De la fosse 9 au Louvre-Lens : une métamorphose dans la continuité

D'une mine à un musée-parc : la transformation du site ne s'est pas faite du jour au lendemain. Pourtant, aujourd'hui, en regardant en arrière, il y a comme une forme d'évidence, un trait d'union entre la mine d'hier et le musée-parc d'aujourd'hui.
Par Nadia Daki
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Difficile d’imaginer qu’il n’y a pas si longtemps un carreau de mine trônait en lieu et place de l’actuel musée du Louvre-Lens et de son parc de 20 hectares. Son nom ? La fosse Théodore Barrois, plus connue sous le nom de fosse n°9. Les bruits de rail, de chariot, de chevalement sont désormais remplacés par les chants d’oiseaux, de crapauds et par les pas des visiteurs. 

La première vie du site débute en 1890 avec la mise en route de la mine. Elle est détruite lors de la Première Guerre mondiale mais est immédiatement reconstruite. Elle poursuit son extraction jusqu’en 1960. Ce carreau de mines réunit deux terrils : le terril plat 68 et son cavalier attenant 68A, sous la forme d’une plateforme de schiste. 

Les cavaliers miniers, dont les stigmates sont toujours visibles, permettaient d’acheminer le charbon extrait du puits. Ils reliaient le site à la gare de Lens. Pour héberger les travailleurs, une cité constituée de pavillons en barre (les fameux corons) est construite autour de la mine. Elle borde aujourd’hui le musée du Louvre-Lens et a un accès direct au parc via ses onze entrées. 

Une maquette en guise de mémoire 

Le musée est imaginé par les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa de l’agence Sanaa, le parc par la paysagiste Catherine Mosbach (Voir article iCéÔ). L’architecture, linéaire et horizontale, se veut un écho au terril plat et aux cités minières, toutes alignées. Difficile aujourd’hui lorsqu’on se promène dans le parc ou dans le musée de s’imaginer le site du temps de la mine. Pour nous aider à faire ce plongeon dans le temps, on peut compter sur la remarquable maquette réalisée par Jean Latosi, ancien mineur natif de la cité voisine. Installée dans l’entrée du musée, elle représente la vie de la mine en 1958 à l’échelle 1/160. Réalisée à partir de ses souvenirs, de documents et de photos de l’époque, elle a nécessité quatre années de travail. Cette reproduction prend place au musée en 2015, scellant définitivement le lien entre le passé et le présent. 

PLACE À LA NATURE

Le démantèlement de la mine s’est fait progressivement. Après avoir cessé toute activité en 1960, celle-ci va rester dans son jus jusqu’en 1980 où son puits est remblayé. Son chevalement, symbole suprême de l’exploitation, est démonté trois ans plus tard. La fosse devient une friche industrielle pendant près de trois décennies au cours desquelles la nature reprend ses droits. Les derniers ateliers et bâtiments sont détruits en 2010. Les dépôts de schiste et de grès sont devenus un refuge pour une faune et une flore diversifiées. « Nous avons répertorié 14 espères protégées propres au territoire, indique Philippe Haquette, responsable de l’équipe des jardiniers. On a opté pour une gestion différenciée et décidé de faire confiance à la nature. Les plantes aiment bien voyager et s’adaptent si les conditions sont adéquates. » Autrement dit, pas de désherbage systématique, pas de plantation à tout-va et pas de taille au carré. « Il a fallu un peu de temps pour que le public comprenne cette démarche, se souvient Laetitia Manier, jardinière et animatrice. Aujourd’hui, il est partie prenante car on explique ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. » L’équipe des jardiniers tient un blog dans lequel la philosophie du lieu y est expliquée. 

Texte : Nadia Daki
Photos : Musée Louvre-Lens ; Franck Bürjes ; éditions de l’Escaut ; Virginie Blondeau
11 juillet 2022
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