
Kwes Kondi entre dans le crew
Jean-Claude Duval : énergie renouvelable

Vous aimez cet article

Inscrivez-vous à la newsletter iCéÔ magazine et retrouvez chaque semaine nos idées de sortie en région.

Votre magazine iCéÔ sur mesure avec une sélection d'articles en fonction de vos goûts et de votre localisation