EauBouLeau, pompe à essence

En périphérie d’Abbeville, on extrait la sève de bouleau qui deviendra un précieux élixir sous le nom d’EauBouLeau. La récolte ne dure que quelques jours au moment du dégel printanier. Alors, sève the date.
Par Joffrey Levalleux
A_025-Reportage-Eau-Bouleau-ICEO-MAGAZINE_©_Teddy_Henin-min

Soyons francs, côté spectateur, la scène est hilarante. Il est approximativement dix heures et il fait un froid de canard. Adrien, larges épaules et regard concentré, s’approche de l’arbre. Suspendue à une sorte de robinet fiché à même le tronc, une poche gonflée à bloc mobilise toute son attention. Et pour cause. Sa mission consiste à remplacer ce qui ressemble à un gros ballon de football. « Mais pour ça, il faut dévisser le bouchon », souffle-t-il en priant de nous écarter. Et ce qui devait arriver arriva. Sous la pression, impossible de ne pas être éclaboussé. « C’est pour ça que je suis dans cette tenue », poursuit le jeune homme avant de se diriger vers le bouleau suivant pour, rebelote, récolter la sève de la nuit.

Du bois qui se boit ?

Nous sommes à un quart d’heure du cœur battant d’Abbeville. Depuis le 10 mars, dans ce magnifique bois privé d’une centaine d’hectares, tous les matins sans exception et pour quelques jours encore, on extrait de l’eau de bouleau. Et qui sait, à court terme, cet élixir aux mille vertus (cf ci-dessous) prendra place dans la porte de votre réfrigérateur. Quelque part, cette étrange destinée est providentielle. Au volant de son e-pick-up 4×4, le propriétaire de cette forêt enchantée explique, tout en slalomant entre les arbres avec l’habileté d’un lièvre des neiges : « Contrairement au charme, le bouleau est un piètre combustible car il se consume trop vite », assure ce grand érudit de sylviculture.

Par contre, sa sève a toujours été une bénédiction. On s’en sert par exemple pour cicatriser les paturons de chevaux. « Et voilà que maintenant, on la boit », poursuit-il avant de serrer le frein à main dans une autre des trois « taches ». Une tache, c’est le petit nom officieux donné aux zones d’extraction cartographiées quelques mois plus tôt par Galiane de Poncins, à l’initiative de cette belle aventure.

Ecouter la nature

Pour faire de la sève, il faut de l’eau. Ça tombe bien, le bouleau en absorbe tous les jours entre 300 et 400 litres, pendant la période de récolte. Au dégel, quand l’hiver passe la main au printemps, « mais toujours avant l’éclosion des bourgeons », comme le note la jeune femme, la sève ressort. Mais attention. A l’instar de la vigne – d’ailleurs on parle aussi de millésime – la famille des bétulacées à laquelle appartient le bouleau verruqueux est tributaire de Dame Nature. « Le givre et la grêle ne posent pas de problème, explique la cheffe d’entreprise. En revanche, un redoux imprévisible ou des grands écarts de température entre le jour et la nuit sont de mauvais indicateurs. »

Dès potron-minet, le premier réflexe consiste donc à consulter le thermomètre qui « aura mémorisé la température la plus basse de la nuit », précise le propriétaire tout en rabaissant ses lunettes aimantées sur un duffelcoat de circonstance. Autre donnée essentielle : la lune. Si l’astre est montant et croissant, c’est un bon présage. « Même si, ajoute Galiane, chaque bouleau est unique et qu’au final seule la nature commande. » Les « champions » comme on les nomme donnent cinq litres de sève quotidiens quand les autres peineront à en fournir un seul.

Pour avoir une vision précise de son palmarès, chaque arbre sélectionné est équipé d’une sonde reliée à un QR code que Florian, le second récolteur, scanne avec sérieux. « L’interface met en relation les quantités de sève récoltées et la météo », explique-il. Pour Galiane de Poncins qui compile méticuleusement ces statistiques, à terme, l’idée est « d’être en mesure de géolocaliser précisément la parcelle d’où provient l’eau d’une bouteille. » Un blended water en somme.

Un cocktail santé qui prend des couleurs
Sans sucre, bio, régénérante, drainante, détoxifiante… Les qualités de la sève de bouleau sont pléthore. Dans les pays scandinaves, sa consommation traduit un réel besoin de se purger après une période hivernale propice au stockage de calories et de toxines.« Il s’agit d’une eau de santé et non pas d’une eau alimentaire », précise Galiane de Poncins qui compte bien démocratiser sa boisson fétiche. A cet effet, le cru 2021 d’EauBouLeau vient de prendre un virage à 90°. La totalité de la récolte sera en effet proposée dans des versions dites « infusées » à la framboise, au citron vert et à la verveine. Exit donc la version nature. De quoi séduire de nouveaux palais. Le fond change, la forme aussi. On oublie le format 75 cl pour préférer un 33 cl plus pratique. Et pour celles et ceux qui, à l’approche des beaux jours, veulent se lancer dans une cure détox, un modèle type Bib de 3 litres existe dans la version framboise.

Pratique

EauBouLeau (FOREO SAS),
rue de Molliens – 80 640 Méricourt-en-Vimeu.
EauBouleau est présent dans de nombreuses enseignes bio des Hauts-de-France (Prise direct’, Biocoop, La Vie Claire) ainsi que dans des épiceries indépendantes.
https://eaubouleau.com
Tél : 06 50 90 87 16
galianedeponcins@eaubouleau.com

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Teddy Henin
16 mai 2021
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