Historial de la Grande Guerre : un avant, un après

Le musée consacré à la Grande Guerre fête cette année ses trente ans. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur les temps forts de son évolution depuis sa création en 1992 mais aussi d’interroger l’avenir : les dates marquantes, les grandes étapes franchies au cours de ces trois décennies, comment s’écrit l’avenir de l’Historial après les commémorations du centenaire de ce conflit, que sera-t-il en 2052 ? Son histoire éclaire son avenir.
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« Un musée d’histoire ne se résume pas à des commémorations. Les mémoires sont subjectives et concourent souvent à la création d’une histoire construite. L’Histoire doit tendre à être objective. Surtout à l’Historial, avec une lecture comparée, afin de croiser les visions ». Hervé François, directeur de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne et Thiepval. 

Trente ans d’évolution 

Car il y a eu l’évènement majeur, incontournable : le Centenaire de la Première Guerre mondiale, entamé réellement dès 2013 et qui prit fin en 2018. Une séquence intense pour le musée samarien : « Il y a eu, dans ce temps de commémoration, une focale médiatique très importante. Nous avons profité de cette période pour rénover l’Historial et dessiner son avenir », commente le directeur. Car depuis 1992 et la création du musée, impulsée par le Conseil général de la Somme, celui-ci n’a eu de cesse de grandir, d’expérimenter, de créer une autre manière de visiter l’Histoire. 

En 2014, par exemple, l’Historial invente les médiations humaines et numériques. Ou comment associer technologie et relations humaines pour raconter l’histoire, au travers de multiples prismes éclairants. En compagnie d’un spécialiste passionné qui vous fait vivre la vraie guerre : celle du quotidien. 

Le point d’orgue est sans nul doute la création du « Visage inconnu » (voir IcéÔ n°10), qui donne vie à 30 000 âmes en un seul cliché, création de multiples fois récompensée, devenue un symbole de la Grande Guerre. Reconnaissance académique, l’œuvre est désormais présentée et enseignée dans les livres d’histoire. Elle a aussi été la source d’un intérêt médiatique sans précédent, mettant en lumière l’Historial dans la presse internationale. 

Le travail de Mémoire(s) 

Le lieu lui-même a grandi. Plus vaste, plus ouvert, plus riche de collections. Plus interactif aussi, pour encore mieux raconter cette histoire et montrer combien elle reste contemporaine. L’exposition temporaire « MémoireS » (jusqu’au 18 décembre 2022) illustre cette permanente évolution de l’Historial : « Il s’agit d’un parcours au cœur de la mémoire de manière pluridisciplinaire : son aspect neuropsychologique, son approche historique ou philosophique. D’où le « S » majuscule présent dans l’intitulé de cette exposition. Avec en toile de fond cette question : comment la Première Guerre a-t-elle bouleversé notre rapport à la mémoire ? », détaille Hervé François. Il explique que « le phénomène conflictuel est humain. La guerre est son paroxysme. L’Historial contribue à en expliquer les mécanismes et impacts ». 

Virtuel et vertus du réel 

Un nouveau conflit se dessine, qui impactera peut-être aussi l’approche des musées : le numérique face à l’humain. « Demain, le lieu culturel sera-t-il numérique ? Allons-nous vers le totalitarisme numérique avec de nouveaux lieux virtuels comme le métavers ? s’interroge Hervé François qui livre sa conviction : « le numérique doit rester un outil. C’est tout l’enjeu de la place de l’humain. Dans un lieu comme l’Historial la médiation humaine est essentielle, parce que l’humain c’est du sensible. L’émotion, la proximité avec l’objet, appellent la sensibilité. » 

C’est ainsi que s’écrit la philosophie de ce lieu dont les questionnements dépassent le cadre chronologique de 14-18 et qui se traduit ainsi dans la bouche du directeur des musées de Péronne et Thiepval : « l’enjeu pour l’Histoire est de réussir à contextualiser et mettre en perspective, croiser les regards. La mémoire, plus précisément les mémoires, sont relatives, éphémères, versatiles. L’intérêt de l’histoire et donc de la mémoire à long terme est de savoir d’où l’on vient pour décider où l’on va ». Ce qui peut tout simplement se résumer par : « Peut-on vivre sans histoire ? En amnésie… »

L’HISTORIAL DE LA GRANDE GUERRE EN 10 DATES

1992 : création de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne sous l’égide du Conseil Général de la Somme. 

2004 : Ouverture du centre d’accueil et d’interprétation à Thiepval. 

2013 : Lancement de la rénovation du musée de la Grande Guerre à Péronne (jusqu’en 2018). 

2014 : Début du développement des médiations humaines et numériques. 

2015 : Ouverture des salles des gardes consacrées à l’histoire du château de Péronne et de sa région. 

2016 : Ouverture du musée à Thiepval dédié à la bataille de la Somme et à la mémoire des disparus. 

2016 : Début de la valorisation de l’environnement de l’Historial. Aménagement des jardins des douves, des espaces de pique-nique. 

2018 : Création du « Visage inconnu » (voir iCéÔ Magazine n°10)

2020-2022 : Importants travaux menés par le Conseil Départemental de la Somme : rénovation de la cour et des espaces en rez-de-Jardin ; création de bâtiments pour les collections. 

2021 : Innovations technologiques et numériques : réalité superposée (rencontres virtuelles de personnages d’époque via un smartphone) et engagement environnemental (panneaux photovoltaïques, protocoles d’économies d’énergie). 

2022 : Nouvelle phase de développement de la réalité superposée (application d’accompagnement de visite via un smartphone). Nouveau parcours historique aux abords de l’Historial « Il était une fois un château ». Jardin dans la Cour du château. 

Découvrir, redécouvrir l’Historial de la Grande guerre

HISTORIAL DE LA GRANDE GUERRE 

www.historial.org

info@historial.org 

MUSÉE – PÉRONNE 

Château de Péronne 

80200 Péronne 

T. 03 22 83 14 18 

MUSÉE – THIEPVAL 

8 rue de l’Ancre 

80300 Thiepval 

T. 03 22 74 60 47 

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