Grande guerre, immense voyage

Ce qui fut longtemps une cicatrice est désormais une route pleine d'émotions. Dans la Somme, la ligne de front invite au voyage. De l'Australie à l'Afrique du Sud en passant par l'Irlande et les Etats-Unis, la Grande Guerre se vit façon globe trotter.
Mémorial Sud-Africain - Longueval

Lorsque la créature me fixe toutes ailes déployées, emprisonnant dans ses serres des barbelés, impossible de rester de glace. Il faut dire que son feu me maintient à bonne distance… Débuter mon périple par le Dragon gallois de Mametz tombe sous le sens car, à lui seul, il symbolise la résistance et la paix. Cent ans plus tard, en effet, dans cette Somme qui fut le théâtre de la plus grande tragédie humaine, la ligne de front ne divise plus, mais, au contraire, réunit le monde. Pour preuve, l’appel de la forêt m’emmène dix-mille kilomètres plus bas. Cap vers Longueval, Afrique du Sud.

Niché au cœur du Bois Delville, le Mémorial national sud-africain est d’une beauté époustouflante. En parcourant le musée mitoyen, j’apprends que pour la nation « arc-en-ciel », la journée du 15 juillet 1916 est le baptême du feu. D’une certaine manière, ce périple à travers le globe l’est aussi pour moi. Ici, à Longueval, je découvre avec admiration que des milliers de volontaires sont venus des antipodes pour défendre mon pays. Et je me dis que Nancy, une springbok-mascotte qui apparaît furtivement sur un cliché, a des choses à raconter à ses copines du désert du Kalahari. Mais, pour l’heure, c’est moi qui franchis l’océan Atlantique.

Armes de distraction massive

D’un saut de gazelle, je débarque à Beaumont-Hamel, Terre-Neuve. Cette fois, je suis accueilli par un caribou en bronze. Depuis sa butte, l’animal veille sur les 30 ha d’un champ de bataille cabossé. Aujourd’hui, le soleil brille. Mais, ce 1er juillet 1916, à 9h15 précises, c’est une pluie d’obus qui s’abat ici même, sur les hommes du Newfoundland Regiment. Pour vivre ce moment intensément, je plonge dans les tranchées et me rends au plus profond du no man’s land, au pied de l’Arbre du danger. Un guide m’explique alors que, deux heures plus tôt, les Irlandais de la 36e division d’Ulster entraient en scène. Il ne m’en faut pas plus pour dégainer à mon tour et faire une halte en Irlande dans la Tour d’Ulster à Thiepval. Je m’installe au salon de thé pour faire le plein de munitions. Car ce qui m’attend à côté vaut le détour. D’une hauteur de 45 mètres, le Mémorial de Thiepval n’est pas seulement le plus grand mémorial de guerre du Commonwealth. Il porte surtout les noms gravés des 72 205 soldats des armées britannique et sud-africaine, morts ou portés disparus dans la Somme entre juillet 1915 et mars 1918.

Réalité augmentée, sensation décuplée

Quant au musée attenant, il m’expédie carrément au cœur des combats. La fresque de Joe Sacco me fait revivre la journée du 16 juillet 1916. Grâce à mon smartphone, je fais sortir un soldat britannique de la toile. Il me confie ses espoirs, ses craintes. Quelle claque ! Rien que pour lui, je dois continuer mon épopée. J’emprunte l’avion de Georges Guynemer – le Nieuport 17 – et atterris à l’autre bout du globe à Pozières, Australie, où m’attendent le blockhaus de Gibraltar et un mémorial en hommage aux milliers d’animaux australiens décimés. D’un bond de kangourou, je me téléporte à Villers-Bretonneux au Centre Sir John Monash. Là, un cinéma à 360° me propulse au cœur de la guerre à grands renforts de fumée, de mitraillettes qui pétaradent et d’avions qui menacent. Sur ma lancée, je fais un saut à Cantigny, USA où les troupes américaines connaissent leur première bataille majeure, entre le 28 et le 31 mai 1918. Instinctivement, je boucle mon voyage sur le Vieux Continent aux cimetières français et allemand de Rancourt et de Fricourt. Comme un terminus en forme de réconciliation.

LES FACES CACHÉES DE L’ARRIÈRE-FRONT
Quand ils sont en permission, les soldats William, Allan et Stuart ne vont pas boire un verre en terrasse. Ils filent plutôt visiter les grottes de Naours. Pendant quatre ans, la cité souterraine, située à l’arrière-front, est devenue un lieu de dédicaces pour 3 200 militaires du Commonwealth. On le sait précisément depuis le 12 mai 2014, quand l’archéologue Gilles Prilaux a fait la découverte de ces improbables autographes en éclairant la pierre calcaire de sa lampe torche. Quatre ans plus tôt, à un jet de pierre, on exhumait 4 000 plaques photographiques du grenier des Thuillier, à Vignacourt. Passionnés de nouvelles technologies, les époux avaient monté un studio photo dans la cour de leur ferme pour que les soldats se fassent tirer le portrait dans un instantané souriant.

L’ANGE VEILLE SUR LA CATHÉDRALE
Il faut attendre la Grande Guerre pour que l’Ange pleureur de la cathédrale d’Amiens (1636), œuvre du sculpteur Nicolas Blasset acquiert une notoriété mondiale. Et pour cause ! Pendant quatre ans, les soldats se prennent en photo à ses côtés. Suivent des centaines de milliers de cartes postales, de bijoux et autres médailles à l’effigie du potelé chérubin.

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