Aux premières loges pour admirer les Crans géants

Aujourd’hui cap sur les Caps, et plus précisément sur le sentier des Crans. Une belle occasion de découvrir un chemin riche de petites et grandes histoires, une faune et une flore variées et un paysage à couper le souffle… dont on ne se lassera décidément jamais.
Par Claire Ditte
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Si vous êtes habitué à fréquenter la Côte d’Opale, le grand site des 2 Caps ne vous est pas inconnu. Mais on peut le côtoyer sans jamais en percer tous les mystères. La balade des Crans est une expérience incontournable pour saisir l’histoire géologique des lieux, la beauté diversifiée de la faune et de la flore, mais aussi la puissance dégagée par ces paysages découpés, ravinés, taillés, malmenés par le vent, la mer et la pluie. On peut être « du coin » et connaître le sentier, et continuer à se laisser surprendre cette parenthèse naturelle où le temps semble avoir interrompu sa folle fuite.

Caroline Geneau, guide nature, multiplie les anecdotes au fil de la promenade : géologie, faune, flore, légendes ponctuent les trois heures de promenade qui filent sans que l’on songe une seconde à regarder sa montre. On se laisse porter… comme coupé du monde le temps de la balade. 

Constructions séculaires

La boucle, de 11,7 km, est jalonnée de 7 crans : le Noirda, le cran Mademoiselle, le cran Poulet, le cran aux Œufs, le cran Barbier, le cran des Sillers et le cran de Quette. Tous ne sont pas accessibles de là-haut mais le sont par la plage, à marée basse : encore faut-il redoubler de vigilance avec les marées ! Mais au fait, qu’est-ce qu’un cran ? « Ce sont des vallées naturelles », explique Caroline. « Le Gris-Nez est constitué d’argile, une roche imperméable. Quand il y a des sources, l’eau stagne puis déborde, s’écoule et crée des ravines. Ces ravins, au fil des millénaires, se sont creusés et ont formé ces crans. »

Entre campagne et mer

Un subtil mélange d’histoire, de nature et de géologie

Ce sentier des Crans longe le GR 120, l’ancien sentier des Douaniers, entre Audresselles et le cap Gris-Nez, puis le retour se fait à travers un chemin plus bucolique. Nous décidons de démarrer au cran Poulet, récemment réaménagé par le Conservatoire du Littoral. « Même le choix des cailloux sous vos pieds fait l’objet d’études et d’autorisations, fait remarquer Caroline. Le cran Poulet est appelé par les pêcheurs le cran de la Vierge, qui rend hommage aux marins disparus. » Sur la gauche, un escalier mène à un petit édifice où est abritée la statue de Notre-Dame de la mer : un lieu de pèlerinage incontournable lors des processions du 15 août.

Paysage mouvant

Tout au long du chemin, les chutes de roches récentes nous rappellent à quel point la falaise est fragile. Le trait de côte est régulièrement remodelé, les sentiers également, pour assurer la sécurité des randonneurs. En chemin, nous observons gazon d’Olympe et coquelicots et croisons la route de pipits sifflotant et d’escargots. Le paysage est ponctué d’énormes pierres rondes encastrées dans la roche ou tombées sur le sol (les fameux ‘œufs’ du cran aux Œufs), des trous de bombes et des blockhaus nous rappelant de plus sombres heures. Un subtil mélange d’histoire, de nature et de géologie pimenté de couleurs inoubliables qui s’inviteront dans vos souvenirs.

INFOS PRATIQUES
Retrouvez la balade des Crans sur www.lesdeuxcaps.fr
Boucle de 11,7 km – Durée : 2h45
Où se garer ? Au parking de la Maison du Site des Deux-Caps (Hameau de Haringzelle à Audinghen)

4 raisons d’aimer cette balade 

Caroline Geneau arpente les sentiers, observe, en apprend chaque jour sur ces lieux dont la beauté sauvage varie au gré des saisons.

1 – Ce qui me touche sur ce site, ce sont les lumières mais aussi les nuages qui donnent du relief, des ombres sur la mer et changent sans cesse les couleurs.

2. – J’aime la diversité des paysages où l’on rencontre, sur ces 12 km, deux ères géologiques qui appellent deux écosystèmes différents. »

3. – J’aime la cohabitation entre un milieu marin et un milieu rural. Cette façon d’être à la fois à la mer et à la campagne est une source d’équilibre. Les agriculteurs façonnent le paysage. Autant de couleurs magnifiques : le vert des pâtures, le bleu du ciel, du lin et de la mer, le jaune du colza, le blond des céréales, le rouge des coquelicots…

4. – J’aime aussi la force des éléments : dès qu’il y a une tempête, je suis dehors. J’aime cette force, chargée en iode, qui nous en met plein la figure et nous remet à notre place.

Retrouvez les sorties nature de Caroline Geneau sur www.terredes2capstourisme.fr ou sur sa page Facebook Guide Nature. Tél. : 06 81 01 39 85.

Gris-Nez versus Blanc-Nez

Gris-Nez, Blanc-Nez : on peut facilement s’emmêler les pinceaux avec ces deux-là ! Pourtant, ils sont loin d’être jumeaux. Le Gris-Nez est le plus âgé : 165 millions d’années au compteur, période du Jurassique. Le Blanc-Nez est un jeunot en comparaison : 80 millions d’années, période du Crétacé. Le Gris-Nez est constitué d’argile, roche imperméable. Le Blanc-Nez est composé de calcaire, une roche filtrante qui lui confère sa couleur. Les roches des caps étant différentes, les plantes le sont aussi. Ainsi que les insectes et les oiseaux. Deux chaînes alimentaires se côtoient, séparées d’une poignée de kilomètres ! 

L’Angleterre au bout du doigt

« J’ai toujours le réflexe de chercher l’Angleterre », s’amuse Caroline Geneau, guide nature. Situées à 33 km, les côtes anglaises ne se laissent pas contempler à tous les coups : elles apparaissent ou disparaissent au gré de leur humeur. « La légende dit : quand on voit les côtes d’Angleterre, c’est qu’il va pleuvoir et quand on ne les voit pas, c’est qu’il pleut », raconte Caroline, sourire en coin. « C’est faux ! Ceux qui disent ça sont des jaloux. »
Saviez-vous que lorsque la marée est haute sur la Côte d’Opale, elle l’est aussi en Angleterre ? Un mouvement d’aspiration et de reflux se crée vers l’Atlantique. On le sent bien, parfois, lorsque l’on se baigne dans la Manche. « Il y a 10 000 ans, on pouvait aller à pied en Angleterre, c’était une forêt », poursuit la guide. « Des plaques de tourbe noire, visibles à Wissant, témoignent de cette époque. » Il y a entre 10 000 et 6000 ans, la fonte des glaciers du Nord a créé une évacuation d’eau conséquente ayant donné ce passage étroit, ce détroit, vers l’Atlantique. Difficile d’imaginer une forêt à la place de cette eau salée, n’est-ce pas ?

Texte : Claire Ditte
Photos : Olivier Leclercq
02 juillet 2020
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