Conquête de l’espace

Elle est protégée du brouhaha urbain sans être esseulée. Elle affiche de beaux volumes sans être outrancière. C’est un cube mais on s’y love comme dans un cocon tout rond. Située entre Arras et Lens, cette maison fait de l’espace et la lumière ses deux piliers fondamentaux.
Par Joffrey Levalleux
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Le calme s’obtient en augmentant le volume 

Tout le monde connaît l’expression résoudre la quadrature du cercle. On l’utilise généralement quand on est confronté à un problème insoluble du genre faire entrer dans un corridor un établi lourd comme une enclume. Les propriétaires de cette maison ne sont pas géomètres. Encore moins prétendants à la médaille Fields. Par contre – et c’est là leur génie – ils ont réussi à apporter de la rondeur à leur maison aussi carrée que des épaules de pilier de rugby. De l’extérieur, ce magnifique jeu de cubes qui se déploie sur 180 m² habitables augure un intérieur à l’avenant. A savoir rigoureux. Mais quand on entre, c’est tout l’inverse. On s’y sent immédiatement à l’aise comme dans un cocon. 

Sous la mine inspirée de l’architecte Pierre-Jean Delattre, les angles s’adoucissent et l’atmosphère glaciale se réchauffe. Comme le soulignent nos hôtes, ce sentiment est peut-être dû « à la simplicité de l’organisation générale qui valorise les volumes plutôt qu’elle ne cherche à créer des pièces. » D’ailleurs, quand la triple baie vitrée à galandage du salon est totalement ouverte, on ne fait plus vraiment le distinguo entre intérieur et extérieur. A tel point que dans la salle à manger située à l’extrémité de la bâtisse, on aperçoit sans peine l’arbre tortueux planté douze ans plus tôt sur cet humble terrain de 600 m² dont on profite aussi depuis les deux terrasses, dont une de 40 m² à l’étage. 

Lumière, harmonie et simplicité 

La lumière. Voilà l’essentiel. Ici comme partout ailleurs dans les Hauts-de-France, on en manque. Alors, si l’on veut bénéficier du moindre rayon de soleil, on multiplie les surfaces vitrées. « On a dû exploser le coefficient de luminosité », souligne ce couple tout en avouant « qu’il a fallu se débarrasser de quelques meubles » faute de leur trouver un emplacement devant un mur… blanc. Forcément. Pour ne pas casser l’esthétique virginale, le mécanisme des (très nombreux) volets roulants est masqué tandis que la cuisine, le salon et la salle à manger fonctionnent en trio. A savoir sans rupture de goût mais en totale harmonie.  

Pas de fausse note donc, y compris dans les chambres qui possèdent toutes une salle d’eau. Au rez-de-chaussée, un large escalier en béton lissé et un parquet chauffant en chêne massif du plus bel effet. Ici point de gadgets inutiles, de domotique à la portée des seuls polytechniciens ou de déco tape-à-l’œil acquise à prix d’or. Le couple souhaitait « une maison agréable à vivre avec quelques envies toutes simples. »

Temps de récupération   

Vous avez déjà récuré une vieille brique avec une brosse à poils durs ? Eh bien, ça peut durer un bon moment car le mortier, c’est tenace. La propriétaire a répété l’opération des centaines de fois pour obtenir son authentique mur de cuisine. Elle aurait pu utiliser des morceaux de parement. Mais non. « Le résultat n’aurait pas été le même. Rien ne vaut l’authentique », jure-t-elle. Pour elle, la vraie beauté s’obtient en grattant le vernis d’un meuble-classeur abandonné sur le bord du chemin, en patinant un ancien bureau de comptable voué à la destruction, en récupérant un manteau de cheminée, ou encore en transformant un plancher de dépendance de ferme en sous-vasques. En agissant ainsi, elle n’a pas seulement redonné vie à des meubles comateux. Elle en a fait des sujets empreints de majesté que l’on effleure respectueusement avec la paume de la main. Cependant, n’allez pas croire que toute la décoration a été polie avec de la toile émeri. Comme chiner est une seconde nature chez les propriétaires, on croise ici et là des objets inattendus laissés dans leur jus. Un buste de styliste, une série de dames-jeannes vidées de leur vin, une persienne et même une échelle en bois aussi longue que l’établi de l’entrée. Alors la quadrature du cercle… 

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Laurent Desbois – Lwood
19 septembre 2022
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