Hesdin, le petit entre dans le concours des grands

Arrivé second lors de la dixième édition du Village préféré des Français1, Hesdin possède un patrimoine insoupçonné en pleine transformation. Traversé par la Canche, ce bourg qui navigue entre passé militaire et futur culturel entend garder le cap en toute humilité.
Par Joffrey Levalleux
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Le beffroi qui cache la forêt 

Dire qu’à l’annonce des résultats toute la région retenait son souffle serait un chouïa exagéré. Mais affirmer que personne ne s’en souciait tiendrait du mensonge. Le 29 juin dernier, quand Stéphane Bern dévoile sur France 3 le classement définitif du Village préféré des Français, les 2200 habitants d’Hesdin n’ont pas à attendre longtemps avant de voir s’afficher le nom de leur bourg. « Second sur quatorze. Je savais qu’on avait eu beaucoup de suffrages, avoue le maire Matthieu Demoncheaux, mais nous avions quand même face à nous de solides concurrents comme Pino (Corse) ou Quintin (Bretagne). » 

Pour comprendre ce classement, nous sommes allés un peu plus loin que le beffroi (inscrit Unesco), que le portail de style Renaissance de l’église Notre-Dame ou encore que la pittoresque place du Marché aux Poissons. Nous l’avons fait par curiosité mais aussi pour donner un plan de route aux dizaines de cyclistes, randonneurs et autres touristes de passage « qui font exploser le standard téléphonique depuis des semaines » dixit le maire.  

Un bastion historique en reconstruction 

Pour prendre une image alléchante, Hesdin serait le trou d’un Donut de 93 ha dont la couronne serait constituée de plusieurs villages dont Marconne. Mais pas un trou perdu. La ville a vu passer de futures sommités en garnison parmi lesquelles deux maréchaux d’Empire (Joachim Murat, Louis Nicolas Davout), un ambassadeur (Armand de Caulaincourt) et un écrivain sulfureux (Marquis de Sade). En parcourant ses rues, on constate que le patrimoine militaire est encore bien visible avec, comme le souligne l’édile, « de nombreux projets en cours ». Face au dernier bastion Vauban, une nouvelle école verra le jour et non loin de là, la caserne Tripier sera transformée en appartements haut de gamme. Mais le clou du spectacle est sans conteste le Manège de Cavalerie dont les premières pierres ont été scellées en 1881. Sous sa forêt de poutres deux fois centenaires, on se sent tout petit. Au fil des ans, cette salle s’est imposée comme un lieu incontournable. Jean-Jacques Goldman s’y est donné en concert en 1984 et dernièrement Jean-Michel Leuillier, l’un des plus grands collectionneurs de Playmobil au monde, y a fait une méga-exposition sur le thème du Seigneur des Anneaux.  « Je pense qu’on pourrait être une ville d’Art et d’Histoire », songe le maire en se frottant la barbe, l’air de dire « il y a autre chose que vous ignorez. » 

Une culture pour les Maisons natales  

La culture est l’autre face d’Hesdin. Depuis deux ans, le cœur battant de la Communauté de communes des 7 vallées multiplie les initiatives. Après avoir transformé les extérieurs de la maison du Père Louis-Joseph Brassart (grenadier de la garde napoléonienne) en Jardin des senteurs, il est maintenant question de faire du bâti récemment restauré un espace d’expositions. Les lieux feraient ainsi écho à l’intimiste galerie d’art lovée sous le tout aussi inattendu théâtre à l’Italienne. Théâtre qui, je vous le donne en mille, porte le nom d’une énième star locale, le peintre cubiste Henri le Fauconnier. Il va falloir investir dans un livre d’or. 

Vous pourrez ainsi y ajouter le nom de Franck Groux. Le céramiste normand vient d’élire domicile dans la maison natale de l’Abbé Prévost, rue Daniel Lereuil. Nous sommes à un jet de pierre de l’aquarelliste Marie-Hélène Yernaux et de l’atelier Domé (Dominique Poiteaux), l’enfant du pays reconnu comme locomotive culturelle. Comme le rappelle notre guide, « la concentration est telle que tout se fait à pied ou à vélo à Hesdin. » A peine l’élu a-t-il fini sa phrase que nous voilà devant une autre maison natale. Celle de Jean-François Gravelet dit « Blondin » en référence à sa chevelure dorée. Le circassien natif d’Hesdin acquit une réputation internationale le 30 juin 1859. Ce jour-là, le funambule passe au-dessus des chutes du Niagara sur un fil tendu ! Il réitérera la prouesse en poussant une brouette, en faisant mine de cuire une omelette ou encore les yeux bandés. Vous pouvez l’imiter au niveau du plancher des vaches lors de votre prochaine visite à Hesdin. Mais en évitant la troisième option. Ce serait trop bête de passer à côté du Village préféré des Français… 

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Olivier Leclercq
12 septembre 2022
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