Ca tourne dans la région (2/2), l’interview de Laurent Heynemann

Chaque année, plusieurs films sont tournés dans la région. On a cherché à connaître les raisons d’un tel engouement en rencontrant directement des réalisateurs qui nous parlent de leur attachement et du plaisir qu’ils ont eu à tourner ici dernièrement. Laurent Heynemann, avait posé ses caméras dans le pays d’Artois pour raconter l’histoire romanesque de Louise Reichenbach, éperdument amoureuse de Léon Blum, depuis l’adolescence et qui décidait de sacrifier sa liberté pour rejoindre l’homme qu’elle aimait au camp de Buchenwald. Le film, Je ne rêve que de vous, sorti en salle depuis le 15 janvier, était aussi présenté en avant-première à l’Arras Film Festival en novembre dernier ; l’occasion de rencontrer le réalisateur, encore tout ému de l’accueil que le public arrageois lui avait réservé.
Par Bertrand Fournier
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Votre film Je ne rêve que de vous sort en janvier, mais vous le présentez ici, en avant-première au festival du film d’Arras. J’imagine que c’est une émotion particulière ?

Laurent Heynemann. : C’est en effet un moment particulier parce que d’abord ça n’arrive pas tous les jours dans la carrière d’un réalisateur d’avoir la projection de son film dans une salle comble de 900 personnes. L’autre raison est qu’il y avait beaucoup de figurants, d’acteurs et de techniciens qui étaient là aussi et que j’étais ravi de retrouver. C’était l’occasion de se remémorer certaines anecdotes du tournage, mais aussi, avec le recul, d’échanger sur ce que chacun d’entre nous avions gardé de ces moments exaltants. Car les tournages sont toujours des moments exaltants. 

Cette équipe que vous avez constituée dans la région, c’est une famille pour vous ? 

L.H. : Non, pas vraiment. Pour moi un tournage, c’est une équipe qui doit avant tout être solidaire et avoir une forme d’abnégation au projet. C’est une équipe où chacun est choisi pour ses compétences. Ce n’est pas ce que j’appelle une famille. Mais cela n’empêche pas de travailler dans une bonne ambiance. D’ailleurs, si ce soir l’équipe du film était autant représentée, c’est peut-être un signe.

C’était important de présenter le film ici ce soir ?

L.H. : Bien sûr, c’était fondamental et fondateur. On a fait ce film grâce à la Région Hauts-de-France et à Pictanovo, qui a vraiment été à nos côtés et qui nous a tout le temps trouvé la solution aux problèmes posés. Quand on se demande où garer les camions le soir après le tournage, ou qu’on cherche un endroit où l’on peut tourner la scène du tribunal, et qu’à chaque fois quelqu’un vous dit « j’ai la solution », c’est quand même très confortable. C’est donc normal de revenir ici, un an et demi après le film et de dire, « voilà, vous nous avez fait confiance, on a bien travaillé ensemble et bien, voilà le résultat. » 

Qu’est-ce qui vous a motivé à tourner ici à Arras et ses environs alors que l’histoire même du film se déroule à Bordeaux et dans la région de Clermont-Ferrand ? 

L.H. Je vais vous dire la vérité. Quand un réalisateur est emmené par un repéreur dans un décor et vous dit qu’on pourrait peut-être faire une scène là, il y a trois scenarios possibles. Vous entrez dans ce décor, et vous dites, oui, en effet on pourrait le faire là, mais vous ne ressentez rien. Ou bien, vous dites, non ça ne va pas, ce n’est pas ce que je recherche. Et puis, il y a la troisième voie, celle où vous avez un véritable choc. Celle où vous vous dites, là, mon film a du sens. Là, il veut dire quelque chose. Les choses s’enchaînent : vous entrez et immédiatement, vous imaginez la scène de la chambre d’hôtel. Dans telle autre pièce, vous voyez la scène où chante la fille, le couloir sert de transition. Vous vous baladez dans ce lieu, et chacune des scènes auxquelles vous pensiez, trouvent leur cadre, leur ambiance. C’est un véritable choc, car c’est là que le film se crée. Et c’est ce qui m’est arrivé au château de Couin. Voilà. Après, on déroule les scènes dans les environs. Mais on a notre point d’ancrage.

Après avoir choisi les lieux, comment on choisit ses acteurs ? 

L.H. La ressemblance avec les personnages historiques n’était pas notre préoccupation. Personne ne connait véritablement Blum. Il n’y a pas de films, pas de véritablement enregistrement de sa manière de parler. Blum se résume à un chapeau, des lunettes et des moustaches. N’importe quel acteur doté de ces accessoires peut ressembler à Blum. Pour Hippolyte Girardot, tout l’intérêt de ce rôle était dans l’interprétation intérieure, dans sa façon d’exprimer ses sentiments amoureux, sa gaieté, sa fantaisie et à la fois la dimension complètement tragique de son destin, car à cette époque-là, il croyait vraiment à sa mort prochaine. Dans le duo Elsa Zylberstein Hippolyte Giradot, c’est un pari, comme à chaque fois. On fait des lectures, des rencontres, mais finalement un réalisateur doit être un peu doué pour renifler les rapports humains. Et je savais qu’entre ces deux-là, ça pouvait fonctionner.

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Franck Bürjes
03 février 2020
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