Floralpina Arras, l’herbier des montagnes

Il existe un jardin, niché au pied de la Citadelle d’Arras qui, chaque année, dévoile au public une collection botanique exceptionnelle. La particularité de ce jardin est qu’il est dédiée aux plantes alpines : un comble pour une ville qui culmine à soixante mètres d’altitude.
Par Bertrand Fournier
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Derrière une épaisse grille s’ouvre un authentique jardin de collectionneur, un jardin botanique créé dans les années 1950 par Jean Michel Spas, pharmacien de son état, et surtout passionné des plantes de montagnes. C’est Thierry, son fils, tout aussi passionné que lui, qui nous accueille aujourd’hui, en compagnie des principaux membres de l’association chargée d’animer le lieu.

Clusius l’Arrageois

Dans ce jardin botanique, qui conserve précisément 4324 espèces répertoriées, la visite commence par un hommage appuyé à un certain Charles de l’Ecluse, alias Clusius. Il fut l’un des premiers botanistes français à participer à la classification des plantes au XVIIe siècle. Propagateur de la pomme de terre avant Parmentier et l’un des pères de l’horticulture, ce scientifique nacquit à Arras en 1526. Et l’histoire (ou la légende) raconte qu’il aurait cultivé les premiers oignons de tulipe au moment où il enseignait la botanique à l’université de Leyde (Pays-Bas). Il aurait ainsi été à l’origine de la fameuse tulipe de Hollande. Et c’est bien naturellement qu’un premier massif de tulipes ouvre la voie vers le cœur du jardin. 

“Le jardin secret de mon père” 

A mesure que l’on s’avance, on mesure la variété et la richesse végétale du lieu. Pourtant, quand il achète ce terrain en 1953, Jean-Michel Spas ne souhaite y installer que des ruches. Le lieu est à l’écart de la ville, protégé par les murs extérieurs de la citadelle et bordé par la rivière Saint-Fiacre. C’est un jardin d’agrément avec portiques et fabriques, et un verger de pommiers et cerisiers.

Mais le lieu possède déjà une pépite. C’est un saule blanc qui tient sa richesse de son ancienneté. Du haut de ses 370 ans estimés, il aurait vu la citadelle de Vauban se construire. Il serait à ce titre le plus viel arbre de la ville d’Arras. En se remémorant les débuts du jardin, Thierry retient aussi, qu’étant enfant, il venait pour désherber et que la récompense était de pouvoir plonger dans la piscine que Jean-Michel avait fait creuser quelques années plus tard. 

Mais peu à peu, le lieu allait devenir le jardin secret de son père, celui d’une passion brulante pour la botanique et pour les plantes de montagne. Jean-Michel en avait découvert la richesse lors de ses séjours en Haute-Savoie et souhaitait désormais les adapter à Arras. 

Belles plantes

S’il semble que le premier arbre planté ici par Jean-Michel Spas ait été ce séquoia géant, il fut bientôt rejoint par quelques autres beaux spécimens. Là, un pin arole, qui a poussé comme une flèche. Plus loin, un cyprès chauve, originaire de Louisiane, qui ne manque pas de bizarreries. C’est d’abord l’un des rares conifères à perdre ses aiguilles, après avoir pris de magnifiques teintes rouges automnales. Et à son pied, de grosses excroissances. Loin d’être un signe de maladie, elles constituent en fait les racines aériennes qui permettent à l’arbre de respirer dans ce milieu humide, en bordure de rivière. On appelle cela des pneumatophores. 

A l’opposé se dresse le Ginkgo biloba, reconnaissable à la forme de ses feuilles en écu. Cet arbre qui est considéré comme l’une des plus anciennes espèces de la planète, aurait poussé ici à partir de graines récupérées sur les Champs-Élysées. 

En fait, ici, toutes les plantes ont une histoire. La fraxinelle par exemple est une plante de la famille des agrumes. Oui, oui, vous avez bien lu : des agrumes ! Et elle exhale tellement d’huiles essentielles qu’elle pourrait prendre feu spontanément. Certains botanistes y ont d’ailleurs reconnu le “Buisson ardent” de la Bible. 

Saxifrages et compagnie

Mais la véritable richesse botanique s’est constitué autour d’une collection de 850 saxigrages ou passe-pierre, qui a valu à l’ensemble d’être considéré comme collection nationale répertoriée au museum d’histoire naturelle. Une belle reconnaissance qui consacra quasiment une vie de passion, malheureusement détruite en partie dans l’incendie du pavillon en 2013. Depuis, la collection a été confié au jardin botanique de Nancy, mais a aussi été utilisé dans les rocailles du jardin. Elles côtoient d’autres chardons bleus des Pyrénées (Eryngium bourgatii), des Androsaces jasmins, des lys de Saint-Bruno ou des Ramondies des Pyrénées (Ramonda myconi) : tout un ensemble de plantes endémiques et rares des milieux alpestres, qui se sont très bien adaptées à l’altitude arrageoise. Toutes, sauf une : l’edelweiss. Malgré plusieurs tentatives, la plante la plus symbolique de la botanique alpestre n’a ici jamais réussi à s’acclimater, ou en tout cas, qu’elle constitue un met de choix pour les lapins. Preuve que cultiver un jardin est finalement aussi une affaire d’humilité. 

Jean Michel Spas est décédé en 2017. Et comme pour le premier des botaniques arrageois, si le jardin tout entier lui rend hommage, l’association a souhaité lui consacrer spécifiquement un arbre : un heptacodion de Chine, plus connu sous l’appellation d’arbre aux sept fils. L’arbre est installé tout près de l’endroit où l’association développe aujourd’hui de nouveaux projets, entre la formidable collection de pivoines, dont l’une, la pivoine de Rock (Paeonia rockii) a servi de logo pour l’association, et les nouvelles rocailles.

Et si évidemment, dans un jardin botanique les plantes se nomment suivant leur nom latin, un peu pompeux et compliqué, sachez que certaines portent des noms savoureux comme les coussins de belle-mère (Echinocactus), les langues de cerf (fougères scolopendre), les Casques de Jupiter (aconit), salade de Chouette (véronique des ruisseaux) ou des baies de Schtroumpfs (salsepareille). Là, je sens que la botanique devient tout de suite beaucoup plus accessible, non ? 

FLORALPINA – AJABOFLORA
59 avenue du Mémorial des Fusillés
62000 ARRAS
Tel : 06 63 93 19 47
Page Facebook de l’association Ajaboflora

En raisons des circonstances sanitaires actuelles, la visite de Floralpina, initialement prévue pour les Journées européennes du patrimoine, est reportée à une date ultérieure.









Lors de la visite, Aurélien Davroux, membre de l’association et auteur de « Toutes les plantes supportant la sécheresse », Ulmer édition, dédicacera son ouvrage.
L’ouvrage est en vente au 24,90 €

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Laurent Desbois – Lwood
18 septembre 2020
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