Bajram, formidable auteur des temps nouveaux

Son Goldorak s’est déjà vendu à plus de 200 000 exemplaires, sa saga cultissime de science-fiction Universal War a dépassé le million. Denis Bajram, dessinateur, coloriste et scénariste, est l’invité d’honneur des 26ème Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens en juin prochain. A ce titre, il en a dessiné l’affiche à son image : précise, harmonieuse et bienveillante.
Par Stanislas Madej
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Dans le cahier des charges de l’affiche du festival amiénois, il doit y avoir, au choix, Jules Verne, la tour Perret ou la cathédrale. Quelle a été votre option ? 

Denis Bajram : Au départ, je voulais trouver le lien entre Jules Verne et Goldorak. Mais dessiner un canon aujourd’hui, même si j’ai commencé mon travail sur l’affiche avant la guerre en Ukraine, avec les organisateurs, on a tous trouvé ça trop violent. L’affiche est finalement composée de la façade de la cathédrale d’Amiens comme un papier peint gothique. Dessus, il y a l’ombre d’un robot géant, je vous laisse deviner lequel. Et juste sa main, en premier plan, avec des enfants dedans. J’ai voulu faire un dessin très positif, avec beaucoup de tendresse car on en a besoin en ce moment. Cette affiche est dans le même esprit que ma carte de vœux de début d’année : il est temps de sourire, de tourner la page de tous ces événements profondément déprimants pour tout le monde. On aimerait bien souffler  ! 

Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre le crayon pour écrire, dessiner  ? 

Il y avait Tintin à la maison. C’est ma première bande dessinée. Puis j’ai découvert Le Secret de l’Espadon (E.P. Jacobs, ndlr). Un récit de guerre. Et il y a eu Goldorak : un gros choc. Je l’ai d’abord lu en BD – elles étaient cachées sous mon lit  ! – parce que chez moi, mes parents refusaient qu’il y ait la télé. Mais j’ai vu la série en cachette, quand j’allais le samedi chez mon copain qui avait un magnétoscope. Je me suis tout de suite dit qu’il fallait que je fasse des BD. A 10 ans j’ai fait ma propre bande dessinée de Goldorak de 20 pages. Il combat contre un avion de l’US Air Force. Quand on est auteur, on est beaucoup le produit de son enfance, de son adolescence. J’ai toujours été passionné de sciences. Je suis un « matheux naturel ».  

«Mon engagement social est devenu un job à plein temps. » 

En décembre 1998 sort le premier tome d’Universal War One. Un cycle en 6 volumes au succès retentissant. Comment l’avez-vous créé ? 

Ma première BD avait bien marché, je voulais ensuite raconter ma propre histoire. J’imagine ça en 1997, le tome 1 sort en 1998. J’ai un plan de 18 tomes en trois cycles de six albums qui date du tout début. Et si j’arrive vivant à la fin, les gens comprendront pourquoi il fallait ce plan. Pour le réaliser, je me suis enfermé quelques semaines, après avoir accepté une carte blanche des éditions Soleil. Et j’ai réfléchi à ce que je voulais vraiment faire : une histoire de SF un peu tarée ! 

Vous avez fait une longue pause de plusieurs années, au point que votre public a douté de la publication de la suite… 

C’est mon engagement social dans la Ligue des auteurs de BD [1], suite aux Etats généraux de la BD, qui a imposé cette longue pause. Car c’est vraiment devenu un job à plein temps. Ce fut très dur moralement, avec toutes les catastrophes humaines que j’ai croisées auprès des auteurs et autrices que j’ai soutenus. L’écriture de Goldorak m’a fait du bien. Je suis revenu aux basiques : profondément, on reste des gosses qui dessinent dans leur chambre ! Je n’étais pas loin de repartir à zéro sur ce tome 4. Goldorak, ça m’a relancé.

Quand on fait votre connaissance, on ressent chez vous beaucoup d’empathie. Vos ouvrages ne sont pas que de simples histoires de SF et de robots géants… 

Il faut des émotions. Ça a toujours été la route de ce Goldorak, par exemple. A l’arrivée, c’est assez profond, c’est politique. Et ça colle à l’actu. Il y a un sujet du bouquin sur la guerre et les réfugiés : Véga (l’ennemi de Goldorak, ndlr) est un envahisseur. Mais c’est aussi un peuple qui n’a plus de planète. Ils ne sont pas que des bourreaux. Ils sont aussi des victimes.  

«  Le fait de travailler en collectif [2] m’a forcé à sortir de ma dépression artistique. »

Pour écrire un Goldorak, il faut l’aval de son créateur, Go Nagai. A-t-il lu votre livre  ? 

Il a suivi l’écriture pas à pas, presque case par case. Quand, à la fin, il nous a dit que c’était bien, ça nous a fait un immense plaisir. J’en ai pleuré. ( !) 

EN SAVOIR +

https://www.bajram.com

[1] En 2014, les auteurs de bandes dessinées ont créé une association « Les Etats Généraux de la BD » ayant pour but de défendre cette profession qui n’a pas de statut juridique spécifique. Par la suite a été créée la Ligue des auteurs de BD, équivalent à un syndicat professionnel, que Denis Bajram a dirigée pendant plusieurs années.

[2] Goldorak Sortie le 15 octobre 2021 - Scenario : Xavier Dorison - Dessin : Denis Bajram, Brice Cossu, Alexis Sentenac ; coloriste : Yoann Guillo. Ed. Classics - 168 p. – Prix 24,90 € 

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Texte : Stanislas Madej
Dessins : Bajram © 2017 Go Nagai / Dynamic Planning
04 avril 2022
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