A Douai, le théâtre se la joue à l’Italienne

Les trois coups viennent tout juste de retentir. Les derniers spectateurs s'assoient. On entend quelques chuuuut...On tousse une dernière fois. Et le rideau se lève sur 234 ans de théâtre. L'un des plus beaux lieux de spectacle de la région.
Par Bertrand Fournier
Theatre-a-litalienne-de-Douai_Salle

Nous sommes en décembre 2007 et après dix-huit mois de travaux de restauration orchestrés par Vincent Brunelle, architecte en chef des Monuments historiques, le théâtre de Douai renaît avec une pièce spécialement écrite pour lui. 

Un rêve de théâtre

Marcel Maréchal, son créateur, rêve de théâtre, de ses décors venus d’un autre temps, mais aussi de textes, les plus beaux qu’un comédien puisse rêver dire sur scène. Ce Rêve de théâtre -c’est le titre de la pièce- est une véritable déclaration d’amour au théâtre en général, mais surtout au théâtre de Douai, construit quelques années avant la Révolution, en 1786. C’est dire si la vieille dame, qui a accueilli jusqu’à trois spectacles par semaine, en a vu défiler sur ses planches et sous son magnifique plafond peint. 

Ce théâtre, qu’on appelle d’abord « salle de spectacle », est l’œuvre de Charles-Louis-Barthelemy Denis, entrepreneur des fortifications de la ville, à qui les échevins, qui avaient alors un rôle de conseiller municipal et de magistrat, s’étaient adressés. Le bâtiment s’élève à deux pas du beffroi, à l’emplacement d’un ancien édifice religieux et accueille sa première représentation le 13 février 1786.

Dans cette salle, il y a toujours une alchimie qui se crée entre le public et les comédiens

Même si l’édifice a fait l’objet de transformation, notamment en façade, le cadre de scène, lui, est d’origine. Cela en fait l’un des plus vieux théâtres de la région, mais aussi un des plus anciens théâtres à l’italienne de toute la France. C’est dire si les comédiens adorent venir jouer ici. Certes, il y a la beauté des lieux, mais surtout, il y a la proximité avec le public. Et cela nourrit quantité d’émotions encore palpables dans le regard de sa responsable quand elle nous déclare qu’à chaque représentation, il se passe toujours quelque chose entre les comédiens et le public. 

Merde !

L’expression qu’on utilise couramment pour souhaiter bonne chance à quelqu’un vient du du théâtre. Autrefois, la bourgeoisie qui venait au théâtre le faisait en calèche. Qui dit calèche, dit chevaux… et donc crottin. Plus il y avait de déjections devant le théâtre, plus c’était le signe qu’il y avait du monde et que la pièce avait du succès. Ainsi, avant chaque représentation, on souhaitait aux comédiens et au réalisateur qu’il y ait beaucoup de merde devant le théâtre où ils se produisaient. C’était bon signe.

Ici, les meilleurs restaurateurs se sont succédé

Et c’est justement pour vivre de telles émotions qu’en 2005, la municipalité de Douai prit l’initiative de restaurer le monument. Et il était temps ! La mérule avait envahi la charpente, les planchers et les menuiseries. Mais le chantier réserva aussi d’autres surprises comme celle de la redécouverte des peintures en faux marbre du vestibule ou ces accessoires de bruitages, qui imitaient le vent, la pluie ou l’orage. Après plus d’un an et demi où les meilleurs artisans et restaurateurs se sont succédé, le théâtre a pu reprendre vie sous œil bienveillant de Marceline Desbordes-Valmore. La célèbre poétesse douaisienne est représentée ici au sommet du plafond marouflé de bandes peintes par Charles Alexandre Caullet, au milieu des muses de la comédie, du chant et de la tragédie et de la musique. Ensemble, ces personnages seront sans nul doute aux premières loges pour voir les comédiens qui se produiront ici prochainement.

Un théâtre à l’italienne, qu’est-ce que c’est ? 

Le théâtre de Lyon, construit par l’architecte Soufflot en 1753, fut le premier théâtre français à adopter les codes des théâtres des palais privés italiens du XVIIe siècle. On y retrouvait un cadre de salle en U, accueillant deux niveaux de loges et de tribunes, autour d’un parterre et d’une fosse d’orchestre. A Douai, la fosse existe toujours sous les deux premiers rangs de fauteuils et peut contenir une trentaine de musiciens.
Parmi les autres caractéristiques figurent une inclinaison du sol du parterre auquel répondait celle de la scène. Cette disposition permet à la fois de mieux voir malgré l’éloignement et de donner l’illusion d’une certaine profondeur.

Si aujourd’hui le théâtre se démocratise, au XVIIIe siècle, il était un lieu de mondanités où il fallait autant voir qu’être vu. Le spectacle était certes sur scène, mais aussi dans les loges, les tribunes et au foyer où les spectateurs se retrouvaient à chaque entracte.
Enfin, par ses dimensions souvent modestes, le théâtre à l’italienne favorise l’échange avec le public, et c’est sans doute cette proximité qui fait que les comédiens apprécient de jouer ici, à Douai.

La troupe des excommuniés

C’est sans doute parce que sous l’Ancien Régime les comédiens étaient systématiquement excommuniés, que le monde du théâtre entretient une relation si forte, dans sa culture et dans ses codes, avec la religion. Par exemple, pour se souvenir que jardin et cour sont respectivement à gauche et à droite lorsqu’on regarde la scène, on se réfère généralement aux initiales de Jésus-Christ. De même, parmi les explications des fameux trois coups utilisés en ouverture des représentations, on retrouve cette référence à la religion : Le Père, le Fils et le Saint-Esprit pour chacun des coups, précédé d’une série de douze ou treize autres coups pour les apôtres de la Cène, avec ou sans Judas.

Visitez le théâtre en mode 360° comme si vous y étiez en cliquant sur le lien ou sur l’image.
https://visite-360.iceo-magazine.fr/theatre-douai/

Texte : Bertrand Fournier
Photos : Franck Bürjes – Photochrome
03 juillet 2019
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