Château de Beaulieu à Busnes : cherchez la femme

Loin de n’être que l’épouse dans l’ombre du chef, Claudine Meurin est l’indispensable cheville ouvrière des établissements qu’elle et son mari Marc ont ouverts ensemble depuis près de cinquante ans. Le secret de ce couple qui dure : le partage des tâches.
Par Marie-Laure Fréchet
Claudine-Meurin-©-ML-Fréchet-8

Carré roux et élégance discrète de celle qui a l’œil sur le moindre détail, Claudine Meurin reçoit au petit salon. Le service du déjeuner s’achève et celui du dîner, au restaurant gastronomique, lui laisse encore quelques heures de répit. Dans une grande maison comme le Château de Beaulieu, il y a toujours à faire. D’ailleurs, son époux passe une tête. « J’ai raccroché le rideau dans la chambre 26 », la rassure-t-il. Aussi simplement qu’un couple ordinaire…

Marc et Claudine Meurin, depuis bientôt cinquante ans, partagent vie personnelle et professionnelle avec un équilibre qui force l’admiration et leur a valu longévité et succès – notamment depuis vingt-deux ans une double étoile au guide Michelin. Si l’on connaît bien le chef, emblématique de son territoire et volontiers médiatique, son épouse préfère rester en retrait et s’activer dans l’ombre. Elle n’en est pas moins indispensable. « Je suis à la retraite depuis quatre ans », prévient-elle. Mais à 68 ans, elle est encore tout à la fois encore chef du personnel, décoratrice et surtout gérante des restaurants, tandis que son mari se consacre à la cuisine. « C’est un métier où il faut être deux, » résume-t-elle.

Un métier passionnant

Pourtant, rien ne destinait la jeune Claudine à la restauration. « Je n’ai pas fait l’école hôtelière, raconte-t-elle. Je travaillais dans l’administration ». Originaire de Vendin-le-Vieil, elle rencontre alors un jeune cuisinier lensois. Après leur mariage, à 20 ans, ils ouvrent un café dineur à Laventie. « Je travaillais au bureau le jour et venais aider le soir en salle et au bar. On finissait tard et le lendemain la journée recommençait. Mais le contact avec les clients me plaisait. Ce n’était pas monotone comme un travail de bureau », se souvient-elle.  Dix années passent à Laventie, pendant lesquelles l’établissement se taille une belle réputation. Avant qu’un sinistre ne force le couple à déménager. L’histoire veut que ce soit leurs chats qui aient donné l’alerte, les sauvant d’un incendie. Claudine Meurin en a gardé une passion pour les félins qu’elle exprime dans une imposante collection d’objets de décoration à leur effigie.  

Le couple s’installe en 1987 dans une maison de maître à Béthune et lance le restaurant « Le Meurin ». Au bout de quatre ans, il décroche une étoile Michelin. La deuxième viendra onze ans plus tard. « Ce jour-là, j’ai pleuré, se souvient Claudine Meurin. Je n’en voulais pas. Je craignais le stress de la perdre un jour. » Mais les étoiles sont bien accrochées et suivent les Meurin quand ils s’installent en 2006 à Busnes au château de Beaulieu. « On est tombé sous le charme. On était très enthousiastes. Je ne suis pas devenue pour autant la princesse du château. Au contraire, j’ai travaillé double pour le transformer en hôtel-restaurant. Mais je l’ai fait avec plaisir, car c’est un métier passionnant. On donne du plaisir aux gens, on participe aux événements heureux. Parfois, ils cassent leur tirelire pour venir chez nous et on doit tout faire pour ne pas les décevoir. »

Depuis, outre le restaurant gastronomique (Le Meurin) et la brasserie du Château de Beaulieu (Le Jardin d’Alice), les Meurin ont également ouvert une salle de réception (Rose Events), un restaurant à Lille (Monsieur Jean), ainsi que l’Atelier de Marc Meurin au Louvre-Lens.

Une bonne entente

 Si le chef a toujours soif d’entreprendre, son épouse avoue freiner un peu. « On discute beaucoup et on s’entend bien », remarque-t-elle. Au Château de Beaulieu, madame régente l’intérieur, monsieur a la main sur le jardin. Et bien-sûr la cuisine. « Chacun son secteur, mais j’ai toujours goûté tous les plats. Je suis la seule à oser dire quand je n’aime pas. » En revanche, Claudine Meurin gère la cave. « Je me suis formée au vin avec mes sommeliers. Je connais ma cave par cœur. Je goûte les vins et je valide. » Le Château a aussi ses vignes et le nom de la cuvée, La Dame Rousse, rend bien sûr hommage à sa propriétaire.  

Alors que l’heure de la retraite, la vraie, arrive, se pose naturellement la question de la transmission. « J’aimerais que le Château de Beaulieu reste un restaurant et qu’il soit repris par un jeune couple de restaurateurs, reconnaît Claudine Meurin. Mais je ne m’attache pas aux murs. Ce ne sont que des briques. Et mon lieu de travail. Je passerai à autre chose. » Dans le petit salon, l’heure tourne et le service approche. « Je vous laisse, je dois préparer mes bouquets  », lance-t-elle en prenant congé. La maison est encore entre de bonnes mains.

Le Château de Beaulieu
1098 rue de Lillers, 62350 Busnes
www.lechateaudebeaulieu.fr


Texte : Marie-Laure Fréchet
Photos : Marie-Laure Fréchet
02 novembre 2020
Partagez cet article !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Dans la même rubrique

Œuf, haddock
La cour de Rémi : maison de famille
Les whiskys des Hauts-de-France sortent du fût
Le canard à la mode du Saltimbanque
Le Saltimbanque à Eaucourt-sur-Somme, la cuisine en liberté retrouvée

Vous aimez cet article

Inscrivez-vous à la newsletter iCéÔ magazine et retrouvez chaque semaine nos idées de sortie en région.

Votre magazine iCéÔ sur mesure avec une sélection d'articles en fonction de vos goûts et de votre localisation