Benjamin Wangermée, acteur nez

Depuis trois ans, le nordiste endosse avec fougue le costume d’Edmond Rostand au Théâtre du Palais Royal à Paris. Rencontre avec Benjamin Wangermée, un comédien qui a du flair.
Par Joffrey Levalleux
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Ne ressent-on pas de la lassitude à jouer la même partition pour la 450ème  fois ?

Pour être tout à fait honnête, si. Mais ça ne dure jamais longtemps. Edmond est une partition au-dessus du lot. Comme je joue le rôle-titre et que suis sur scène 95 % du temps, j’estime avoir une certaine responsabilité vis-à-vis des autres comédiens. Finalement, l’excitation finit toujours par conjurer le train-train.

Vous reprenez le 21 septembre après une longue période de jeûne imposé par la crise sanitaire. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?  

Le couperet est tombé un vendredi soir de mars 2020. Bien sûr, je n’imaginais pas une seconde que la trêve allait durer si longtemps. J’ai repris en septembre dernier pour… trois représentations ! La cata. Et là, je re-reprends. En gros, je ne suis pas monté sur la scène du Palais Royal depuis un an et demi. Alors, dans quel état d’esprit je me trouve ? Je vais vous dire, j’en ai profité pour lire, jouer aux toupies Beyblade avec mon fils et écrire.

L’écriture fait partie de votre vie ? 

Comme la danse et la musique. En 2018, j’ai eu la chance de jouer Mickaël dans le cadre du OFF d’Avignon. Un solo que j’ai écrit en hommage à Mickaël Jackson dont je reste un fan absolu. Mickaël est un précurseur. Un immortel comme Shakespeare si tant est qu’on puisse les comparer. Je devais le voir à Londres dans le cadre de sa tournée « This is it. » Il est mort quinze jours avant. J’étais effondré.       

La scène est-elle un remède ?

Sans doute. Pour le moins, un exutoire. Dans Edmond, je n’arrête jamais. Je parle fort, je saute partout. Un jour, je me suis fait un claquage de la jambe droite en direct. Les aléas du métier… 

Comme remplacer au pied-levé votre homologue Gaspard Gall ?

La pièce d’Alexis Michalik a en effet une double distribution. Un soir, j’étais tranquillement chez moi en famille en train de picoler avec modération. Quand, vers 20 h 51, le téléphone sonne. C’était l’habilleuse. Elle m’annonce : « Tu sais que c’est toi qui joues ce soir dans neuf minutes ? » Là, c’est branle-bas de combat. Je n’avais pas joué depuis trois mois. J’ai filé dans la voiture, j’ai tout relu. Je dois vous faire une confidence, j’apprends aussi vite que j’oublie. Finalement, j’ai été accueilli comme le messie par les sept-cents spectateurs malgré le retard. Ben oui, je ne m’étais pas rasé depuis un trimestre. Comme Edmond Rostand ne porte qu’une moustache, ça m’a pris un certain temps… 

Vous lui ressemblez ?

Il faut croire. Je n’ai pas de calvitie mais j’ai sa taille, à peu de chose près l’âge qu’il avait à l’époque. Sa modestie aussi. 

L’ego est-il si important pour un comédien ? 

Autant que le second degré. Il faut juste bien le placer pour « supporter la pression » comme disait Chaplin. L’ego amène à plus de confiance en soi. Ce qui ne m’empêche pas d’être impressionné par des célébrités qui viennent me saluer dans les loges. Des gens comme Michel Jonasz, Isabelle Huppert ou le violoniste Ivry Gitlis qui nous a quittés dernièrement. Gérard Depardieu, qui en revanche n’est pas encore venu, est quelqu’un que je vénère par-dessus tout. C’est un peu grâce à lui que je suis ce que je suis.

C’est-à-dire ?

Que c’est en voyant Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau que j’ai eu envie de faire ce métier. Depardieu y est tout simplement incroyable. Le hasard a fait que je viens de tourner une scène avec lui dans le film Maigret et la jeune morte de Patrice Leconte. Se confronter aux plus grands. Voilà une chose essentielle que m’a apprise Jean-Michel Branquart, mon professeur au Conservatoire d’art dramatique de Lille. 

Rétrospectivement, que vous ont apporté ces années ?  

Enormément. Le second degré, la passion des textes, l’intelligence au service du jeu, l’effort aussi. On avait cours de 15h30 à 20h30. Imaginez cinq heures de théâtre d’affilée. J’ai fini par en conclure que Jean-Michel n’aimait pas les pauses. Ah ça, pour la sentir, tu la sentais la session ! Ce professeur fait jaillir le jeu. Avec lui, c’est volcanique. Le Nord quoi.

D’ailleurs, que faites-vous quand vous remontez ?

Je vois ma famille, mes potes. Je vais dans le Vieux-Lille me faire un « shoot » de générosité. Et, si j’en ai le temps, je pars me balader aux caps Gris-Nez et Blanc-Nez. Deux lieux tout trouvés pour Edmond Rostand. 

www.theatrepalaisroyal.com

Dates clés
1985 : naissance à Roubaix
1997 : première réplique – « Merci Monsieur » – dans Topaze de Marcel Pagnol
2004 : premier tournage dans La Plaine, court-métrage de Roland Edzard
2006 : admis à la Classe Libre du Cours Florent
2007 : donne la réplique à Francis Perrin dans Chat et Souris au Théâtre de la Michodière
2008 : entre au Conservatoire de Paris
2011 : René l’Énervé de Jean-Michel Ribes
2012 : joue au Festival IN d’Avignon dans le Nouveau Roman de Christophe Honoré
2014 : premiers grands rôles au cinéma : À la Vie de J.J. Zilbermann et House Of Time de Jonathan Helpert
2017-2021 : interprète Edmond Rostand dans Edmond d’Alexis Michalik au Théâtre du Palais Royal

Texte : Joffrey Levalleux
Photos : Florent Burton
13 septembre 2021
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