A Boulogne-sur-Mer, les murs ont des visages

Ils dessinent sur les murs de la ville leurs espoirs et leurs rêves en forme de graffitis… À Boulogne-sur-Mer, le street art a envahi pacifiquement les rues. Des visages, des escaliers ou des bibliothèques imaginaires, des lignes, des courbes, des paysages : cette galerie d’œuvres extraordinaires, à portée de tous les yeux, est une magnifique invitation au rêve, en pleine ville.
Par Claire Decraene
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C’est l’une des rues les plus passantes et les plus commerçantes de Boulogne-sur-Mer. Mais ce qui fait s’arrêter les badauds, ce ne sont pas les boutiques. Immobiles, surpris, ils photographient ou juste regardent en l’air, impressionnés. Car elle l’est, monumentale, cette haute silhouette de pêcheur, avec ce ciré jaune irradiant de lumière et ce visage, concentré, fatigué ? À vous l’interprétation… C’est bien cela que l’on aime dans le street art à Boulogne-sur-Mer. Cette capacité à interpeller tous les publics, à faire réfléchir et à émouvoir. Cette œuvre du street artiste canadien Jarus a une belle histoire. Il s’est inspiré d’une photo du photographe boulonnais Frédéric Briois*. Un bel hommage à pêche, aux traditions et à la vie locale.

*Frédéric Briois expose son travail photo sur la pêche à Boulogne-sur-Mer, « Du sel dans les veines », du 26 juin au 19 septembre 2021 à la Bibliothèque des Annonciades (galerie du cloître).

Un musée à ciel ouvert

« Il y a tellement de références, d’histoires et d’inspirations. Il ne faut pas croire que les peintures murales à Boulogne-sur-Mer évoquent toute la vie maritime locale ! », précise d’emblée Amziane Abid, responsable du festival. Car c’est bien un festival qui a fait naître cet immense musée à ciel ouvert. « En 2016, la première édition du Festival « Parcours urbain – Street Art » est née de l’envie de faire de la ville un musée à ciel ouvert, pour la découvrir autrement. » Depuis, chaque été, de grands noms locaux et mondiaux de l’art urbain viennent transformer quelques murs en chef-d’œuvres, à coups de rouleaux, pinceaux et bombes de couleurs. 5 à 7 artistes du monde entier s’arrêtent le temps d’une semaine environ, dont des locaux comme Marina Toussent (Marika), FLAG, Florian Lajouanique, Marie Lou Peeren, Gaawouel ou Bruno Ghys.

Des vertes et des pas murs

Pour découvrir ces œuvres, 3 parcours permettent de papillonner de l’une à l’autre, en fonction du temps dont vous disposez (de 1h30 à 4h). Les fresques sont concentrées au cœur des quartiers Saint-Pierre et Beaurepaire, dans le centre-ville et en bordure de la ville fortifiée. Trois seulement sont éloignées, mais elles méritent vraiment le détour. La vague de chaleur de Fintan Magge, surnommé le « Bansky Australien » fait partie des plus belles de France. La boîte de sardines en trompe l’œil débordant de déchets plastiques de l’artiste néerlandais Leon Keer et le portrait en noir et blanc de l’Allemand ECB, sur des HLM derrière Capécure, sont tout simplement époustouflants.

« Chacun arrive avec son style, son approche, son envie », continue Amziane. « Le maire de Boulogne-sur-Mer définit les emplacements en concertation avec les propriétaires et les Bâtiments de France. Pour que les œuvres s’intègrent parfaitement dans le paysage urbain ». La durée de vie d’une œuvre est estimée à « 25-30 ans… elle appartient 1 an à l’artiste, 10 ans au propriétaire et à vie à la municipalité. Le but n’est surtout pas de décorer la ville ! Mais bien de démocratiser l’art par la rue, de le rendre accessible à tous et d’en faire un événement collectif, en collaboration avec les habitants. Tous les ans, nous cherchons des styles différents qui apportent une plus-value à l’ensemble créé. »

Avec Paris, Montpellier, Lille, Lyon ou Bordeaux, Boulogne-sur-Mer fait donc désormais partie des spots de street art les plus reconnus en France. Surtout depuis que l’œuvre de l’artiste espagnol Gonzalo Borondo est devenue la plus belle de France cette année !

Le street-art boulonnais en chiffres
6 éditions depuis 2016
33 œuvres
25 artistes du monde entier
3 parcours

Nos cinq coups de cœur

David Walker
35 rue de l’Amiral Bruix

Ces yeux gris bleus vous cueillent en plein cœur. Qui est-elle ? Nul ne le sait. Une inconnue résumée à un visage si expressif qu’on ne peut s’empêcher de la regarder intensément. Elle regarde ailleurs elle aussi. Vers le ciel. Une poésie folle émane de cette fresque.

Borondo
rue Jules-Baudelocque

Cet escalier en trompe l’œil a été élu la plus belle fresque de France tout récemment avec un 1er prix du Golden Street Art, une distinction récompensant la plus belle œuvre de l’année dans le domaine de l’art mural urbain. L’œuvre figure un portail en fer forgé sur 6 étages, comme une métaphore de la vie avec ses portes à ouvrir et ses étapes à franchir.

Evoca1
4 rue des Pipôts

Quelle fraîcheur dans cette œuvre de l’artiste Dominicain Evoca1. Cette petite pêcheuse venue d’ailleurs regarde vers le port de Boulogne-sur-Mer. Derrière elle, un arbre rempli de fruits exotiques, à ses côtés, un chien avec un poisson dans la gueule. Et déjà toute une histoire, un voyage.

Alaniz
17 rue Thiers

Il y a aussi des reproductions de tableaux anciens dans les rues de Boulogne, comme une invitation à pousser les portes de nos musées après cette balade en plein air. L’interprétation de « La ramasseuse d’épaves » de l’Argentin Alaniz donne envie de redécouvrir ce tableau de Francis Tattegrain au Château-Musée de Boulogne-sur-Mer. Saurez-vous trouver ce que l’artiste a ajouté à sa fresque ?

Janis Is de Man
45 rue du Camp de Droite

Un festival participatif on vous disait… À tel point que ce sont les livres préférés des habitants qui s’exposent dans cette monumentale bibliothèque imaginaire de l’artiste hollandais Janis Is de Man. Vous êtes plutôt Camus, Simone de Beauvoir ou Stendhal ?

Pratique
« Parcours urbain- Street Art » 6e édition, du 23 juillet au 31 août 2021.
Un dépliant reprenant les trois parcours d’art urbain est téléchargeable sur le site : www.ville-boulogne-sur-mer.fr (rubrique street-art/ le parcours).

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Texte : Claire Decraene
Photos : Laurent Desbois – Lwood
02 juillet 2021
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