Douai : fleurir la ville

Parmi toutes les communes des Hauts-de-France, seule une trentaine possède le label « 4 Fleurs ». La ville de Douai est sans doute l'une des plus anciennes à avoir décroché cette distinction. Mais au-delà de cette récompense, comment appréhende-t-on le fleurissement à l'échelle d'une ville ?
Par Bertrand Fournier
fleurir la ville Douai

Pour une ville, obtenir le label « 4 Fleurs », c’est un peu comme décrocher les trois étoiles au Michelin pour un restaurant. C’est un critère indéniable pour le choix d’une destination touristique, mais aussi un indicateur du cadre de vie pour les habitants. Vincent Salomé, directeur-adjoint au service Jardins et Cadre de vie de la ville de Douai, insiste : « cette distinction est une formidable reconnaissance pour toutes les équipes de la ville qui travaillent au quotidien et imaginent les nouvelles actions à mettre en place avec la population. »


Car aujourd’hui, pour obtenir le précieux label, qui a fêté ses 60 ans d’existence en 2019, il ne suffit plus de fleurir massivement. La qualité du fleurissement n’intervient d’ailleurs plus que pour 35 % de la note finale. Désormais, tout compte : de la démarche zéro phyto à la qualité de la voirie, de l’enfouissement des réseaux électriques à la gestion des déchets ou aux actions de sensibilisation vers la population… Le label « 4 Fleurs » est devenu la reconnaissance d’une véritable politique de valorisation qui touche tous les aspects de la ville.

De l’intérêt des feuillages

“Avant, c’était le règne du bégonia, du géranium et de la mosaiculture”

Il est des évidences qu’il est bon de rappeler. On ne fleurit plus une ville comme on le faisait il y a vingt ou trente ans. L’hégémonie du bégonia et des couleurs vives est révolue. Désormais, les jardiniers douaisiens font preuve de nuances. Ils jouent sur des camaïeux floraux, introduisent des plantes pour leur feuillage et en profitent pour remettre à l’honneur des plantes un peu oubliées.

Parmi elles, les coléus, par leur grande variété de feuillage velouté et panaché, savent magnifiquement illuminer les massifs ombragés.

Plus exotiques, les tabacs géants panachés, malgré leur sensibilité à la pollution et aux parasites, et les thalias, utilisées en milieu humide voire semi-aquatique, donnent quant à eux de la structure et un élancement étonnant très apprécié dans certains massifs. Voici deux des plantes que Vincent Salomé, qui élabore tous les massifs de la ville, a réintroduit.

L’autre évolution notable est l’abandon de l’arrachage systématique de toutes les plantations qui avaient été faites pour laisser place à de nouvelles compositions de plantes annuelles. A la gare par exemple, les bruyères qui accompagnaient l’Arche de feu, des artistes Chassard et Fournelle ont été remplacées par un nouvel aménagement. Toutes les plantes annuelles ont laissé place à des vivaces qui fleurissent de juin à fin septembre. Les sédums restent tout l’hiver et accrochent magnifiquement le givre. Aujourd’hui, cet espace est simplement entretenu.

Fleurir autrement

Cela n’a l’air de rien, mais cette gestion plus fine a permis de passer de 410.000 plantes à 130.000 en quelques années. Pour autant, la ville n’en est pas moins bien fleurie. Au contraire. Cela a permis d’investir les terre-pleins centraux de boulevards avec des lavandes, réputées mellifères, des graminées et d’autres plantes vivaces. Ou encore de redessiner cette ceinture de circulation avec des érables et des pruniers, dont le feuillage forme un ruban rouge pourpre dans la ville. Ailleurs, des terrains en friche ont pu être réinvestis ou plantés de carrés potagers, comme sur le terrain de l’ancienne clinique Saint-Pierre, le long de la Scarpe.

Arroser avec modération

Les plantes annuelles sont souvent exigeantes en eau. Là encore, leur réduction a eu une incidence sur la quantité d’eau nécessaire à l’arrosage. A cela s’est ajouté le choix de végétaux moins gourmands en eau, comme les acorus, les nandinas ou les arondo donnax. Celle que l’on appelle également la canne de Provence est en effet une plante intéressante nécessitant peu d’eau pour atteindre 3 m de haut. Ces choix de plantations, associés à la mise en place d’un arrosage automatique nocturne pour limiter l’évaporation, ont fait baisser la consommation d’eau de plus de 50 % en quelques années. 

Désormais, en passant devant le giratoire de la Clochette ou de Gayant, vous mesurerez sans doute mieux toute la complexité d’aménager un massif au milieu d’un rond-point. Car voilà bien tout l’enjeu d’une ville à fleurir : concevoir des îlots de verdure, de senteurs et de couleurs, que l’on saura aussi apprécier depuis sa voiture.

Ma plante préférée : la sauge

Même si, pour des raisons familiales et personnelles, Vincent Salomé a un faible pour le seringat et son parfum intense, il apprécie surtout les sauges, et particulièrement la sauge Salvia microphylla Cera Potosi. Pour lui, cette plante arbustive est d’une résistance incroyable. Elle ne demande pratiquement aucun entretien. Mais surtout, elle donne de petites fleurs d’un rose vif du printemps jusqu’à l’automne. Avec elle, vous avez des fleurs pratiquement six mois de l’année. Son feuillage est par ailleurs très aromatique.

Les chiffres de la ville

130 personnes travaillent au service Jardins et Cadre de vie de la ville de Douai.
262 ha d’espaces verts à gérer.
3400 m2 à fleurir.
8000 m2 de serres, dont 3300 m2 couverts.
130.000 plantes sont répartis dans toute la ville, dont 70.000 plantes annuelles, 40.000 bisannuelles, et 20.000 bulbes.
27.650 arbres
189 ans, c’est l’âge du plus viel arbre de la ville, un acacia planté en 1831 au pied de l’église Notre-Dame.
220 espèces différentes.
1979 : La ville de Douai obtient le 1er prix départemental de fleurissement.
2005 : Grand prix national de l’arbre
2015 : Label « 4 Fleurs »
2016 : première ville du Nord à obtenir la première étoile du Label « Eco Propre ».
2018 : Label zéro Phyto.

Les chiffres du label en Hauts-de-France

75, c’est le nombre d’habitants de la commune de Longuevilette, la plus petite commune de la région à bénéficier du label 4 fleurs.
132.874, c’est le nombre d’habitants d’Amiens, la plus plus grande ville des Hauts-de-France a détenir le label.
8, c’est le nombre de communes « 4 Fleurs » du département du Nord et du Pas-de-Calais qui se partagent la première place ex aequo des départements de la région, devant la Somme (6), l’Oise (4) et l’Aisne (3).
A l’échelle nationale, ces deux départements se classent 5e ex aequo avec les Côtes d’Armor et l’Ille-et-Vilaine, juste derrière le Haut-Rhin, grand vainqueur de ce palmarès avec 13 sites, le Morbihan (11 sites), le Bas-Rhin avec la Marne, 10 sites chacun.
30 villes sont labellisées « 4 Fleurs » en Hauts–de-France. La région se place  à la 3e marche du podium, derrière la région Grand-Est (53 villes) et la Bretagne (31 villes).

Sources : Conseil National des Villes et Villages Fleuris.

Mon conseil de jardinier : laissez votre créativité s’exprimer

Lorsque Vincent Salomé participe aux jurys de concours de maisons fleuries, il voit encore trop souvent des jardinières composées uniquement de géranium. Certes, leurs couleurs donnent beaucoup de gaité aux façades des maisons. Mais selon lui, il est important aussi de travailler sur des compositions plus variées en jouant sur les tonalités, les types et les formes de feuillages ou de fleurs. Pour les couleurs par exemple, il préconise de ne pas juxtaposer trop de couleurs vives entre elles et de privilégier des fleurs blanches en association. On peut ajouter des petites graminées, qui vont donner légèreté et volume. D’autres plantes seront utilisées uniquement pour leur feuillage. Finalement, le choix est large. Une fois vérifiée l’exposition privilégiée des plantes, laissez votre créativité s’exprimer !

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Ville de Douai – Service Jardins et Cadre de vie
22 mai 2020
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