Ça fait du bien par où ça graffe

Des animaux cosmiques qui errent dans un terrain vague, des briques de Lego® qui colmatent un pignon, des trottoirs qui sourient. Pour la 6e édition des Petits bonheurs, huit street artistes et 500 anonymes en situation de handicap réenchantent l’espace public de leurs créations colorées.
Par Joffrey Levalleux
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Une idée en béton 

Elle ne manque pas d’humour, Sandrine Boulet. L’année dernière, la jeune femme avait dissimulé des interrupteurs factices dans des pylônes EDF à Isbergues. Chaque bouton était accompagné d’un message précédé d’un + ou d’un -, référence aux deux bornes électriques. « + de licorne », « - de violence », « + de légumes », « - de voitures ». La bonne blague ! Pas vraiment en fait. Car comme le soutient la street artiste, « ce que je cherche avant tout, c’est créer de l’émotion. » Avec le festival les Petits bonheurs, la voilà servie.

Ce mois-ci, l’hallucinariste1 entre en résistance et chante « la liberté au milieu du bitume. » Comment ? En créant des œuvres autour des touffes d’herbe qui fissurent l’asphalte de Béthune. Au même moment, dans la charmante ville de Barlin, Scaf Oner devrait être en train de modifier la face d’un mur en le gra(ff)tifiant d’une énorme bébête éphémère en 3D. « C’est le jeu. J’ai dû faire entre 30 000 et 50 000 dessins dans les rues. S’il en reste 100, c’est déjà énorme. » En revanche pour Scaf qui en est à sa seconde participation, ce qui reste indélébile dans les Petits bonheurs, « ce sont les rencontres que j’y fais. C’est unique. » Venant de celui qui réalise des trompe-l’œil à travers le monde depuis plus de vingt ans, le compliment est aussi en 3D. 

[1] Fine observatrice de notre environnement, elle se définit comme telle. Une hallucinariste reconnaît des formes familières dans notre environnement proche.

Le bonheur est dans le prêt  

Porté par la Communauté d’Agglomération Béthune-Bruay, Artois Lys romane, le festival les Petits bonheurs est donc une histoire d’amitié et de partage entre des artistes reconnus et des anonymes en situation de handicap. « Les liens qui se tissent sont incroyables, assure Fabrice Leroy, coordinateur du projet. Il faut voir l’engouement que suscite le scrutin. » Car ici, les street artistes sont triés sur le volet. Pas de passe-droit, juste des coups de cœur. Le vote a lieu en décembre, six mois avant le début du festival. 800 personnes déposent leur bulletin dans des urnes. Au final, une poignée d’artistes (huit cette année) est retenue pour co-réaliser des œuvres dans douze villes2 de l’agglo.

Et c’est ce mois-ci que ça se passe. Toujours en extérieur, toujours dans des lieux improbables dévoilés à la dernière minute. On ne sait toujours pas où l’artiste franco-allemand Jan Vormann va emboîter ses briques de Lego®. Par contre, on sait que l’ornementiste Arthur-Louis Ignoré va métamorphoser de ses jeux de géométrie la rue qui mène au musée de la Mine d’Auchel. Quant à L’Original3 connu pour ses fresques oniriques qui visent à « aller de l’autre côté du miroir », on les attend au tournant. Mais lequel ? 

[2] Allouagne, Auchel, Barlin, Béthune, Calonne-Ricouart, Divion, Fouquières-lès-Béthune, Isbergues, Labeuvrière, Marles-les-Mines, Nœux-les-Mines, Vendin-lès-Béthune

[3] Il s’agit des Suisses Nicolas Bamert et Julie Handloser. 

La rue vous appartient 

Quand il déboule pour la première fois sur le territoire, Philippe Baudelocque perçoit d’abord « des âmes lumineuses et une certaine rythmique géométrique dans le bâti. » Très vite, ce passionné de physique quantique et de lois de la nature se laisse séduire par les usines, les terrils, les carrés de fosse, ces paysages bruts de décoffrage « qui valent tous les discours. » Pour sa première participation aux Petits bonheurs, il investira un terrain vague du quartier de l’Horlogerie à Béthune. Epaulé par un groupe de quinze personnes, il y créera entre autres son dessin signature : un Animal cosmique sur une palissade en bois. Un autre drôle d’oiseau devrait faire parler de lui. Une autruche de près de 7 mètres qui se prélasse à même le mur d’enceinte de la Prévôté de Labeuvrière.

Pour l’artiste Matt_tieu, ce « travail est particulièrement intéressant. Car comme le site est classé Monument historique, c’est interdit de peindre à même la brique. On va travailler sur du papier kraft puis coller l’ensemble », explique-t-il. Matt_tieu compte pousser l’expérience « en représentant la vie de château un peu partout. » Sans déflorer l’intégralité des œuvres, on peut vous dire qu’il y aura un banquet animalier et un pingouin niché dans une porte dérobée. Un pingouin l’été. Rien que l’idée fait sourire. 

Festival les Petits Bonheurs

du 7 juin au 5 juillet 2022

Carte des œuvres géolocalisées

et appli avec interview des artistes disponibles sur

https://www.tourisme-bethune-bruay.fr/   

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Festival Les Petits bonheurs
17 juin 2022
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