Dans le cœur d’un data center

Un data center, c’est ce qui régit quasiment toute notre vie sur internet. Alors que la région est le berceau d’OVH, présent dans le top 5 mondial, d’autres entreprises se lancent dans l’aventure. A l’image de la PME Décima, qui a installé cette technologie dernier cri au cœur d'un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
Par Gaëtane Deljurie
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D’abord, il faut badger. Ensuite il faut authentifier ses empreintes digitales via un lecteur biométrique. Enfin, il faut passer devant les caméras pour la reconnaissance faciale. Alarme, fumée anti-intrusion, vidéo-surveillance, baie vitrée et blindée, rien n’a été laissé au hasard pour assurer la sécurité des données informatiques confiés à l’entreprise Decima. 

Ce data center dernier cri s’est paradoxalement niché, à Arras, dans un ancien site militaire occupé par l’Armée, au cœur d’une ancienne poudrière de la Citadelle de Vauban, datant de 1672. « C’est le plus vieux data center de France », s’amuse à dire Jérôme Décima, fils de l’un des trois fondateurs de l’entreprise. Décima, fondé en 1956, est historiquement spécialisée dans l’électricité et la climatisation. Mais quel est le rapport avec les data centers ? Justement ce savoir-faire dans les différents courants électriques et aussi la régulation de la chaleur.

« Nous apportons tout l’environnement nécessaire, à savoir les murs, la climatisation, l’électricité, la sécurité, la connectivité à internet, la maintenance pour que les entreprises puissent y exploiter des serveurs et héberger leurs données », souligne Jérôme Décima, qui a vu en 2012 l’installation d’un premier data center à Saint-Laurent-Blangy, près d’Arras.

« Les serveurs peuvent atteindre jusqu’à 70 degrés s’ils sont très sollicités »

Exploiter un data center au cœur d’un site classé n’a pas été une mince affaire. D’abord parce que la Communauté Urbaine d’Arras a imposé ses conditions en vendant ce bout d’histoire : il a fallu non seulement restaurer le bâtiment historique en respectant le style de l’époque mais également proposer la réversibilité des aménagements, à savoir un retour à l’état d’origine. Sans oublier de laisser la possibilité d’y faire des visites, lors d’évènements comme les Journées du Patrimoine. Les 130 m2 ont demandé près de 3 millions d’euros d’investissement.

Le défi a ensuite porté sur le maintien des conditions optimales d’utilisation de ce data center, dans un contexte de transition écologique. « Les serveurs peuvent atteindre jusqu’à 70 degrés s’ils sont très sollicités : nous avons mis en place deux techniques innovantes de refroidissement », décrit Jérôme Décima. Avec la première, de l’eau à 10 degrés, est puisée dans la nappe phréatique, située en dessous à 30 mètres de profondeur : elle sera mise en contact, sans pour autant être mélangée, avec l’eau ayant déjà refroidi les serveurs. 

« Cet échange thermique fait gagner 5 degrés, ce qui constitue un gain non négligeable. Cette eau peut alors soit être renvoyée dans la nappe phréatique, qui peut se réguler naturellement de par sa taille, soit être injectée dans une chaudière voisine ». 

La deuxième technique innovante consiste à utiliser le « free cooling » qui récupère les calories de l’air extérieur, dès lors que les températures passent en dessous de 12 degrés. «Combinant transition digitale et transition énergétique, ce data center est un condensé de la 3e révolution industrielle», s’exclamera même à l’issue de sa visite, Jeremy Rifkin, à l’origine du master plan Rev3 en 2012, toujours piloté aujourd’hui par le conseil régional et la CCI Hauts-de-France.

Qu’est-ce que c’est, un data center ?

Un achat en ligne. Une consultation des réseaux sociaux. Une vidéo visionnée en streaming. Même une simple recherche sur internet… Toutes ces opérations transitent à un moment ou à un autre par des serveurs informatiques, regroupés dans des centres de données physiques, baptisés data-centers.

Issu du mot anglais « data » qui signifie « donnée », le data center regroupe de multiples installations informatiques, à commencer par des serveurs, sorte de mini-ordinateurs plats, superposés les uns aux autres et intégrés dans des armoires. Les data centers sont à l’origine du développement du « cloud computing », ce désormais célèbre « nuage informatique » : reste que, même dématérialisé pour l’utilisateur, il nécessite toujours un lieu de stockage en dur. L’incendie du data center OVH de Strasbourg, en mars 2021, a d’un coup rappelé cette réalité à près de 3,6 millions de sites internet !

D’après datacentermap.com, on comptait en janvier 2020, plus de 4.800 data centers à travers le monde, répartis dans 127 pays. En France, la même source en a dénombré officiellement 157. Attention, ce recensement ne prend en compte que les data centers « connus », car commercialisés par des entreprises spécialisées. Chaque entreprise ou institution, ayant des données à conserver précieusement, peut aussi se doter de son propre data center, sans dévoiler publiquement son lieu d’implantation.

Texte : Gaëtane Deljurie
Photos : Laurent Desbois – Lwood
04 novembre 2021
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