Arras, Ultreïa !

Elle se trouve au carrefour des deux plus grandes voies de pèlerinage chrétien du Moyen Âge. À Arras, la Via Francigena croise la route de saint Jacques de Compostelle. IcéÔ a pris son bâton de pèlerin pour vous faire découvrir les trésors de cette ville, où mènent décidément tous les chemins…
Par Claire Decraene
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Marcher sans limite de temps ; découvrir un autre rythme ; partir à l’aventure, mais sur des itinéraires empruntés par tant d’autres au fil des siècles : les chemins de pèlerinage font de plus en plus d’adeptes. « L’engouement pour ces grandes itinérances est revenu dans les années 50 », confirme Didier Morel, président de l’Association Arras – Compostelle Francigena, née en 2004. Ce jour-là, il revient d’une étape Sienne-Rome, 300 kms en 12 jours. Il nous a donné rendez-vous au rond-point Baudimont, près du centre hospitalier d’Arras.

Au milieu du brouhaha urbain, des automobilistes pressés, des travailleurs et de ceux venus faire du shopping, on se sent un peu anachroniques ! « Il faut s’imaginer que les pèlerins avaient aussi à traverser les villes, continue Didier, en nous emmenant d’un bon pas. Les voies de pèlerinage étaient des itinéraires commerçants et culturels. C’est d’ailleurs l’objectif de ce circuit que nous avons inauguré en 2018 : faire découvrir les points d’intérêt remarquables d’Arras. » Il suffit de suivre les flèches posées par l’Association. Une partie est commune aux deux voies, puis elles se séparent, pour 6 à 7 kms de balade au total.

Le plus ancien topoguide du monde

Arras se trouve donc à la croisée des itinéraires les plus connus au monde. « Ces deux voies sont inscrites comme itinéraires culturels au Conseil de l’Europe et la Via Francigena est candidate à l’inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco, c’est dire l’importance de ces chemins », confirme Didier Morel. La route de Saint-Jacques de Compostelle voit le jour après la découverte du tombeau supposé du saint au IXe siècle, en Espagne. La Via Francigena, la voie des Francs, est d’abord une ancienne voie romaine, devenue le récit d’un voyage. Celui de Sigéric, archevêque de Canterbury, qui fit en 990 ce vaste périple de Canterbury à Rome afin de rencontrer le pape. Il consigna son voyage en 79 étapes, soit 2000 kms à travers l’Angleterre, la France, la Suisse et l’Italie… le plus ancien topoguide du monde ! 250 kms traversent le Pas-de-Calais et se calent sur le GR 145, avant de traverser une partie du département de l’Aisne.

L’esprit du chemin

Revenons à Arras. Voici le site archéologique Nemetacum, qui raconte le passé antique de la ville et se découvre chaque été. Puis l’église Saint-Nicolas-en-Cité, l’ancienne cathédrale, reconstruite après la Révolution. « Vous voyez, quand on est pèlerin, on voit une église comme ça, on rentre ! Si tous les pèlerins ne sont pas croyants, ils sont curieux ! C’est ça, l’esprit du chemin. Découvrir des merveilles, s’entraider, avancer ensemble et être en connexion avec ce qui nous entoure », continue Didier. Au fil du circuit, on lève le nez, on redécouvre l’histoire, l’architecture, les jardins et les petites rues d’Arras. La Place Du Wez d’Amain où les chambres d’hôtes du Carré Saint-Eloi accueillent des pèlerins ; la petite rue des Rapporteurs et la maison natale de Maximilien de Robespierre ; la rue Saint-Aubert, où les traces d’un hôpital pour les pèlerins ont été retrouvées…

Dans les couloirs du temps

Voici l’église abbatiale Saint-Vaast, imposante, et une étape importante, car elle abrite une relique de saint Jacques. Enfin, ce qu’il en reste ! Car l’histoire est rocambolesque. Une tête attribuée au saint est en effet donnée au comte Philippe de Flandre, puis confiée à l’abbaye au 9e siècle. « Emmené » à Billy-Berclau, ce crâne est ensuite « volé » pour être remis aux chanoines d’Aire-sur-la-Lys. Une moitié restera là-bas, une autre reviendra finalement à Arras… pour être dérobée à nouveau en 2012, soit 8 siècles plus tard ! Dans le reliquaire situé dans le chœur, ne restent désormais que des « fragments » de la relique. Mais la partie vaut pour le tout dans le cœur des croyants.

Les pèlerins peuvent ici faire tamponner leur credential, leur passeport. C’est également possible à l’office du tourisme dans l’Hôtel de Ville, place des Héros. Si vous escaladez le beffroi, vous verrez, sur les pavés de la place – en ce moment couverte de terrasses ! – l’emprise de l’ancienne chapelle Notre-Dame des Ardents, sous laquelle « on a retrouvé une coquille de pèlerin datant du 15e siècle », précise Didier.

La suite du chemin ? À vous de la découvrir. On vous quitte un peu plus loin, à l’intersection de la rue de Ronville et de la rue Gambetta. Ici, les voies se séparent… À droite Santiago de Compostela, à gauche Rome. Quelle que soit la direction que vous prendrez, sachez que « l’extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires. »*

Où est le pèlerin ? Ce pèlerin du XVe siècle, qui a laissé une coquille dans les entrailles de la Place des Héros, nous l’avons trouvé ! Il se cache dans l’Hôtel de ville… Saurez-vous le dénicher ? On vous donne un indice : il fait partie des personnages de la toile de la salle des fêtes de l’Hôtel de ville. Un immense chef d’œuvre peint par l’artiste Charles Hofbauer en 1932… Ouvrez l’œil !

La citadelle d’Arras, 10 ans de démilitarisation
Joyau de l’architecture militaire de l’époque de Louis XIV, la citadelle fait partie de ce circuit. Elle fête, en 2021, le 10e anniversaire de sa reconversion. Conçue par Vauban, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2008 et démilitarisée en 2010, c’est un superbe endroit de balade. Ne manquez pas le Timescope pour replonger virtuellement dans l’époque de sa construction, au XVIIe siècle.

Pratique

Association Arras Compostelle – Via Francigena :  www.arrascompostelle.fr
facebook : @arrascompostelle.
Retrouvez sur le site toutes les actualités, événements et marches de l’Association. Elle promeut les chemins et organise des randonnées historiques et culturelles dans le pays d’Artois et ailleurs.

Arras Pays d’Artois Tourisme : https://www.arraspaysdartois.com

*Ultra (latin) + eïa = « plus loin, au-delà » + « Allons ! »

**Paulo Coelho « Le pèlerin de Compostelle »

Texte : Claire Decraene
Cyrille Struy
02 juillet 2021
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