Consommer local en Hauts-de-France : qui se cache derrière les nouveaux circuits-courts ?

Rapprocher le producteur du consommateur pour lui permettre d’accéder à des produits frais, sains et locaux : le circuit-court a plus que jamais le vent en poupe. A mesure que les initiatives se multiplient, les circuits aussi se complexifient… Avis au consommateur non averti : qui se cache derrière ces nouvelles machineries ?
Par Gaëtane Deljurie
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La promesse est quasiment toujours de se faire livrer un panier de fruits, de légumes ou de produits artisanaux locaux en quelques clics. A l’heure de la digitalisation tout azimut, le circuit-court n’échappe pas à la règle. De plus en plus de sites internet proposent des livraisons directement à la maison ou en entreprise ou du click-and-collect dans des points de retraits… Mais comment s’y retrouver ?

« Notre philosophie, c’est d’abord de nous investir pour la région des Hauts-de-France et son agriculture paysanne », résume Jimmy Devemy, cofondateur de LeCourtCircuit.fr en 2013. Cet ex-contrôleur de gestion achats à La Redoute s’est associé à deux amis aux profils plutôt versés dans l’informatique, Maxence Messiant et Anthony Voilet.

Les trois compères ont créé une plateforme internet de vente de produits fermiers et locaux, avec la promesse de produits locaux, frais et de qualité. L’acheteur choisit ses produits en ligne et vient les retirer dans l’un des 36 points en région, que ce soit en métropole lilloise, dans les Flandres, sur le littoral ou encore dans le Béthunois.

Rémunérations justes

Pour le producteur, non seulement l’inscription est gratuite mais il peut vendre à un prix libre. « Nous proposons simplement un nouveau canal de distribution et la logistique qui va avec », résume Jimmy Devemy. « Nous nous rémunérons avec une commission de 11,5%, ce qui laisse 83,33% pour le producteur et 5,17% pour le gestionnaire d’un point de retrait. La solution se veut juste et transparente ».

Autre initiative régionale lancée en 2010 par Bastien Dognin, ex-contrôleur de gestion et Olivier Hirel, ex responsable commercial dans une coopérative agricole de la région de Lille :  Les Paniers de Léa. D’abord sous la forme d’un site marchand de paniers de produits régionaux pour les habitants de la métropole lilloise. Mais le duo bascule très vite dans le créneau de la corbeille de fruits pour les entreprises, avec des animations autour de la santé et du bien-être. La Poste, Leroy-Merlin, Décathlon ou encore Norauto sont conquis.

Sauf que la crise sanitaire est passée par là. Confrontés au désarroi de leurs partenaires producteurs, Les Paniers de Léa s’attèlent alors à écouler les fruits et légumes « moches », qui ne trouvent pas de débouchés en grande surface. « Nous rachetons aux producteurs, à un prix fixé avec eux, ces produits pour les revendre soit sous forme de paniers ou soit à l’unité, en moyenne 30 % moins cher que le prix du marché, via des points de retrait sur la métropole lilloise », souligne Capucine Cronier, chef de projet. Le business model de Monpanierantigaspi.com évite donc que des tonnes de légumes tout à fait consommables finissent à la poubelle.

Initiatives régionales

Depuis quelques années, d’autres sites internet ont vu le jour, en proposant également de la livraison. Derrière l’url monbiopanier.com par exemple, on trouve l’entreprise Fort&Vert, filière de fruits et légumes bio en Hauts-de-France créée en 1997 et installée à Feuchy, près d’Arras dans le Pas-de-Calais. Grégoire Dupont, son fondateur, travaille essentiellement auprès de marchands ambulants ou de la grande distribution spécialisée. Et mise depuis quelques années sur le circuit-court et le local, avec un système de points de livraison chez les commerçants ou en entreprises.

A Lomme, le site MesVoisinsProducteurs a été créé en février 2018 par un papa en quête de bons produits. Jérémie Guilbert, ex-directeur artistique pour l’enseigne Okaïdi, propose les produits d’une quarantaine de producteurs mais également de commerces directement à domicile. La livraison à vélo s’effectue en 24 heures via la société Les Coursiers de Flandres (moyennant un prix qui varie en fonction du montant de la commande et de la distance), en fonction d’une date et d’une heure convenue à l’avance, dans une dizaine de villes de la métropole lilloise.

Avec Lepaniergagnant.fr, Jérémy Denturck avait au départ souhaité apporter sa pierre à l’édifice « quand le père de ma femme me demandait de reprendre ses tournées de légumes quand il partirait en retraite ». Installé à Capinghem, il a mis le doigt dans l’engrenage et a élargi sa gamme d’une trentaine de références, imaginant au passage un système de livraison zéro déchets, avec des emballages réutilisables et réutilisés. La livraison est offerte pour un minimum de 30 euros HT.

Solutions nationales

D’autres solutions, imaginées ailleurs en France, sont venues essaimer dans la région. C’est le cas de La Ruche qui dit oui, née en 2011 dans la banlieue de Toulouse. A l’initiative du designer Guilhem Chéron, la société Equanum est ensuite créée avec deux associés, Marc-David Choukroun et Mounir Mahjoubi (devenu par ailleurs secrétaire d’État chargé du Numérique sous le gouvernement d’Edouard Philippe). Le service se paie au pourcentage sur transaction à des commerçants indépendants : le producteur fixe librement son prix de vente et paye 20 % de frais de service sur le chiffre d’affaires hors taxes.

Notre philosophie, c’est d’abord de nous investir pour la région des Hauts-de-France et son agriculture
paysanne

Jimmy Devemy, cofondateur de LeCourtCircuit.fr

Né en Saône-et-Loire, Locavor.fr propose depuis 2014 un annuaire drive de produits locaux en circuits courts, un peu partout en France : les particuliers peuvent identifier des artisans, des frais de service revenant à la plate-forme (7,5% des ventes HT et entre 9 à 13% pour le gérant du point de vente, en fonction du type de préparation requis).

Si la métropole lilloise est largement dotée de solutions, quid du reste de la région ? La Chambre d’agriculture des Hauts-de-France s’est lancée dans la géolocalisation de l’ensemble des bons vieux points de vente de produits fermier. Baptisée ouacheterlocal.fr, le site a été financé par la Région Hauts-de-France et la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF). Les chambres d’agriculture ont également recensé les diverses exploitations avec le site Bienvenue à la ferme.

Reste qu’il ne faudrait pas oublier les AMAP, Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, considérées aujourd’hui comme pionnières des circuits-courts même si moins digitalisées. Elles sont, en tout cas bien présentes dans toute la région (15 dans l’Aisne, 35 dans le Nord, 30 dans l’Oise, 8 dans le Pas-de-Calais, 22 dans la Somme) et proposent un abonnement plutôt militant : les consommateurs s’engagent à l’avance à acheter la production d’une exploitation, le plus souvent en agriculture biologique, avec un prix et des échéances définies. Impossible de choisir la composition de son panier, c’est la saison qui dicte son menu. Pour toujours respecter la promesse du circuit-court : consommer local et de saison.

Dans les magasins « en dur »
Certains agriculteurs ont également eu l’idée de se regrouper, pour optimiser l’organisation des points de vente pour se partager les tâches. A Glisy, près d’Amiens, une dizaine d’éleveurs et de producteurs ont ouvert le point de vente Esprit Fermier. Suivi par un autre point de vente Aux 3 Fermes à Saint-Fuscien, toujours près d’Amiens, lancé par Grégoire Leleu, producteur laitier s’est associé avec Sébastien Joly, éleveur de volailles et Ulrik Maquigny, éleveur d’agneaux.
De plus en plus d’initiatives indépendantes naissent ça et là, comme par exemple Locavrac, première épicerie circuit-court de Picardie à Abbeville. Lancée par Julie Depoilly et son compagnon Guillaume Delgove début 2018, ce magasin ne propose que des denrées produites dans un rayon de 60 kilomètres autour de la ville.
La grande distribution s’intéresse également de près aux circuits courts. O’Tera, magasins « démocratisant les bienfaits du circuit-court » a multiplié les ouvertures dans la région, après Avelin : Amiens, Aulnoye-Aymeries, Villeneuve d’Ascq, Illies et Saint-André-les-Lille. Carrefour a racheté Potager City, entreprise créée en 2007 à Lyon, spécialisée dans la livraison par abonnement de paniers de fruits et légumes extra-frais et de saison. Cdiscount s’est alliée à la marketplace de produits frais Pourdebon.com, avec une offre de 300 producteurs français.


Depuis 2004, la marque Saveurs en Or labellise des aliments produits et/ou transformés dans la région, remplaçant l’ancienne appellation Nord-Pas-de-Calais : la gamme s’étend des légumes aux poissons fumés, en passant par les glaces artisanales, les fromages, les bières et les bonbons. Saveurs en Or couvre près de 1000 produits, 200 entreprises et 4000 agriculteurs. « Un cahier des charges strict et des contrôles réalisés par des organismes certificateurs indépendants garantissent le respect de notre politique de qualité et de traçabilité », assure Jean-Bernard Bayard, président de Saveurs en Or.

Texte : Gaëtane Deljurie
Photos : Olivier Cochard ; Thomas Louapre
20 mai 2021
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