Garry Taffin : bouquet final

Professeur d’art floral au Centre de Formation d’Apprentis d’Arras, Garry Taffin conçoit son métier comme une éternelle découverte. Ce géant vert d’un mètre quatre-vingt-quinze transmet sa passion des bouquets à des jeunes pousses.
Par Joffrey Levalleux
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Tout le monde a un souvenir précis de son 11 septembre 2001. Garry Taffin était dans les airs, direction Séoul. Sélectionné pour les 36e Olympiades des métiers (l’équivalent des JO pour les artisans), le jeune Avionnais de 22 ans atterrit sur le tarmac sud-coréen et découvre avec stupeur ce qui vient de se produire à l’autre bout du monde. Mais il faut avancer coûte que coûte. Surmonter la tragédie et représenter dignement sa région qu’il aime par dessus tout. Pour ça, Garry peut compter sur un super-pouvoir : celui de faire sourire les gens en « ouvrant simplement une porte avec un joli bouquet en main. » 

Les racines de la passion

Mais d’où lui vient ce goût pour l’art floral ? « Je l’ignore. Tout ce que je peux dire, c’est que le déclic a lieu à l’adolescence grâce à un prof de dessin », dit-il. Bon élève, Garry aurait pu – aurait « dû » même selon la doxa toujours en vigueur – intégrer une filière générale « plus… enfin moins… Vous savez. » Mais non, son choix est bétonné.

Le plus dur finalement « c’est de faire avaler la pilule à mon père. » Trente ans plus tard, ce très grand gaillard multi-titré n’a aucun regret. Sa plus grande fierté ? Découvrir et surmonter des obstacles. « Si un jury demande de réaliser un sautoir pour une diva, la difficulté n’est pas dans l’imagination mais dans le choix des fleurs. Elles ne doivent pas faner (donc pas de rose), pas déteindre (donc pas de pois de senteur) et surtout être non allergène (donc pas de marguerite). » Se démarquer, réfléchir, bousculer l’évidence. Garry est un créateur finaud. Quand, dans le cadre de son accessit au concours de Meilleur Ouvrier de France, il doit imaginer une composition d’un mètre cube, il transforme la banale thématique « Evénement de la vie » en œuvre d’art : une chrysalide en écorce de mûrier garnie de renoncules et de violettes déposées à la pince à épiler dans des pipettes. Et quand une grande chaîne régionale de bricolage le contacte pour sublimer sa vitrine de Noël, il opte pour des sapins 2D et remise la première idée du commanditaire au rang de vieillerie. « Je suis comme ça. Un pas de côté pour éviter la routine. C’est ce que j’enseigne à mes apprenants depuis seize ans. »

Un film joué par des élèves

Car, au bout du bout, la véritable passion de Garry Taffin, c’est la transmission. Sans diktat mais avec un sens certain de la précision, il endosse chaque semaine son rôle de professeur au CFA d’Arras. Ce mardi matin, une quinzaine d’apprenants s’activent sur les paillasses. Objectif : réaliser une couronne de Noël avec « la même matière première. La suite leur appartient. Je les considère comme des acteurs à qui on donne un script. Je reste vigilant sur la créativité, la justesse et l’harmonie de la composition. » Pour ce qui est des clichés, ils volent en éclats. L’art floral n’est pas une discipline pour fillettes. En témoigne la présence de pinces coupantes, de pistolets à colle, de visseuses et autres fils de fer. « Les branches de sapin sont piquées dans la structure selon le procédé du moonwalk. Les tiges se chevauchent en avançant à reculons pour masquer la partie inesthétique », mime Garry.

Je les considère comme des acteurs à qui on donne un script

Inutile de préciser que les cloques, brûlures et autres pinçons sont monnaie courante. Et encore, quand viendra l’heure de réaliser un faisceau de 200 tiges, les élèves se frotteront à cette notion de résistance qui peut anéantir des heures de travail en un claquement de doigts. 

Les lauriers du fleuriste

2001 : Oscar des jeunes fleuristes
2001 : Trophée Prestige Hortiflor
2005 : Vice-champion d’Europe 
2015 : Meilleur Ouvrier de France

A côté de la salle principale, entre la chambre froide et le stock de décoration se trouve une pièce d’un autre genre : le magasin. Ici, on apprend à vendre. Tout y est : une fausse vitrine, de faux bouquets, un faux téléphone, un faux comptoir et même de faux livres de compte. Car l’apprenant doit aussi savoir vendre ses créations. « Alors je les mets en situation. Et eux continuent à endosser leur rôle d’acteur. Ils accueillent le visiteur, le renseignent et font face à tous les imprévus, bons (une commande inopinée) comme mauvais (une rupture de stock) », résume Garry. En seize ans, quatre meilleurs apprentis de France sont sortis de ses rangs. Dont deux en juin dernier. C’est le bouquet comme on dit.

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Laurent Desbois – Lwood
03 février 2020
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