FRONT COMMUN

Entre Bullecourt et Loos-en-Gohelle, la nouvelle marque Collines et Plaines d’Artois entend valoriser le patrimoine commun issu de la Grande Guerre. Cent ans après la fin du conflit, la ligne de front ne sépare plus mais rapproche.
Par Joffrey Levalleux
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Effacer les frontières 

C’est une histoire belge à l’accent québécois qui défie l’entendement. A Vimy, le Centre des visiteurs est situé sur la commune éponyme tandis que, si l’on s’en réfère au cadastre, l’immense Mémorial en pierre de Croatie est quant à lui dans le giron de Givenchy-en-Gohelle. Pour ajouter un peu de poil à gratter, rappelons que depuis 1922, l’ensemble du périmètre est officiellement reconnu territoire canadien. Les 107 hectares ont été cédés par la France à vie en reconnaissance du sacrifice des alliés d’outre-Atlantique pendant la Première Guerre mondiale.

« Pour simplifier, on va dire que Vimy est un morceau de chez nous chez vous ! », tranche avec humour Jean-Pierre Godbout. Car pour l’actuel gestionnaire du site, observé de Toronto sa ville natale, de Winnipeg ou de Vancouver, Vimy est d’abord « l’incarnation de la fraternité à l’origine de la nation canadienne. » Et comme le précise ce digne représentant du pays du sirop d’érable, « cerise sur le sundae, l’icône est même imprimée sur le billet de 20 $ canadien. » Inutile de dire que pour les quelque 800 000 visiteurs annuels qui foulent sa crête, Vimy évoque l’inverse d’une frontière. « D’ailleurs, la première chose qu’on leur préconise, c’est d’aller visiter Notre-Dame-de-Lorette. »  

Combler un « vide sidéral » 

Pour ça, il faut descendre en direction d’Ablain-Saint-Nazaire puis remonter. Un yoyo revendiqué par Collines et Plaines d’Artois, la nouvelle marque portée par deux territoires-frères que sont Arras Pays d’Artois et Lens-Liévin Tourisme. Le président de ce dernier, Philippe Duquesnoy, a d’ailleurs salué cette alliance de bon sens. Il l’a symboliquement fait à Arras, lors d’une venue liée à la nouvelle scénographie de la carrière Wellington en novembre dernier. Justifiant « cet avenir commun par un passé commun : la ligne de front. »

Pour l’historien Yves Le Maner qui fut dans l’intimité de toutes les commémorations du Centenaire, cette petite dorsale qui s’étire de Bullecourt à Loos-en-Gohelle est tout bonnement unique au monde. « Elle fut le premier théâtre d’un conflit à portée internationale. Malheureusement, elle a connu un vide sidéral en matière de tourisme mémoriel », regrette l’expert. Tous les regards étant braqués vers Ypres et Verdun. Il faudra attendre un siècle pour qu’enfin un musée 14’18 digne de ce nom et un Anneau de la Mémoire mordoré rendent hommage aux milliers de combattants tombés au cours de ces quatre années d’horreur. « Des soldats qui savaient tous lire et écrire. Le moins que l’on pouvait faire, c’était d’inscrire leurs noms », souligne Y. Le Maner. 

Le pas de côté  

Ne jamais oublier, tel est le credo de Jacky Clément. Quand l’infatigable coureur organise son Trail des Poilus entre 2006 et 2018, il s’applique à faire figurer sur chaque dossard le nom d’un soldat disparu pour, dit-il, « rendre hommage à ces héros de la paix. » Cette année, après trois ans de trêve, il revient avec l’Enfer d’Artois. La course – une boucle d’épuisement de 9 km pour un dénivelé de 365 mètres – suivra les éperons naturels autour d’Ablain-Saint-Nazaire, village-clé des Collines et Plaines d’Artois réputé pour les ruines de son église de style gothique flamboyant. « Mais il n’y a pas que les sites chargés d’histoire qui méritent un crochet », comme le stipule Matthieu Béquart. Chargé de valoriser le tourisme local à Arras Pays d’Artois, le jeune homme a contribué à élaborer un parcours vélo autour de cette ligne de front. Le 9 octobre 2021, au départ du cimetière allemand de Neuville-Saint-Vaast, une poignée de cyclistes a pu s’en rendre compte. Le peloton a parcouru une trentaine de kilomètres inscrits dans la destination Collines et Plaines d’Artois. Mêlant grande Histoire, habitat traditionnel, gastronomie et paysages à couper le souffle. Car dans collines et plaines, il y a collines. 

|| TRAIL « L’ENFER D’ARTOIS » ||
La première édition de ce trail aura lieu le samedi 10 décembre 2022 entre 14h et 20h. Les trailers devront réaliser six boucles de 9 kilomètres en six heures. Dont trois de nuit…

S’inscrire ? http://artoistrailchallenge.fr/index.php/l-enfer-d-artois

|| COLLINES ET PLAINES SUR GRANDS PLATEAUX ||
Certes, le tronçon entre la Citadelle d’Arras et Souchez est pour l’instant manquant et la signalétique globale loin d’être terminée mais force est de constater que tous les chemins existants mènent aux Collines et Plaines d’Artois. Car oui, une bonne partie de la Véloroute de la Mémoireexiste déjà. Celle qui relie Amiens à Arras et passe par des sites majeurs de la Grande Guerre comme le Mémorial de Thiepval et le musée franco-australien de Villers-Bretonneux. Elle s’appuie sur l’axe global de la V32 (Paris/Lille), elle-même sous l’emprise partielle de la pittoresque EuroVélo 5 via Francigena (Canterbury/Rome) à partir de Souchez, et qui coupe la Véloroute du bassin minier (V31) entre Hénin-Beaumont et Liévin… Il y a de quoi dérailler. Rassurez-vous, d’ici trois ans, les 35 kilomètres qui nous occupent seront balisés. 

Réserver un vélo ? Biclo sur les 5 lieux de mémoire

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Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Florent Burton
05 avril 2022
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